Patrick Lagacé

Archive du 20 janvier 2011

Jeudi 20 janvier 2011 | Mise en ligne à 12h28 | Commenter Commentaires (63)

David Descôteaux, suite et fin

Je viens de finir de parler à David Descôteaux, à qui je reprochais, il y a deux jours, un plagiat. Il a répliqué sur son blogue, je vous en parlais ce matin. Je cite ce qu’il m’a dit, dans notre conversation téléphonique : « C’est vrai qu’il y a des ressemblances. Mais tu sais, quand tu ramasses toutes tes infos, que tu brasses et re-brasses tes paragraphes et reformule tes phrases pendant des heures, tu cherches la meilleure combinaison et le meilleur rythme pour ton texte. Ce coup-là, le résultat a donné quelque chose qui ressemble un peu trop à une de mes sources. Était-ce intentionnel? Absolument pas.

« J’ai vérifié tous les faits avancés dans le texte d’Iwanik. Je sais que les apparences jouent contre moi. Mais je n’ai jamais eu d’intention de plagiat. Je te donne ma parole là-dessus. Mais comme je l’admets dans ma clarification, j’aurais dû mettre une source dans le texte. »

Voilà. C’est la version de David Descôteaux, en ses mots. Je peux mettre, côte à côte, les textes d’Iwanik et de David Descôteaux, pour en faire ressortir les similitudes. Je peux dire que dans-mon-livre-à-moi, c’est du plagiat. Mais mon collègue m’assure qu’il n’avait pas d’intention de plagiat. Je n’ai pas de raison de douter de sa parole et je n’ai pas d’arguments pour le contredire. Je le sens sincèrement désolé, par ailleurs. Tout ça suffit à me convaincre de clore le débat.

***

Un mot sur le contexte de cette affaire. J’ai réagi fortement dans le billet où je critiquais David Descôteaux, pour une raison bien simple : en tant que journaliste, j’ai une aversion épidermique pour le plagiat. Point final, dans tous les cas. Ça se fait pas. On peut avoir les opinions qu’on veut. Mais le travail des autres mérite toujours un coup de chapeau, une référence, une mention. Mon aversion pour le plagiat transcende, dans ce métier, à peu près toutes les considérations. Même quand, il y a quelques années, c’est un journaliste de La Presse qui a été impliqué dans une telle affaire ; affaire révélée par notre rédacteur en chef de l’époque lui-même, dans nos pages.

D’où mon exaspération devant les tentatives de diversion de ceux qui ont tenté de faire de mon indignation un autre chapitre de la guéguerre gauche/droite ou de la rivalité La Presse/QMI. C’est une vision épouvantablement simpliste de l’affaire. Vision que David Descôteaux, à son grand crédit, a choisi de ne pas évoquer dans sa défense. Pour la suite des choses, je suis sûr qu’il va continuer à contribuer aux débats avec sa vigueur habituelle. Et avec une attention particulière dans ses citations.

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Jeudi 20 janvier 2011 | Mise en ligne à 11h19 | Commenter Commentaires (19)

Réplique de David Descôteaux

David Descôteaux, le chroniqueur économique de QMI à qui j’ai reproché un plagiat, il y a deux jours, vient de répliquer sur son blogue. Dans un billet publié mardi sur mon blogue, je reprochais à M. Descôteaux d’avoir plagié un texte de Jan Iwanik, publié sur deux blogues américains (celui du think tank libertarien Ludwig von Mises Institute, repris dans le Christian Science Monitor) Je cite un extrait de sa réplique :

Si Patrick Lagacé s’était donné la peine de faire un peu de recherche, il aurait constaté que les sources pour l’histoire en question sont nombreuses. Elles vont de Bloomberg, Wall Street Journal, The Economist et plusieurs autres grands journaux, et des dizaines de blogues (j’ai mis plusieurs liens au bas de ce texte). Toutes ces sources ont été vérifiées. Cette histoire-là était abondamment discutée en Europe et aux États-Unis. C’était loin d’être un scoop pour quiconque. Ni pour moi, ni pour M. Iwanik. Quand les faits sont repris par autant de médias, ces faits deviennent un jour ou l’autre des « biens publics ».

D’ailleurs, le texte d’Iwanik a été publié le 2 janvier 2011, alors que des informations étaient déjà disponible dans des publications comme Bloomberg, Reuters, Les Échos, etc., depuis plusieurs mois. Lui et moi avons rapporté les mêmes faits, tirés de plusieurs sources. J’ai bien sûr aussi consulté l’article d’Iwanik. Mais lorsque Patrick Lagacé insinue que je me suis seulement servi de ce texte, ou que j’ai simplement traduit des pans entiers de ce texte en français, il est dans l’erreur.

Je m’abstiens de commenter pour l’instant les propos de M. Descôteaux. J’y reviendrai bientôt. Je vous invite cependant à lire la version intégrale de son texte, Clarifications, sur le site du Canal Argent.

