
Photo Le Soleil - Steven Blaney, député PC, partisan du moins d'État, explique pourquoi il faut beaucoup d'État dans le Colisée II
Je le répète : un Colisé de Québec II financé par l’argent des taxes : j’en suis. Je m’inquiète un peu de voir Québec signer une sorte de chèque en blanc en promettant de payer 45% de la facture – quel qu’en soit le montant – mais je suis cohérent avec ma vision de la vie en tant que citoyen gauchisant. C’est à dire que nous vivons dans une économie mixte où le secteur public est important et actif.
Mais ceci étant dit, soulignons en étouffant un petit rire quelques contradictions dans ce débat passionné qui mélange sport, business et politique…
Contradiction 1 : c’est à Québec qu’on s’active pour faire payer par l’État un amphithéâtre qui servira principalement à attirer un club de la LNH (pas d’aréna, pas de club) qui sera la propriété d’un propriétaire multimillionnaire (probablement Pierre Karl Péladeau, de Quebecor), dont les athlètes sont richement payés. Je souligne que « c’est à Québec » car c’est dans la grande région de Québec qu’on retrouve a) la plus grande concentration de députés (PC et ADQ) qui militent en faveur du « moins d’État » et b) de fleurons du commentariat qui n’ont de cesse de répéter que le Québec est une république socialiste de type cubaine (j’exagère à peine) justement parce que le secteur public est actif dans beaucoup de sphères de la société.
Bref, c’est drôle de vous voir, chers amis, espérer l’État pomper du cash dans un aréna qui servira surtout à aider une industrie (le sport professionnel) qui est l’exemple même du type d’industrie qui n’a pas besoin d’aide de l’État !
Contradiction 2 : c’est à Québec qu’est née l’expression savoureuse (et pas tout à fait fausse) « Clique du Plateau » pour décrire une sorte de pensée unique dans le complexe médiatico-artistique. L’expression est sarcastique et décrie le noyautage, par les méchants gauchistes, des débats publics dans la province. Pour enfoncer le clou, certaines stars de la radio de Québec disent que les gens de Montréal, dans les médias, sont victimes de la « Pensée unique » gauchisante, où toute forme de dissidence est interdite par la sombre « Clique du Plateau ».
Bref, je regarde ce qui se passe à Québec, dans l’exigence générale du financement public du Colisée II, et je me demande c’est quoi, si ce n’est pas de la pensée unique !
Contradiction 3 : c’est Pierre Karl Péladeau qui s’active pour attirer un club à Québec. Remarquez, je trouve que PKP qui devient patron des Nordiques, c’est plus cohérent avec le personnage (pitbull pugnace, anti-establishment) que PKP qui devient patron du Canadien (une institution qui n’aime pas faire de vagues et qui est l’establishment). Sauf que M. Péladeau est de ces hommes d’affaires qui trouvent justement que le Québec n’est pas assez favorable à la business. Et un des quotidiens appartenant à M. Péladeau, le Journal de Montréal, martèle sans relâche, quasiment chaque jour, que le Québec est dans le rouge, détaillant par le menu les dépenses les plus minuscules de l’État (il n’y a pas un verre de vin payé par un fonctionnaire ou un élu qui ne soit pas scruté à la loupe par le JdeM)…
Bref, si le Québec est dans le rouge, pourquoi garantit-il 45% de la facture d’un amphithéâtre qui servira principalement au propriétaire richissime d’une entreprise richissime qui achètera une franchise dans une industrie richissime qui paie des salaires faramineux à ses athlètes ? Just asking.
Évidemment, toutes ces contradictions ne sauraient se mettre en travers la première pelletée de terre du Colisée II. Mais il faut les souligner, ne serait-ce que pour leur valeur humoristique.
Quelques lectures dignes de mention, si vous avez un peu de temps, aujourd’hui, au sujet de cette divertissante saga…
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, qui a pondu Don’t ask taxpayers to pay for Péladeau’s arena. Extrait :
Who gains if the taxpayers pay the shot? None other than that great free marketeer Pierre Karl Péladeau, who tried to buy the Montreal Canadiens and would love to own a team in Quebec City that he could use to drive business for his television and cable networks. He’d be smiling all the way to the bank if taxpayers handed him a new building.
Et Jean-François Lisée (Jean-François, tu n’as toujours pas payé, en passant, ton membership annuel dans la Clique du Plateau) qui offre sa perspective de social-démocrate dans ce débat, sur son blogue de L’actualité.
Puis, si vous vous ennuyez vraiment, il y a ce chevalier libertarien, M. David Gagnon, chez Antagoniste, qui fait une petite crotte nerveuse en constatant que Québec n’est idéologiquement pas fiable, comme il le pensait. Pauvre M. Gagnon, il se réveille et la réalité frappe, de plein fouet : le dogmatisme libertarien est l’équivalent à droite du maoïsme à gauche et les extrêmes ont tendance à a) ne pas rallier de masse critique et b) se dissoudre dans le réel, en démocratie.
Bon, sinon, quoi ?
Sinon, le but d’Alain Côté n’était pas bon.
Par ailleurs, 225 commentaires après mon billet sur le courage de Maxime Bernier, c’est trop, c’est beaucoup trop. Je devrais être flatté, mais j’ai écrit ce billet en plein week-end, vous m’inquiétez. Allez jouer dehors, aimez, lavez vos plafonds mais de grâce, 225 commentaires pour un billet de blogue, en pleine fin de semaine, c’est sidérant…