
Photo Yan Doublet, Le Soleil
Même si ce sera un Colisée de « quêteux », comme l’explique mon camarade Yves Boisvert dans La Presse, je suis dans le camp de ceux qui sont en faveur de sa construction. Avec forte participation de l’État. Oui, le Canadien s’est bâti un Centre Molson (à l’époque) sans un sou public. Mais Montréal n’est pas Québec et de toute façon, s’il était construit en 2010, je suis pas mal convaincu que l’argent des taxes y contribuerait.
Sauf que…
Sauf que l’ironie de la chose, c’est qu’un Colisée de 400M$ largement bâti grâce à l’argent des contribuables, ça va se passer à Québec, bastion actuel du conservatisme québécois, où les fleurons du commentariat radiophonique frisent la crise cardiaque chaque fois que l’État « gauchiste » du Québec ose dépenser une cenne dans quelque projet culturel ou social. Québec, où l’ADQ séduit ; Québec, où les députés conservateurs prospèrent. Québec, où Maxime Bernier, apôtre du conservatisme fiscal et d’un État ressemblant à l’Arizona, compte tant de défenseurs…
Je suis pour ce Colisée. Je suis contre les études démontrant que si l’État paie pour l’aréna, l’aréna sera magiquement profitable. Comme dit Boisvert : donnez-moi une maison de 10M$, je vais m’arranger pour payer les coûts d’entretien annuel, pas de trouble. Et je suis pour ce Colisée parce que j’aime le Canadien de Montréal : notre club va mépriser sa clientèle francophone et se contenter de performances moyennes tant qu’il n’aura pas de concurrence dans sa cour arrière.
Je suis pour ce Colisée, mais qu’on cesse de m’abrutir avec l’argument-bidon des retombées économiques : ce Colisée va voir le jour parce qu’il est trop populaire pour que la classe politique s’y oppose. Point. Voyez la singerie des députés conservateurs portant le maillot fleurdelisée, hier. Ils n’avaient rien – RIEN – à annoncer en termes de financement fédéral, mais ce n’est pas grave, ils se sont quand même collés au projet, se sont arrangés pour se mettre dans la photo… Et ils seront là, le 2 octobre, solidaires, à la Marche bleue du 2 octobre, rapporte le collègue Normandin, du Soleil. C’est beau de voir des députés conservateurs capables de marcher sans en recevoir l’ordre du Prime Minister’s Office. Non, attendez, Don Martin, du National Post, dit que le députés conservateurs ne pourraient jamais appuyer si visiblement le Colisée II sans l’aval du bureau du premier ministre…
Je note avec stupéfaction que Maxime Bernier n’y était pas, à cette opération de relations publiques. Peut-être, côté photo op nounoune, a-t-il eu sa leçon avec les Jos Louis afghans. Mais j’aimerais néanmoins entendre le flamboyant député de Beauce sur la pertinence, pour l’État fédéral, et pour l’État québécois, de financer à même l’argent des taxes un aréna qui profitera au franchisé d’une entreprise, la LNH, profitable. Franchise qui sera probablement la propriété d’un magnat des télécommunications qui n’a pas de difficultés à boucler ses fins de mois, Quebecor.
Mais vous êtes où, M. Bernier ?!
Évidemment, c’est plus facile d’aller en Alberta donner des leçons de conservatisme fiscal aux Québécois que de se tenir debout sur la Grande-Allée pour dire à sa base que ledit conservatisme est incompatible avec le financement public d’entreprises de divertissement déjà profitables.
Bon, sinon, que dire de ce momentum pro-Colisée, pro-Nordiques ?
Deux choses.
Primo, Régis Labeaume est vraiment le politicien le plus puissant au Québec. Ça tient au poids politique de la région de Québec, une région toujours « prenable » pour la plupart des partis fédéraux et provinciaux, au gré de l’humeur du moment. Ça tient à la personnalité du maire, qui sait utiliser l’unité de Québec pour obtenir ce qu’il veut des politiciens. Tant mieux pour lui. Et malgré les sautes d’humeur de Régis 1er, comme l’appelle Paul Arcand, malgré son côté ti-coq, l’homme a un côté joueur et taquin. Écoutez cette entrevue de Labeaume chez Benoit Dutrizac : le maire de Québec est irrésistible.
Deuzio, Gary Bettman est un homme heureux. Si on construit un Colisée à Québec, il n’a pas à s’engager à donner un club à la ville. Il n’a pas à s’engager à encourager une équipe en difficulté financière de s’établir à Québec. Et quand il aura de la difficulté, en Floride ou en Arizona, à faire financer ses franchisés par l’argent des contribuables américains, il pourra toujours dire aux élus de ces coins ensoleillés qu’il y a à Québec une ville prête à tout pour avoir un club. Excellent joker dans les cartes de Bettman, l’enthousiasme québécois pour le Colisée II…
Chez les Anglos, le fait de financer un club professionnel à même les deniers publics ne passe pas très bien, disons. Maclean’s, The Gazette,
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