
Dans l’auto, hier, une grosse voix furieuse s’est infiltrée dans un bulletin de nouvelles et m’a quasiment fait peur. C’était celle de Gérald Tremblay, notre maire à tous, Montréalais, qui pourfendait Jacques Bergeron, Vérificateur de la Ville de Montréal. La citation, rapportée par Radio-Canada : « Il n’a pas répondu aux questions. Il ne veut pas répondre aux questions. Il se cache derrière son avocat. On verra demain s’il veut répondre aux questions… »
L’histoire, vous la connaissez, c’est que Jacques Bergeron est payé pour emmerder la Ville de Montréal. C’est lui qui est chargé de vérifier si l’administration Tremblay gère bien les deniers publics. Il le fait avec pugnacité, une pugnacité qui est peut-être mal placée, souligne ce matin Alain Dubuc, dans une excellente analyse des bêtises de l’administration Tremblay. Ça irrite terriblement les hommes du maire, qui ont reçu ses flèches acidulées dans plusieurs dossiers. C’est dans ce contexte que Bergeron a fait l’objet d’un espionnage aussi scandaleux qu’inusité : des hommes du maire ont ouvert les courriels du Vérificateur. Oui, ils ont trouvé des trucs douteux quant à la gestion de Bergeron. Rien de scandaleux. Mais le proverbial remède (l’espionnage) est assurément plus grave que le mal.
Donc, revenons à cette montée de lait du maire Tremblay. Une montée de lait passionnée, avec cette grosse voix qu’il réserve généralement aux manchettes (embarrassantes, mais vraies) de La Presse…
J’aimerais simplement souligner que cette irritation du maire, il la réserve à ceux qui le contredisent. Quant à ceux qui, près de lui, agissent tout croche, là, il est plus timoré. Jamais je ne l’ai entendu parler avec une telle hargne de Frank Zampino, par exemple, son ancien bras droit qui a dû démissionner après avoir fraternisé avec M. Tony Accurso, dont une des filiales faisait partie du consortium ayant remporté l’appel d’offres hautement suspect des compteurs d’eau. Zampino aurait mérité des gros mots et un ton de voix hystérique du maire de Montréal, au vu de ses cachotteries et amitiés suspectes. Il n’y a jamais eu droit. Le maire garde ses coups de griffe pour les emmerdeurs.
Reconnaissons un truc : Gérald Tremblay n’est pas tuable. Qu’importe le scandale qui l’afflige, scandale qu’il n’a jamais vu venir, il survit. Notre maire, c’est Téflon Gerry. Ou Gérald Téflon. Rien
Au fait, quelqu’un sait si les conseillers de l’opposition ont été espionnés par les hommes du maire ?
Lundi, Gérald Tremblay disait l’ignorer.
Deux jours plus tard, a-t-il eu le temps de déranger ses hommes pour leur demander des réponses ?
Peut-être que le maire va demander à Québec de poser ces questions pour lui. Peut-être, aussi, qu’en spinnant les bons analystes, le maire va finir créer la réalité qu’il souhaite…