
Je sais bien que certains de mes amis de Québec y verront du triomphalisme montréalais, mais comment ne pas s’inquiéter des dernières déclarations, tièdes à souhait, du commissaire de la LNH, ce week-end, en marge du match des étoiles de sa ligue ? C’est en pesant soigneusement ses mots, comme quelqu’un qui a pris des cours dans une école formant des diplomates chinois, que Bettman a commenté le dossier d’un nouvel aréna à Québec. Sa déclaration, telle que rapportée par Richard Labbé :
C’est un fait qu’il y a des histoires qui circulent, des histoires qui laissent entendre qu’un nouvel amphithéâtre à Québec, c’est déjà fait, a fait savoir le commissaire. Mais personne ne m’a appelé pour me dire que quelqu’un allait bâtir un nouvel aréna à Québec. On ne veut pas que les gens s’emportent pour rien en pensant qu’ils vont avoir une équipe
Philippe Cantin a posé la question à Bettman et commente la réaction tiède, pour ne pas dire frigorifique, du commissaire de la LNH, qui ne semble pas très enthousiaste à l’idée de déménager des concessions américaines vers ces froids marchés canadiens comme Winnipeg, Hamilton ou Québec. Après tout, dit Philippe, la loyauté de Bettman va aux équipes existantes. Pas à celles de marchés potentiels.
Je répète que je suis un fan du retour des Nordiques, ne serait-ce que parce que ça donnerait un coup de pied aux proportions olympiques dans le derrière du Canadien, coup de pied qui aurait des effets sur la glace, dans le repêchage de talents locaux et dans la communication avec les Québécois francophones. Je suis en faveur de la construction d’un aréna à Québec, avec fonds publics (mais certainement pas à 100%), parce que le maoïste social-démocrate que je suis est conséquent avec l’idée d’un État qui intervient dans une économie mixte (mais je souligne avec délice les contradictions savoureuses suivantes : Québec, bastion du libéralisme, qui sombre dans la Pensée Unique des Nordiques et réclame des fonds publics pour abriter une industrie profitable et milliardaire ; Quebecor, qui dénonce quotidiennement le « Québec dans le rouge » en parlant de la province comme d’un État du tiers-monde mais qui ne dit rien sur l’injection de millions en fonds publics dans un aréna qui servira principalement à des activités de divertissement privées et profitables : pricephoquinless !)
Bref, il y a loin de la Coupe (Stanley) aux lèvres. C’est même pas l’oeuf ou la poule : l’aréna est conditionnel à la venue des Nordiques, mais même en bâtissant ce Colisée II, la venue des Nordiques n’est pas assurée. Loin de là. Je répète ce que je dis depuis le début : j’ai peur qu’une fois le Colisée II érigé, il ne serve de monnaie de négociations à des équipes américaines dans leurs interactions avec les autorités locales. Genre : « Vous nous construisez/payez un amphithéâtre ou on déménage. Voyez, à Québec, ils sont prêts… » Kansas City sert précisément à cela. Avec les récentes déclarations de Bettman, je ne vois pas de raisons d’être optimiste. Pittsburgh a fait le coup, les Islanders y ont fait allusion, etc, etc.