Dans la foulée de l’ « affaire » Joël Legendre, j’entends depuis hier cette remarque, sur plusieurs tons : s’il est homosexuel, pourquoi ne l’a-t-il jamais dit et pourquoi s’offusquer que cela ait été révélé par le JdeM ? Permettez un point de vue là-dessus.
Il y a quelques années, j’ai demandé à un autre fleuron du star système québécois, ouvertement gay, pourquoi il entretenait le mystère, dans sa vie publique, à ce sujet. Sa réponse : « Je ne veux pas faire de peine à ma mère. » Peut-être que sa mère ne le sait pas. Ou peut-être qu’il n’a pas envie que sa mère se fasse crier par un tata, au marché aux puces local, « Hey, ton gars c’t'un fifi ! »…
Bref, c’est une réponse légitime, parfaitement compréhensible, qui trahit une vérité de La Palice : ce n’est pas vrai que c’est « facile » d’être gay.
Plus facile qu’en 1961 ? Évidemment.
Plus facile quand on est artiste, qu’on vit dans la région de Montréal que si on est fermier en Beauce ou à Chibougamau ? Probablement.
Mais le fait est que l’homophobie n’est pas une vue de l’esprit, que les insultes « fif » ou « tapette » sont encore utilisées pour harceler, pour faire mal, pour écoeurer. Désolé de péter votre balloune si vous pensez le contraire : ou vous n’êtes pas gay ou vous n’en connaissez pas beaucoup ou vous avez la chance de ne connaître que des histoires d’homosexuels heureux et depuis toujours épanouis, acceptés de tous.
Je dis que j’ai entendu cette remarque sur tous les tons. Le plus pernicieux est justement le ton en apparence bon enfant, qui fait mine de s’étonner de l’homosexualité de Legendre, qui nous dit « qu’y s’assume ! ». Ceux-là font partie, bien souvent, du troupeau de rednecks qui irrite les gays et qui est toujours à deux pouces d’une joke de tapettes. Ce sont souvent les plus homophobes, sous le vernis du « qu’y s’assume ! »…
Tout ça pour dire que les sorties de placard, c’est un truc hyper-intime, que chacun vit différemment. Je suis donc tout à fait d’accord avec cette discrétion bienveillante des médias, dont je parlais dans un précédent billet. Si une personnalité en vue, homme ou femme, est homosexuel(le), et choisit de ne pas en parler, c’est son droit et il n’y a pas de grand exploit journalistique à le dire ou, pire, à l’insinuer. Évidemment, il y a des exceptions, parce que c’est un métier qui est balisé par le cas par cas : si un politicien participe à l’élaboration de politiques rétrogrades pour les gays, et qu’il baise des hommes dans des saunas, vous pouvez être certains que je vais le « outer », si j’ai les preuves nécessaires. Mais une comédienne dans un téléroman, qui vit sa vinaigrette ? No way.
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Mon camarade Marc Cassivi, de La Presse, arrive avec un billet diamétralement opposé à celui que je publiais hier dans ce bloye, à propos de la sortie de placard de Joël Legendre par le JdeM, hier, en page 2. Extrait :
Ce qui me ramène à cette histoire assez banale. Hier, un journal en lock-out redoutablement racoleur a publié en page 2 le récit de la rupture d’un animateur de télévision bien connu. La chicane, la maison, l’hypothèque, les avocats, les poursuites. Une nouvelle mineure, d’un intérêt mineur, pourtant jouée à pleine page dans le tabloïd, photo à l’appui.
Quant à la direction du JdeM, elle a cru nécessaire d’expliquer sa parution quant à la publication de ce texte. Extrait :
Évidemment, les vedettes n’aimeraient profiter que des aspects positifs de leur popularité.Les archives récentes et anciennes du Journal de Montréal fourmillent d’exemples issus de toutes les sphères du vedettariat. Aucune pression, aucune affiliation médiatique n’a jamais protégé qui que ce soit. Notre seule obligation est envers nos lecteurs.
Quant à Marc Pigeon, il s’est expliqué au FM93, ce matin. L’entrevue est sur cette page.
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