Patrick Lagacé

Archive, février 2011

Il sont quelques-uns à me demander si j’ai « viré à droite », après ma chronique de ce matin, Où étiez-vous, Madame Carbonneau ?, où j’égratigne la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. Je n’ai pas viré à droite. Parce que je ne suis pas si à gauche que ça. Centre-gauche, comme beaucoup de Québécois. Si quelqu’un pense que j’ai viré à droite, c’est qu’il est tombé dans le piège de l’axe binaire extrême gauche-extrême droite qui mord le pied de la province par les temps qui courent. Si quelqu’un pense que j’ai viré à droite, c’est qu’il pense que tous ceux qui sont de centre-gauche sont des « socialistes » ou des « communistes ». Je me tiens loin des extrêmes. Suis-je en faveur de la syndicalisation ? Bien sûr. En principe. Après, ça dépend de la façon de l’exercer.

À la fin, Quebecor avait la loi de son côté. Le conflit au JdeM a commencé avec une décision arbitrale à propos du lock-out au Journal de Québec, qui semblait confirmer l’esprit et la lettre de la loi anti-scab québécoise. Puis, pendant le conflit, une décision en appel a renversé cette décision arbitrale. Le rapport de force est passé définitivement du bord du boss. Dans la chronique, j’ai écrit qu’à partir de là, la game devenait politique et que la CSN aurait dû militer plus activement pour que la loi anti-scab soit dépoussiérée. J’écris qu’elle ne l’a pas fait avec pugnacité, citant une chronique de Michel David du Devoir, cet été, où il disait que la CSN a probablement qu’en ouvrant le Code du travail pour clarifier la notion d’établissement au coeur de la décision en appel, il faudrait aussi dépoussiérer certains articles qui irritent le patronat.

Ce que disent aujourd’hui les lock-outés, c’est que Claudette Carbonneau était aux abonnés absents pendant tout le conflit. Jamais ils ne l’ont sentie dans les tranchées, avec eux. Publiquement, elle a été très timide. On peut se poser des questions sur sa combativité. Pourquoi on peut se poser des questions sur sa combativité ? Parce que ce conflit de travail, le plus long de l’histoire des médias au pays, n’était pas qu’un simple lock-out, c’était un conflit idéologique entre deux façons de voir les relations de travail, la société québécoise et le monde. C’est comme ça que Pierre Karl Péladeau a abordé ce conflit, avec sa combativité habituelle, disons. Si Claudette Carbonneau a vécu son conflit de la même façon, ça ne paraissait pas.

Ce manque de combativité explique peut-être pourquoi la CSN s’est écrasée dans le sprint final des négos entre le syndicat des travailleurs de l’information du JdeM et Quebecor. Cet écrasement explique pourquoi il y a tant de zones d’ombres dans l’entente négociée.

Bref, la présidente de la CSN peut bien se promener pour mettre du vernis sur sa défaite, ça reste une défaite, et elle est immense pour elle et pour la CSN. Je dirais bien que c’est une défaite personnelle, mais elle n’a pas fait la démonstration qu’elle s’est impliquée personnellement dans ce conflit.

Du bord de RueFrontenac, le chroniqueur politique Yves Chartrand envoie lui aussi des baffes à Mme Carbonneau.

AJOUT : Le titre de la chronique dans La Presse : Où étiez-vous, camarade Carbonneau ? Le titre de la même chronique, sur Cyberpresse, entre minuit et (environ) 8h ce matin : Claudette la carpette. Explication : je discute parfois du titre, question de trouver quelque chose de pertinent/juste/approprié/etc avec les collègues. J’ai suggéré deux titres en envoyant le texte. On a opté, après discussions, pour Où étiez-vous… Cyberpresse a passé l’autre titre, qui n’était pas celui de la version papier. On l’a changé pour être synchro…

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Vendredi 25 février 2011 | Mise en ligne à 15h18 | Commenter Commentaires (56)

Note de service pour ceux qui sont TOUJOURS positifs

Des fois, t’as beau chercher, y a rien de positif !

Sur ce, bonne fin de semaine !

(Via le Facebook de Dominic Fugère)

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Vendredi 25 février 2011 | Mise en ligne à 8h58 | Commenter Commentaires (60)

Régis Labeaume 2.0 me fait penser à un joueur de soccer…

C’est à la mode, les poursuites, non ? Je sais bien qu’il n’y a pas de « registre centralisé » des poursuites en diffamation, on ne peut donc pas jauger d’une hausse de la pratique, mais tout le monde poursuit tout le monde, en politique, on dirait. Au fédéral, j’ai souvenir de poursuites intentées par les conservateurs, je crois que Marois est poursuivie par Charest et Charest a menacé de poursuivre Deltell. Charest poursuit Bellemare. Bellemare poursuit Charest. Est-ce que j’en oublie ? Fort probablement.

C’est le cas, aussi, en banlieue de la politique : la CSQ a envoyé une mise en demeure à un site web, Les Analystes, où des citoyens partisans de la droite tenaient des mots pas très gentils à l’égard de la gauche, du féminisme et des syndicats. Et je ne parle pas des médias, qui reçoivent ces temps-ci des mises en demeure à bouche que veux-tu, pour cause d’enquêtes journalistiques sur les coquins de l’axe politique, gangs de routes et fric. Il y a même des médias qui poursuivent d’autres médias. Je devrais dire un média qui poursuit d’autres médias, mais je m’éloigne du sujet.

Qui est content, là-dedans ? Les avocats. Juste les avocats.

Revenons à Régis Labeaume, maire de Québec. Je vous disais, plus tôt cette semaine, que je m’inquiétais pour le premier magistrat, dans la foulée de ses menaces de poursuivre l’univers au grand complet ceux qui font de la diffamation à son endroit ou à l’endroit de son parti. Je me disais qu’il a besoin de vacances. Eh bien, il a mis sa menace à exécution : il poursuit le président du syndicat de ses cols blancs et un de ses anciens conseillers qui a fait défection, en dénonçant quelque chose qui ressemble, selon lui, à un régime de terreur dans l’Équipe Labeaume. Il réclame 200 000$ à chacune des parties. C’est le parti qui va payer les poursuite. Papier dans Le Soleil.

Il se peut que le maire Labeaume ait été sali. S’agit-il de diffamation ? Un juge tranchera, après avoir écouté les parties impliquées. Après de longues et fastidieuses procédures judiciaires. Après que de l’eau ait coulé sous les ponts. Après que la mémoire du public ait eu le temps de passer à autre chose. Bref…

Il se peut que le maire Labeaume ait été sali. Mais on a l’impression, ici, que Régis Labeaume, jadis si jovial, jadis si sympathique même dans la défense de ses intérêts et de ceux de sa cité, est en train de se révéler comme un personnage incapable de vivre hors du confort douillet de la vénération généralisée. On a l’impression qu’à la fin, Régis Labeaume est comme d’autres personnages publics qui roulent les mécaniques, qui jouent des bras au sens métaphorique : quand ils reçoivent à leur tour une taloche, ils roulent par terre en se tordant de douleur comme des joueurs de soccer tentant d’arracher un penalty à l’arbitre…

Ce qui est toujours pathétique.

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