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Jeudi 20 janvier 2011 | Mise en ligne à 0h05 | Commenter Commentaires (48)

Tunisie : de la France à Pauline Marois…

Photo Reuters

Photo Reuters

Bravo, les Tunisiens. Vous avez sacré un régime dictatorial, un vrai, dehors (reportage de Laura-Julie Perreault, de La Presse, sur place). Ce n’est pas tous les jours que ça arrive, vous entrez dans le club sélect comprenant les roumains, les Allemands de l’est, les Iraniens (ce qui a remplacé le shah a beau être détestable, le shah était quand même un authentique coupeur de couilles), entre autres…

Ce qui est drôle, aujourd’hui, c’est de voir le concert des nations reconnaître la légitimité de la révolution du jasmin, c’est de voir tous ces pays dénigrer le régime de Ben Ali, depuis que les Tunisiens l’ont forcé à monter dans son avion avant de se faire lyncher. Prenez la France. Avant la révolution, la France s’accommodait très bien d’un dictateur à Tunis. Voilà qu’aujourd’hui, la France se pose en grande amie du peuple tunisien, lève le nez sur le régime dictatorial, pouache, pouache… Bon résumé dans Le Monde de l’embarras français. Le pouvoir français se fait accommodant, promet de geler les avoir de la clique de voleurs de Ben Ali, comme en fait foi cet extrait d’un autre article du Monde :

Le 15 janvier, le porte-parole du gouvernement français, François Baroin, avait indiqué que Paris se tenait “à la disposition des autorités constitutionnelles tunisiennes pour voir autant que de besoin, ce qu’elles souhaitent, s’agissant des avoirs immobiliers de Ben Ali ou de son entourage”. Ces déclarations sont considérées par les plaignants comme une reconnaissance de la réalité du patrimoine détenu par les Ben Ali en France. Mais ils jugent inopérante la promesse faite par M. Baroin de “prendre les dispositions nécessaires” pour bloquer la fuite de ces avoirs, rappelant que seules une décision judiciaire ou des sanctions internationales peuvent en décider.

Les États, c’est bien connu, n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts. Hier, la France avait intérêt à appuyer/aider/tolérer Ben Ali. Aujourd’hui, le salopard étant parti, elle le renie. Tous les pays sont comme ça, la France n’est pas unique, bien sûr. Saddam était l’ami de l’Occident dans les années 1970 et 1980, pour un tas de raisons allant de l’anticommunisme à l’opposition à l’Iran. Puis, un jour, il a envahi une petite dictature régionale que l’Occident s’est sentie obliger d’aller libérer au nom de la liberté, le prix du baril de pétrole ayant explosé. Saddam est devenu un ennemi et un despote qu’il fallait éliminer…

Ce qui pose la question, au fait : c’est quoi, une démocratie ? C’est quoi, une dictature ? Eh bien, les enfants, permettez un petit cours de démocratie 101, très simple. Un pays démocratique, grosso merdo, c’est un pays où on peut dire que l’État et ses serviteurs, élus ou fonctionnaires, sont des idiots/imbéciles/irresponsables sans crainte de se faire emmerder par l’État ou ses milices ou ses serviteurs…

Ça inclut à peu près tous les pays d’Europe occidentale, l’Amérique du Nord (excluant le Mexique), Israël, la Scandinavie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, quelques pays d’Amérique du Sud, le Japon et… et, c’est à peu près ça, non ? J’en oublie peut-être, mais pas beaucoup. L’Inde, tiens, j’oublie l’Inde, peut-être. Ailleurs, c’est la dictature, soft ou dure, qu’importe, mais c’est pas la démocratie, c’est pas l’État de droit. Russie, Chine, Arabie saoudite, Pakistan, une grande partie de l’Afrique, de l’Asie, du Moyen-Orient, etc, etc : vous les connaissez, ce n’est pas difficile de reconnaître un État de droit d’un État de non-droit. Même si c’est un pays sympathique, vu de l’extérieur, même si on va s’y prélasser pour des vacances ensoleillées, comme au Mexique, comme à Cuba, comme au Maroc.

Je parle d’État de droit surtout pour rappeler le principe à Mme Pauline Marois, la chef du Parti québécois. Le PQ s’est récemment fendu d’un communiqué assurant le peuple tunisien de sa solidarité, qui critiquait les 23 ans du régime « despotique et corrompu » de Ben Ali. Un communiqué formidable qui réchauffait le coeur des hommes et des femmes de bonne volonté, évidemment. Sauf qu’il y a trois ans, Mme Marois a parlé de la Tunisie comme d’un « État de droit », dans la foulée de l’affaire de la déportation de l’imam Jaziri. Sur ce blogue, j’avais relevé cette énormité aux proportions bibliques de Mme Marois. La Tunisie, État de droit, c’est comme penser que le Canadien joue dans la NBA. Mon camarade Taïeb Moalla*, du Journal de Québec, a relevé, avec justesse, la contradiction entre les propos de Pauline Marois en 2007 et ceux du PQ en 2010. Le fossé entre les deux positions est aussi grand que le container dans lequel la clique de Ben Ali a caché son or avant de fuir dans une autre dictature, l’Arabie saoudite (pense-t-on).

Bref, bravo les Tunisiens. Vous avez bouté un dictateur. Et vous vous êtes faits plein de nouveaux « amis » qui, hier, s’accommodaient assez bien du dictateur. Ironique, mais bon, les États n’ont que des intérêts…

*Taïeb a écrit un compte-rendu de ce que c’est, vivre dans un État policier, ici.

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