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Un, le combat pour la langue française devrait être le fait de frappes chirurgicales, pas d’un carpet bombing sans discernement. Deux, comme si Arcade Fire, qui a le monde de la musique à ses pieds présentement, attendait l’assentiment des bonzes de la Fête nationale ! Trois, la confiance en soi, ce devrait être de dire, yes, qu’ils viennent faire une ou deux tounes, dans la langue qui leur plaît, les Québécois sont assez grands pour ne pas se sentir menacés ; ce devrait être l’acceptation des Anglos qui sont aussi des Québécois, by the way. Quatre, fuck que je suis tanné des ceintures fléchées qui ont les deux pieds barrés en 1970.
Tribal, tu dis ? You bet.
Voilà, c’est tout.
(Merci à Alexandra Graveline, @_AlexandraG, pour ce lien)
D’un point de vue métaphorique, c’est ce qui est arrivé à Jean Tremblay, au Tribunal des droits de la personne…
… Mais à titre privé. C’est, essentiellement, le fond du jugement de Michèle Pauzé, du Tribunal des droits de la personne du Québec, dans la cause de la prière au conseil municipal de Saguenay. Le maire et ses conseillers, à titre de représentants de la Ville, incarnent l’État au sens large et l’État doit être neutre face à la religion. En faisant une prière catholique avant chaque séance publique du conseil, Saguenay privilégie une religion. Plusieurs cas cités dans le jugement Pauzé démontrent que les cas de prières du genre de Saguenay ont été « testés » devant les tribunaux, ici et en Ontario. Le résultat a été similaire à celui de Saguenay : c’est non.
Ce jugement, c’est le sujet de ma chronique de ce matin dans La Presse, Jésus de Saguenay. Si vous avez le temps, lisez le jugement, disponible via Cyberpresse. Ce qui en transpire, c’est que le maire de Saguenay a entraîné sa ville dans un combat religieux personnel, qu’il n’en a pas fait de cachettes en cour et en dehors, et que ce combat religieux personnel est incompatible avec une charge publique. Le jugement est très, très dur pour le maire Tremblay. Peut-être que ça explique sa colère d’hier, en partie, en conférence de presse : c’est une fessée juridique gigantesque qu’il a reçue. La juge a donné 15 000$ au plaignant, Alain Simoneau, en citant le caractère délibéré et illicite de la position du maire et de la Ville face à la prière. En faisant du sarcasme public à l’égard de M. Simoneau, dans une réunion du conseil, le maire Tremblay a peut-être été fidèle à sa réputation d’homme coloré, mais il a donné des arguments à la cour pour se faire planter. Comme quand il a parlé de son éventuelle rencontre le Christ, quand il va arriver « de l’autre bord » !
Un mot sur M. Simoneau. Évidemment qu’on a affaire ici à quelqu’un qui a une vision assez épidermique de ses droits. Une prière au conseil municipal, ce n’est pas la mer à boire. Mais il a convaincu le Tribunal des droits de la personne qu’en vertu du droit existant, en vertu des arrêts de la Cour suprême, cette prière catholique compromet la neutralité religieuse de l’État et qu’elle compromet son droit à la liberté de conscience et de religion (même s’il n’est pas croyant, il a droit à l’incroyance). Encore là, je vous conseille de lire le jugement Pauzé.
À la fin, entre M. Tremblay et M. Simoneau, on a eu droit à un combat de zélés. Le hic, c’est que le zèle de M. Simoneau n’engage que lui. Celui de M. Tremblay engage celui de l’État, au sens large. Il aurait dû être plus stratégique, disons. Mais ce n’est pas son genre, je crois. Le compromis, la retraite, ça ne cadre pas avec son personnage de maire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Résultat : la Ville a gaspillé dans milliers de dollars dans un combat juridique dont l’issue était prévisible. Il aurait pu choisir de faire cette prière en privé, dans le Salon du maire, où se réunissent les conseillers avant le séances du conseil. Ceux qui veulent prier pour demander l’assistance divine pour éclairer leurs décisions auraient pu le faire entre eux, dans une intimité relative. Mais le maire a voulu le faire en public. Encore là, il est conséquent avec son personnage : il faut absolument faire un spectacle…
Depuis ce matin, je reçois bien des courriels de lecteurs outrés. Un exemple : Pourquoi pas de prière avant le conseil municipal de Saguenay, mais les musulmans peuvent avoir des locaux de prière dans une université à Montréal ? Question légitime. La réponse : les musulmans qui prient dans une salle à l’université sont des citoyens privés, pas des officiels publics. Il y a fort à parier qu’un vice-recteur musulman qui exigerait de prier dans la salle du conseil, en public, avant les réunions du bureau de direction de l’université, serait débouté par les tribunaux. je vous dis ça sans être nécessairement sympathique à la question des locaux de prières dans des établissements publics. Pas du tout, en fait. Mais à défaut de mieux, ce sont les tribunaux qui tranchent. Super facile de mélanger pommes et oranges dans ce débat. Il faut comparer des « comparables », comme ils disaient à 110% : comparons les demandes de citoyens privés avec celles d’autres citoyens privés ; les demandes d’officiels publics avec celles d’autres officiels publics.
On peut dire que c’est le combat d’un seul homme. Vrai. Mais c’est pas sans conséquence. M. Tremblay dit n’importe quoi, et ces bêtises ne font qu’enflammer un débat qui touche tous les Québécois. Quand il dit que dans une province anglaise, un tel jugement ne serait pas possible, c’est n’importe quoi : l’Ontario a accouché de décisions semblables. Quand il dit que la démocratie, c’est le voeu de la majorité, c’est n’importe quoi : c’est aussi la règle de droit et des contre-pouvoirs. Bref, ça fait beaucoup de « n’importe quoi » qui sort de sa bouche.
Deux suggestions de lecture, sur le même registre :
Quand on lit dans les journaux cette déclaration du maire Tremblay: «Quand je vais arriver de l’autre bord, je vais pouvoir Lui dire: je me suis battu pour Vous; je suis même allé en procès pour Vous?». Spontanément, monsieur le maire me renvoie à ce très beau texte de l’évangile de Matthieu: «Il ne suffit pas de me dire: Seigneur, Seigneur! Pour entrer dans le Royaume des cieux?; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là?: Seigneur, Seigneur! N’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé? En ton nom que nous avons chassé les démons? En ton nom que nous avons fait de nombreux miracles? Alors, je leur déclarerai: Je ne vous ai jamais connu; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité!» (Mt 7,21-23).