Patrick Lagacé

Archive du 15 février 2011

Mardi 15 février 2011 | Mise en ligne à 23h31 | Commenter Commentaires (29)

À propos d’Émilie

Hier, j’ai publié cette chronique dans La Presse, sur le sort des parents qui épaulent un enfant atteint de cancer. J’ai reçu un tas de courriels au sujet d’Émilie. Une avalanche de courriels, en fait.

Deux courriels ont retenu mon attention. Celui de Louise :

Bon matin, je termine la lecture de votre article d’aujourd’hui et j’ai eu l’impression de retourner en 1992. Geneviève, ma fille, a eu un diagnostic de lymphome. L’histoire est longue. Le crabe, comme vous dites si bien, était bien caché, pas facile à débusquer. Un an de traitement, espoir, rechute, divorce, finance crevée, auto brisée (j’ai bien rit en lisant ce bout, oui on est capable de rire 15 ans plus tard…) et finalement greffe autologue. J’aime bien l’expression du vortex qui nous tire inexorablement vers le bas et l’impression de se battre contre un ennemi trop gros…..Pour Geneviève, le traitement expérimental a été donné à Montréal mais de Boston si je me souviens bien. Ma fille a servi de « petite souris » de laboratoire pour les générations suivantes d’enfant malade. C’était tellement insécurisant et en même temps correct. Aujourd’hui Geneviève est « guérie ». Pourquoi j’écris guéri entre guillemets ?? Parce qu’on ne sort pas indemne de ce genre d’expérience de 5 à 7 ans. Ça laisse des traces. Poison vous dites ??? Il n’y a pas beaucoup de « survivant » de l’époque de ma fille. Chanceuse de vivre ?? Oui mais à quel prix ??

La société est excellente pour mettre de l’argent dans une grosse bouteille au coin de la rue pour sauver les enfants malades. Elle est aussi excellente pour faire des bons shows à la télévision, écrire des gros chèques avec des gros chiffres très longs……nous sommes généreux, on peut dormir en paix. Demandez à ces mêmes donateurs d’engager une « survivante » 15 ans plus tard……Problème de concentration, problèmes de santé, absentéisme, lenteur d’exécution, rendement moyen. Dans la société de performance dans laquelle nous vivons, il n’y a pas beaucoup de place pour les « pas vite ». Travail de grande qualité, trop lente……J’ai lu cette évaluation tellement de fois. Même l’école n’est pas prête et/ou outillée pour les aider. Ça aussi c’est une longue histoire.

Semaine des enfants cancéreux ?? Voici une belle piste de réflexion.

Celui de Michel :

Apprêtez-vous à lire une écoeuranterie, M. Lagacé.

Je voudrais vous remercier pour votre papier d’aujourd’hui. En fait, c’est Émilie que je voudrais remercier directement, mais vous allez voir que c’est impensable.

La remercier pourquoi ? Parce qu’elle m’a guéri. Guéri de quoi ? De ma lâcheté.

J’ai 56 ans, j’ai peur de la mort, j’en hurle parfois quand je suis sûr de ne pas être entendu. Mais ça revient tout le temps. Sauf qu’à l’avenir, grâce à Mélanie, grâce à son malheur (oui, vous lisez bien), quand ça va me reprendre, je vais pouvoir me dire farme ta yeule, vieux ciboire, t’en as eu en masse, de la vie, et il t’en reste encore pour plus longtemps que le total qu’Émilie aura eu.

Est-ce assez égoïste ?

Mais l’écoeuranterie, c’est même pas encore ça. L’écoeuranterie, c’est qu’Émilie n’est pas « ma » première, et que ça va sans doute en prendre d’autres, après. Parce que la lâcheté, c’est comme certains cancers : ça rechute.

Quelques personnes m’ont demandé où trouver la Fondation Émilie Filiatrault, c’est ici.

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Mardi 15 février 2011 | Mise en ligne à 7h53 | Commenter Commentaires (45)

Inspecteur Gadget à l’Hôtel de ville de Montréal !

inspectorgadget

Jacques Bergeron est le Vérificateur général de la Ville de Montréal. Son job, c’est de scruter la gestion municipale. Il fait son travail avec zèle et ce zèle a embarrassé l’administration du maire Gérald Tremblay à quelques reprises, ces dernières années. C’est un employé de la Ville, bien sûr. Mais ce n’est pas n’importe quel employé. C’est un employé dont la définition de tâche inclut quasiment le rôle d’emmerdeur ! Ses constats ont évidemment des répercussions politiques.

