
Photo PC
Il y a eu des manifestations (une le mois dernier, une hier) pour accueillir l’adoption de la loi 115, qui permet aux parents d’acheter, pour leurs enfants, le droit d’aller à l’école anglaise. Une manif organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste a eu lieu, hier, à quelques heures de l’adoption, en pleine nuit, par bâillon, de la loi.
Résumés du côté de Radio-Canada et de Cyberpresse.
Mais…
Mais au-delà des manifs, est-ce juste moi ou la loi 115 ne suscite pas les passions, chez les Québécois ?
Je suis assez vieux pour me rappeler de la colère collective qui a accueilli un jugement de la Cour suprême invalidant, fin 1988, les dispositions de la loi 101 sur l’affichage commercial. Devant la colère, le gouvernement Bourassa avait tricoté un compromis en invoquant la clause nonobstant lui permettant de se soustraire au jugement de la Cour. Une colère si grande que 60 000 personnes avaient manifesté à Montréal, début 1989.
Où est cette colère, en 2010 ? Pourquoi les rues sont vides ?
Les gens manifestent sur Twitter (voir le bloye de Yan Thériault à ce propos) ?
Ou bien ils ont autre chose à se mettre sous la dent, désormais ?
Le jugement de la Cour suprême sur les écoles-passerelles ne touche pas un aspect aussi visible de la vie collective que l’affichage commercial. Mais quand même. Il y a un symbole qui fait suer.
Oui, il y a mobilisation de ceux qui sont toujours prêts à la mobilisation, mais dans le public en général, on ne sent pas d’engouement. Pourquoi ? Est-ce parce que le concept des écoles-passerelles est un peu complexe à expliquer et à illustrer ? Est-ce parce que le mécanisme qui va encadrer les demandes d’admission est, lui aussi, un brin complexe ? Est-ce parce que l’anglais n’a plus la même valeur de mobilisation d’un petit peuple qui n’a plus de complexes face à cette langue ? Je ne sais pas. Mais il y a quelque chose de franchement déprimant à voir le gouvernement expliquer tout croche sa patente, l’expédier par bâillon alors qu’il a eu un an pour accoucher d’une solution et se sauver en courant de l’option clause nonobstant, comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse. Comme s’il s’agissait d’une position « radicale».

Chapleau, dans La Presse, ce matin
Mon camarade Vincent Marissal offre son point de vue sur le sujet. Il suggère de respirer par le nez, rappelle que le jugement ne touche qu’une poignée d’écoles et au final très peu d’élèves.
Très juste. Mon malaise, personnellement, est qu’on vient quand même d’ouvrir la porte à acheter le droit d’envoyer ses enfants à l’école anglaise publique. Là-dessus, le PQ qui a multiplié les exagérations ces derniers jours n’a pas tort. On contourne l’esprit de la loi 101.
Bien sûr, on trouvera des gens qui diront que l’anglais est un plus, que les petits Québécois ne sont de toute façon pas suffisamment bilingues quand ils sortent de l’école. C’est sans doute vrai. Mais la loi 115 ne fait rien, absolument rien pour améliorer cette situation : elle permet simplement à des parents qui ont les moyens de payer des dizaines de milliers de dollars pour envoyer leur enfant dans une école anglaise privée non-subventionnée de contourner la loi qui francise, depuis 1977, l’immense majorité des jeunes Québécois.