
J’ai le coeur gros. Et je ne suis pas le seul, ici, en cette fin d’après-midi, dans la salle de rédaction.
Aujourd’hui, c’est le dernier jour à La Presse d’André Cédilot, reporter aux faits divers et affaires criminelles depuis des décennies. Avec flegme et perspicacité, il a couvert les bandits et ceux qui courent après. Grands procès, petits procès, grands bandits, petits caïds, gros meurtres, petits délits qui révélaient beaucoup sur la société : il a tout fait, en 35 ans de carrière. Homme affable, généreux de son savoir et de ses conseils, toujours prêt à passer un coup de fil à un contact pour vous aider, André Cédilot part et c’est une perte pour le journal. Vous avez pu lire, ces dernières années, ses enquêtes sur la mafia et les motards, bien souvent avec son camarade André Noël : des trucs d’un intérêt public indéniable sur l’infiltration du crime organisé dans la société. Je vais le faire rougir et il dira que ce n’est pas vrai, mais il fallait une bonne dose de courage pour écrire certains de ses papiers.
Son dernier papier dans La Presse a été La guerre sans merci des motards publié hier, c’est un texte qui relate le jour où un tueur à gages a failli abattre le chef des Hells de l’époque, en 2000, Maurice Boucher. C’est un scoop, c’est solide, c’est le genre de truc que tout patron de presse aurait voulu voir sortir chez lui. C’est du André Cédilot.
J’écris ces lignes et André met son manteau, tout près de mon pupitre. Il s’en va. Et avec lui, un grand pan de l’expertise journalistique québécoise en matière d’affaires criminelles.
Bonne retraite, André.
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