La nouvelle, signée André Noël, maintenant : c’est cet homme emmerdant, qui a déjà révélé des trucs embarrassants à propos de la gestion municipale, qui a fait l’objet d’une enquête de dix mois de la part de la Ville, après une plainte anonyme. Pendant dix mois, les courriels du Vérificateur général ont été espionnés. On a fini par trouver une ou deux broutilles. Des broutilles qui, on s’entend, sont loin du scandale des compteurs d’eau ! Mais à force d’ouvrir les courriels de Bergeron pendant dix mois, les Inspecteurs Gadget de l’administration Tremblay ont fini par dénicher une ou deux broutilles. Des courriels échangés entre Bergeron et des avocats ont même été ouverts. C’est, évidemment, scandaleux. Quiconque n’a pas un cerveau de hamster voit bien que la Ville avait un intérêt politique à embarrasser cet employé qui l’emmerde par ses constats. Que ça n’a rien à voir avec un « droit de gestion ». Qu’à Ottawa et à Québec, le lien entre le Vérificateur général et l’appareil gouvernemental est traité comme il se doit, c’est à dire comme un employé pas comme les autres.

Le spin, maintenant : Bergeron a fait l’objet d’une enquête à la suite d’une plainte anonyme. On aurait trouvé des anomalies dans sa gestion. Le président du comité exécutif, Claude Dauphin, a le rapport qui résume l’enquête.

Faut-il que je vous explique la différence entre une nouvelle et du spin ? Ok. Le spin, c’est le déguisement qu’essaie de mettre sur une nouvelle les protagonistes de ladite nouvelle. Je vais vous donner un exemple, très simple. Un lapin se roule dans la merde. Ça, c’est la nouvelle. Le spin, c’est quand autour du lapin, on dit : Le lapin a décidé que le brun lui allait bien, cette saison…

C’est clair ?

Bon. Lapierre, maintenant. Jean Lapierre est l’ex-politicien libéral puis bloquiste puis de nouveau libéral qui s’est recyclé dans le commentaire politique dans les médias. Il le fait avec brio et il est divertissant, chez Paul Arcand et à TVA/LCN. Mais je l’écoute parler de l’affaire Bergeron et je ne peux pas m’empêcher de penser que M. Lapierre est tout autant commentateur politique que l’homme-de-la-politique dans les médias. Devant les demandes d’enquête publique dans le secteur de la construction, Jean Lapierre réagit comme un homme-de-la-politique : pas nécessaire (je dénonçais sa position en novembre). Je l’écoutais, ce matin, chez Arcand, parler de cette affaire d’espionnage dirigée contre le Vérificateur général : incapable de la moindre indignation. Juste pas capable. Il comprend qu’il y ait eu enquête sur le Vérificateur. Il dit qu’un employeur a le droit de fouiller dans les courriels de ses employés (ce qui est vrai, avec nuances), sans jamais mentionner que le Vérificateur n’est absolument pas un employé comme les autres. Il dit des choses comme « Personne n’est au-dessus de la loi » et « Ça va être intéressant de voir la suite »…

Incapable de dire qu’on a pu tenter de saloper Bergeron pour des motifs politiques. C’est Arcand qui a dû introduire cette notion dans l’univers parallèle de son chroniqueur politique en lui rappelant ce léger détail qui contredit le spin de l’Hôtel de ville. Il faut dire qu’Arcand n’a jamais subi l’ablation du muscle de l’indignation.

Bref, pour le spin, il y a Lapierre.

Pour la nouvelle, il y a André Noël et la chronique de Michèle Ouimet.

***

Je note, en terminant, que le dossier des Colombo de l’administration municipale sur Jacques Bergeron est maintenant sur le bureau de Claude Dauphin. Le même Claude Dauphin qui vivait dans la fiction que le voyage de son prédécesseur Frank Zampino sur le bateau de Tony Accurso relevait de sa vie privée ! J’ai écrit là-dessus, à l’époque du scandale des compteurs d’eau.

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Mardi 15 février 2011 | Mise en ligne à 7h02 | Commenter Commentaires (10)

Le meilleur lead de la journée…

Dillinger

Le lead, dans un article de journal, c’est le premier paragraphe. Une théorie du journalisme dit qu’il doit à la fois résumer le reste du papier sans trop en dire tout en étant punché. Daniel Renaud, de RueFrontenac.com, parlant d’un vol à main armée au IGA de Varennes, gagne la palme du lead de la journée :

Trois jeunes voleurs particulièrement maladroits, qui venaient prétendument de braquer un supermarché de Varennes avec une mitraillette, ont été arrêtés dimanche soir à la suite d’une courte poursuite digne des comédies du cinéma muet.

Ça se termine avec un des trois Prix Nobel qui perd ses espadrilles en se sauvant des flics dans la neige et les deux autres qui se cachent dans une roulotte, où les flics les cueillent comme des fraises sans défense grâce à leurs traces dans la neige. Poétique, presque.

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