Patrick Lagacé

Archive du 18 janvier 2011

Mardi 18 janvier 2011 | Mise en ligne à 12h39 | Commenter Commentaires (142)

David Descôteaux : petite leçon de plagiat (AJOUT)

David Descôteaux est journaliste économique. Sa tribune la plus connue est celle de QMI, où il oeuvre au JdeM et au Canal Argent. Il en connaît fort probablement plus que moi en économie, comme en témoignent les nombreuses distinctions qui figurent sous sa photo, sur son blogue. Je ne peux certainement pas lui donner de leçons pour ce qui est de l’économie. Mais j’aimerais, ici, le sensibiliser à cette bêtise qu’est le plagiat.

Pour le Canal Argent, David Descôteaux a écrit cette chronique Quand l’État vole vos REER, qui explique comment certains pays européens ont pigé dans les fonds d’épargne privés de leurs citoyens, ainsi que dans les régimes de retraite publics, pour sauver les banques et/ou des secteurs de leurs économies respectives.

Le hic, c’est que cette chronique de M. Descôteaux a déjà été publiée sur le blogue du Adam Smith Institute Blog, au Christian Science Monitor, le 2 janvier dernier, sous un autre nom ! Sous la plume de Jan Iwanik, cependant, pas sous celle du journaliste de QMI. Remarquez, le billet de M. Iwanik, précise le CSM, avait déjà été publié sur le site du Ludwig von Mises Institute, un think tank américain de tendance libertarien. Je n’ai pas retrouvé le billet original de M. Iwanik.

Le billet de Jan Iwanik s’intitule European nations begin seizing private pensions. Dans l’ordre, Iwanik évoque les exemples de la Hongrie, de la Bulgarie, de la Pologne, de l’Irlande et de la France, qui ont pigé dans les fonds d’épargne privés ou publics pour renflouer des secteurs de leurs économies. Il cite des chiffres, des statistiques, des faits. Ces chiffres, ces statistiques, ces faits répertoriés par le texte du Christian Science Monitor/von Mises Institute se retrouvent en grande partie dans le texte du chroniqueur de QMI, souvent dans le même ordre. Faites l’exercice. C’est très intéressant. Lisez le texte du CSM. Et celui du Canal Argent.

Voyez ce paragraphe écrit par Jan Iwanik, sur l’Irlande :

In 2001, the National Pension Reserve Fund was brought into existence for the purpose of supporting pensions of the Irish people in the years 2025-2050. The scheme was also supposed to provide for the pensions of some public sector employees (mainly university staff). However, in March 2009, the Irish government earmarked €4bn from this fund for rescuing banks. In November 2010, the remaining savings of €2.5bn was seized to support the bailout of the rest of the country.

Et maintenant, le paragraphe « écrit » par David Descôteaux sur l’Irlande :

Les politiciens irlandais vous diraient que ça coûte cher de sauver les ti-zamis banquiers et leurs riches actionnaires. Dans ce pays, l’État vide le fonds de réserve du régime de retraite public pour sauver les banques de la faillite. On avait créé ce fonds en 2001 pour financer les retraites des Irlandais pendant les années 2025-2050. En mars 2009, le gouvernement a pris 4 milliards d’Euros dans ce fonds pour sauver les banques, et un autre 2,5 milliards pour sauver d’autres entreprises.

Les mêmes expressions, les mêmes chiffres, à peu près dans le même ordre. À moins d’une coïncidence astrale absolument extraordinaire, ce que David Descôteaux a fait porte un nom : plagiat.

Les exemples hongrois, bulgares, polonais, irlandais et français évoqués par M. Descôteaux souffrent tous de similarités absolument extraordinaires avec le texte du Christian Science Monitor. Je laisse les lecteurs être juges, à la fin, de l’ampleur du braconnage commis par le journaliste en comparant son texte et celui publié dans CSM/von Mises Institute. Certes, le journaliste de QMI a ajouté, ici et là, quelques formules qui ne se retrouvent pas dans le texte du journaliste Jan Iwanik. Mais il n’a même pas été foutu d’inventer une métaphore forte de son cru : le premier exemple de Jan Iwanik, la Hongrie, commence avec un clin d’oeil à Don Corleone, le héros du film Le Parrain, qui parle d’ « une offre impossible à refuser », faite par l’État hongrois à ses citoyens. Comment commence le paragraphe du cas hongrois « écrit » par David Descôteaux ? Je le cite : « Dans le film Le Parrain, vous vous souvenez de l’expression de Don Corleone, « je vais lui faire une offre qu’il ne pourra refuser »? »

C’est tellement, mais tellement con ! Un des plaisirs d’écrire et de vivre de ses opinions, c’est justement le thrill d’apporter quelque chose de neuf aux débats, dans ses propres mots, avec ses propres images. Un collègue a eu un bon flash, qui vous inspire, qui mérite d’être disséminé ? Pas grave ! On le cite. Simple comme ça. On dit d’où vient le flash et on le commente. On ne le vole pas. Assez ironique qu’un texte qui dénonce le « vol » des coussins de retraite par des États soit, lui-même, le fruit du vol du texte d’un collègue.

Et comme j’ai bien des défauts, mais pas celui de plagier, je signale que c’est un lecteur, Roger Leblanc, qui m’a signalé cette affaire.

Sur Twitter, @Shiv signale que David Descôteaux a dit, sur sa page Facebook, qu’il prépare une réponse à ce billet, mais qu’il doit parler à ses avocats.

20h36 : Je n’ai pas vu de réaction de M. Descôteaux, sur Twitter, son blogue ou sur sa page Facebook. Son collègue de QMI, Eric Duhaime, m’accuse en revanche d’avoir « inventé » cette histoire, au lendemain, dit-il, d’une chronique de son collègue sur Radio-Canada. Bref, pour dissiper toute tentation de sombrer dans les théories du complot, Éric, si je me suis penché sur l’histoire aujourd’hui, c’est que M. Roger Leblanc m’en a parlé aujourd’hui. Capture d’écran du courriel de M. Leblanc, reçu ce matin :

RogerLeblanc1

À la fin, l’histoire, ce n’est pas moi, ce n’est pas l’orientation libertaire de M. Descôteaux ni la pertinence de ses chroniques, ce n’est pas QMI. L’histoire, c’est : David Descôteaux, journaliste, a-t-il recopié de larges pans d’un papier publié ailleurs, métaphore du Parrain comprise, sans en donner le crédit, commettant un plagiat ? Ma prétention, c’est que la réponse est oui. Si certains veulent croire que c’est une « invention », libre à eux, je crois que la lecture des deux textes est en soi assez éloquente.

Lire les commentaires (142)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    janvier 2011
    L Ma Me J V S D
    « déc   fév »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité