Patrick Lagacé

Archive du 12 mars 2010

Vendredi 12 mars 2010 | Mise en ligne à 14h44 | Commenter Commentaires (120)

Pause Kit Kat de type la Corée du Nord fait vraiment peur

La Corée du Nord est une dictature brutale qui règne selon de bonnes vieilles méthodes staliniennes. Elle flirte avec des armes de destruction massive et menace constamment, en filigrane, d’envahir la Corée du Sud. Son leader, Kim Jong-il, est réputé instable.

Pourquoi, alors, le Monde Libre n’attaque-t-il pas la Corée du Nord pour a) faire goûter à ses habitants le doux nectar de la liberté et b) débarrasser l’humanité d’un dictateur stalinien aux méthodes brutales ?

J’ai la réponse à cette énigme. C’est que les leaders de l’Occident ont pu voir ce document sur la terrifiante armée nord-coréenne et ont décidé qu’il valait mieux ne pas s’y frotter.

Voilà. Vous savez tout, désormais.

(Merci à Serge Thomassin pour cette découverte inestimable)

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Vendredi 12 mars 2010 | Mise en ligne à 8h19 | Commenter Commentaires (185)

Le Globe and Mail et le Québec

Mars

Ma chronique du jour dans La Presse porte sur les opinions du Globe and Mail quand il est question du Québec. Contexte : le Globe s’est fendu d’un éditorial sur l’affaire de cette Égyptienne d’origine qui insistait pour porter le niqab, au CEGEP Saint-Laurent. La Presse, sous le plume de Vincent Marissal, a déterré cette histoire la semaine dernière. La réaction, au Québec ? Quasi-unanime : la dame a exagéré et, dans une école, il faut évoluer à visage découvert. Même les voix qui, d’ordinaire, sont favorables aux accommodements ont appuyé la décision de Québec de ne pas accommoder la dame.

Le Globe and Mail a donc publié un éditorial condescendant et méprisant sur ces méchants québécois qui ne savent pas tolérer la différence (But the case of Naema Ahmed is not about accommodation at all – it is about the limits of tolerance, and in Quebec it is that which is proving to be unreasonable). Un éditorial qui contient un parallèle dégueulasse entre l’État québécois et des régimes répréhensibles comme celui des talibans (It may be practiced in some Arab and west Asian countries, such as the former Taliban regime in Afghanistan, but empowering state agents to enforce dress codes and bar the education of women is hitherto unknown in Canada).

On pourrait parler de dérapage si c’était une position isolée, dans ce journal. Mais quand il est question du Québec, le Globe and Mail semble avoir subi un douloureux divorce avec la réalité. Il se permet de dire n’importe quoi. En 2006, le Globe a publié un papier de Jan Wong qui affirmait que la Loi 101 causait l’aliénation des immigrants, aliénation qui expliquait pourquoi, dans les trois fusillades scolaires de l’histoire du Québec (Dawson, Poly, Concordia), les tueurs étaient respectivement fils d’immigrants et immigrant. Une affirmation délirante, appuyée par rien du tout. Mais non seulement Wong l’a écrite, non seulement des chefs de pupitre l’ont lue sans la biffer, mais le Canada’s National Newspaper a défendu becs et ongles sa chroniqueuse, dans la controverse qui a suivi.

Je ne marche pas dans la mécanique de la victimisation du Québécois toujours victime d’un Canada anglais colonial. D’abord, je crois que le Québec a beaucoup évolué dans sa relation avec le reste du pays, que les Québécois ont acquis, en 40 ans, une énorme confiance dans leurs relations avec les Canadiens : je ne suis le colon et la victime de personne. Ce qui ne veut pas dire qu’on doive tout accepter. Ce qui est sidérant, ici, c’est que le Globe and Mail n’est pas un torchon, c’est un grand journal qui produit chaque jour du journalisme de qualité. Mais quand ses faiseux d’opinions se penchent sur cette sale province intolérante qu’est le Québec, ils décrivent invariablement un endroit que je ne connais pas. Et ça passe. Pourquoi ? Parce que ses lecteurs, probablement, ne connaissent pas le Québec non plus. À la fin, au-delà de la stupidité larvée de la page éditoriale du Globe, c’est du mauvais journalisme. Shame on you.

Comme je disais, le Globe peut se permettre d’écrire n’importe quoi sur le Québec. Un édito récent a mal traduit un mot du Ô Canada, dans une prise de position contre le sexisme supposé de la version française de l’hymne national. Une large part d’un éditorial était donc basée sur la traduction tronquée d’un mot, aïeux. Si les Einstein du Gobe avaient bien compris la nature du mot aïeux, il n’y aurait pas eu de papier sur la question. J’imagine que le traducteur Google était en panne et qu’on est allé de l’avant. Pas grave, c’est le Québec.

Autre point, que je n’ai pas abordé dans ma chronique : John Ibbitson, chroniqueur du Globe and Mail, basé à Ottawa, a fait un papier dénonçant, avec ton grave de circonstance, le manque de diversité du Québec. La province, a-t-il noté, compte moins de minorités visibles que le reste du pays. Le papier de M. Ibbitson est plein de statistiques, de « hard facts », comme il m’a écrit. Certes. J’aurais aimé un peu de contexte. J’aurais aimé qu’il parle à Marie McAndrew, par exemple, comme je l’avais fait la veille par hasard. La titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’Éducation et les rapports ethniques aurait pu lui expliquer qu’une différence capitale entre le Québec et le Canada dans ses rapports avec l’immigration : le Canada « canadianise » ses immigrants depuis beaucoup plus longtemps que le Québec ne « québécise » ses immigrants. À la fin, dit le professeur McAndrew, la « diversité » canadienne est plus importante parce que plus vieille : le Québec approche du point où les immigrants vont bientôt constituer une masse critique dans la société. Je reviendrai prochainement sur les observations de Mme McAndrew.

On peut s’émouvoir et condamner les dérapages, comme les folies post-Hérouxville, qui dénotaient un malaise avec l’immigration. Mais on lit le papier de M. Ibbitson et on a la sale impression, encore, que tout peut se dire sur le Québec, à l’ouest de la rivière des Outaouais. Que le contexte n’est pas important. Que congénitalement, pour ces gens, les Québécois sont fermés aux autres. Autre truc, sur M. Ibbitson. Quand mon journal m’envoie en reportage en Alberta, je peux communiquer avec les Albertains dans leur langue, je peux lire le Calgary Herald dans le texte, je peux aller interviewer un animateur de radio qui fait une tribune téléphonique. M. Ibbitson, lui, ne lit pas La Presse ou Le Devoir, ne peut pas comprendre Paul Arcand : il ne parle pas français. Je ne dis pas que parler la langue d’un territoire parfaitement est une condition incontournable pour le comprendre. On peut contourner cette barrière en embauchant des fixers et traducteurs locaux, comme quand on va en Afghanistan, par exemple. Mais M. Ibbitson se fie à ce qu’il lit dans le Globe, pour comprendre le Québec. On s’attendrait à un peu moins de certitude quand il écrit sur cette société.

But it’s okay. It’s Quebec. Say what you want.

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