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À : Denis Gravel, Jérôme Landry, animateurs Le Show du Matin, CHOI FM Radio X, Québec
DE : Patrick Lagacé, travailleur de l’information
SUJET : Mon refus de me faire interviewer par vous deux
Messieurs,
Un espion vivant à Québec, appelons-le « La Merveille Masquée », m’a fait savoir ce matin que vous avez noté une supposée contradiction dans ma chronique de ce matin, Where are your ball, Mr Bernier ?, portant sur Maxime Bernier, député fédéral de Beauce. Le passage en question se lit comme suit :
M. Bernier est un Québécois. Mais c’est un peureux. Aller dire que la loi 101 est inutile à Halifax, à un auditoire qui va évidemment vous applaudir, c’est déjà dans le sous-sol de la bravoure. Mais après, en voyant la tempête, refuser de s’expliquer en entrevue sur des tribunes nationales, c’est un sommet dans le rayon du manque de couilles.
Vous avez fait un parallèle entre cette pleutrerie (à mon avis) de M. Bernier et mon propre refus de me présenter à votre micro. C’est un argument valide, à première vue, mais qui se désagrège après analyse comme la carrière ministérielle de M. Bernier s’est désagrégée, il y a près de trois ans, dans les circonstances que l’on sait. Permettez, Messieurs, que je vous explique.
M. Bernier boycotte à peu près tous les médias situés hors de son comté. En bloc. Ce n’est pas mon cas. Moi, je vous boycotte, vous, personnellement. Si M. Bernier disait : Je ne donne pas d’entrevues à Patrick Lagacé, je ne m’en offusquerais pas. Je ne suis pas un juge, je ne peux forcer personne à prendre mes appels, pas plus que je ne peux les forcer à m’accorder d’entrevues. Mais ce n’est pas le cas. M. Bernier boycotte en bloc toutes les tribunes où il pourrait être talonné, contredit, forcé de s’expliquer sur ses positions bizarres. Un politicien qui a des couilles, après avoir émis une opinion si controversée, irait s’expliquer chez Arcand, chez Homier-Roy, chez Dutrizac, au Téléjournal, etc, etc. Ici, on a l’impression que M. Bernier évite systématiquement toute tribune où il n’est pas certain à 100% de trouver des oreilles sympathiques à ses vues. C’est un choix.
Ce n’est pas mon cas. Je vous boycotte, vous, personnellement, pour les mêmes raisons que je ne fume pas la cigarette et que je n’habiterais pas une maison construite sur un ancien site d’enfouissement de BPC. C’est une question d’hygiène. Sinon, j’essaie de dire oui aux entrevues, autant que possible, dans les radios de Rouyn-Noranda, Saint-Georges-de-Beauce, Trois-Rivières et tutti quanti. Dans le passé, j’ai fait des entrevues avec des animateurs qui ne sont pas dans le même camp idéologique que moi, par exemple avec votre collègue Bouchard au FM 93 ; avec votre confrère Maurais à la même antenne que vous et avec votre camarade Jeff Fillion, du côté de Radio Pirate, avec qui j’ai eu un plaisir immense à discuter et à débattre, bien qu’un fossé similaire au Grand canyon sépare nos visions respectives du monde.
Bref, dans votre cas, mon boycott est personnel, Messieurs Gravel et Landry. J’ai un seuil de tolérance assez élevé pour ce qui est des singeries médiatiques, Dieu sait que j’en fais à l’occasion. J’essaie de ne pas réduire les gens de médias à une seule gaffe, à une seule époque de leur carrière. C’est pourquoi, par exemple, j’interagis avec Fillion, par exemple. Mais dans votre cas, vous habitez une section du zoo où je préfère ne pas aller. Pour des raisons d’hygiène, comme je vous disais. Ça tient à toutes ces conneries que vous faites pour attirer l’attention ( « Va chier l’artiste ! », par exemple, pour ne nommer qu’une bêtise). Ce n’est même pas la vulgarité occasionnelle qui m’irrite, je peux vivre avec la vulgarité ; la vulgarité est parfois salutaire et révélatrice. Mais vous deux, comme votre collègue Dupont (ou est-ce Dupond?), le midi, vous souffrez d’un déficit de talent même dans la vulgarité, ce qui est impardonnable, vous en conviendrez avec moi. Bien sûr, vous pouvez vivre dans la fiction selon laquelle vous êtes de redoutables intervieweurs qui me font peur. Ce ne serait pas la première fiction à laquelle vous adhérez !
Bref, l’expression n’est pas de moi, mais je vous la sers, en la paraphrasant, n’étant pas certain du libellé exact, pour réflexion future : Je ne m’obstine avec des idiots, ça les éduque. Je ne veux pas dire que vous êtes des idiots, globalement : vous êtes sans doute d’excellents citoyens et voisins, vous donnez probablement à la Guignolée et vous aidez sûrement les vieilles dames à traverser les rues, les jours de tempête de neige. Mais au micro, vous êtes des cons.
Sur ce, salutations à M. Raynald Brière, grand patron de Radio Nord, si d’aventures vous le croisez parfois dans la cafétéria de la station. Est-ce qu’il vous félicite pour votre beau programme, des fois ?
Ma chronique du jour porte sur Maxime Bernier et ses propos sur l’inutilité de la loi 101 au Québec. Il a droit à ses opinions. Du côté de L’actualité, Jean-François Lisée rend hommage au goût de l’ancien ministre pour le débat. Je ne suis pas d’accord avec JFL là-dessus : le député de Beauce a un réel talent pour lancer des grenades idéologiques et s’expliquer sur son blogue par la suite, sans risque d’être contredit. À preuve, il ne donne des entrevues qu’aux médias de son comté (décision qui m’a inspiré le titre de la chronique). On est loin du débat. Deux morceaux de robot pour sa propension à parler d’idées libertariennes quasiment inconnues ici.
Par courriel, quelques lecteurs me reprochent l’allusion à l’anglais de M. Bernier. Critique légitime. Mais je crois que c’est au centre de la pensée de M. Bernier, et de bien des gens qui font des boutons face à cette loi 101. Le pire, c’est que là-dessus, je suis presque libertarien, je frôle la pensée individualiste : l’apprentissage de l’anglais est une responsabilité individuelle et familiale qui n’a rien à voir avec l’État. J’ai déjà écrit là-dessus. Et je répète : l’anglais, ça s’attrape.