
Photo Jocelyn Riendeau, La Tribune - Jacques Villeneuve, l'oncle, au début d'un vol plané de 20 mètres, en 2010...
J’ai rencontré une légende, hier, à Valcourt : Jacques Villeneuve, Mononcle Jacques Villeneuve, pour un topo des Francs tireurs sur le pilote, qui sera diffusé en fin de saison, en mars.
Ayoye.
J’ai rarement rencontré une bibitte semblable. Je suis encore sous le choc.
À 57 ans, le frère de Gilles, oncle de Jacques, fait encore de la compétition, en motoneige. Le Grand Prix de motoneige de Valcourt, où Bombardier a une usine de motoneiges, est comme le match des étoiles de cette discipline. Il s’est qualifié pour la finale, au grand plaisir de la foule, après s’être planté en qualifications, ce qui a résulté en une côte fêlée. Mononc’ Jacques a donc fait la finale avec cette côte fêlée, qui fait hurler quand on tousse. Imaginez quand il faut dompter une monture qui file, dans les lignes droites, à 160 km/h, quand il faut la retenir dans les virages…
La vitesse des motoneiges à Valcourt, sur une piste de glace, est hallucinante. Et Mononc’ Jacques, haut comme trois pommes, comme bien des pilotes, se frotte à des kids qui ont près de 40 ans de moins que lui : le gagnant de l’épreuve de Valcourt, Nicholas Van Strydonk, est âgé de… 19 ans.
Sa philosophie ? « Pèse sur la suce ». Ça revient toujours dans sa bouche : pèse sur la suce. Il faut aller plus vite, toujours plus vite, quitte à se planter.
Et se planter, Mononc’ Jacques connaît ça. En voiture, c’était un peu sa marque de commerce. En motoneige, ce l’est encore. Même à son âge, il parvient à gagner ou à tout le moins se qualifier pour la finale, mais il se ramasse plus souvent qu’à son tour les quatre fers en l’air. L’an dernier, il a fait un vol plané d’une vingtaine de mètres, avant d’atterrir dans des bottes de foin, en bordure de la piste de Valcourt. On le croyait mort. Il n’avait qu’une vertèbre fracturée…
Pas grave, il assure le spectacle. À Valcourt, hier, c’était lui qui était le plus populaire, sa roulotte était constamment épiée par des hordes de fans en habits de ski-doo, des adultes plus vieux que moi trépignaient à l’idée de se faire prendre en photo avec lui…
À la tombée du jour, on tournait l’entrevue finale, dans le parking, en se gelant sérieusement les couilles. Je n’avais pas l’intention d’aborder la question de son célèbre frère Gilles, mort en F1, il y a 29 ans. Sujet éculé. C’est lui qui l’a abordé : la mort de Gilles, en piste, en faisant ce qu’il aimait, « c’est une belle mort », m’a-t-il dit. À 57 ans, il « course » encore. Il n’y a pas de retraite en vue. Villeneuve se voit encore courir dans dix ans. Peut-être que Mononc’ Jacques est fou, je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je n’ai jamais, jamais rencontré un type aussi passionné par quoi que ce soit. On le regarde aller, et on se dit qu’il va se tuer, un jour, que son corps de caoutchouc va céder. Il s’en fout, je crois.

Photo Caroline Bouchard, La Tribune - J. Villeneuve, sain et sauf, après le vol plané de l'an dernier...