
Mon camarade Vincent Marissal nous arrive dans La Presse avec une fascinante histoire d’accommodement raisonnable dans un cours de francisation de CEGEP, où une dame portant un niqab – foulard islamique qui ne révèle que les yeux – a exigé des accommodements qui ont nécessité, bizarrement, l’intervention de la ministre de l’Immigration, Yolande James. Long extrait :
Cet arrangement bancal se heurte toutefois rapidement aux objectifs mêmes du cours, qui veut favoriser les échanges entre élèves, les exposés oraux et les mises en situation. En outre, la femme refuse de plus en plus souvent de se conformer à l’entente conclue avec son prof. Cette dernière, de même que la direction du cégep Saint-Laurent, lui rappelle que, pour des raisons pédagogiques, il est essentiel de voir le visage des élèves dans les échanges afin de pouvoir corriger leur élocution et de voir leurs expressions faciales.
À un moment, on pousse même l’accommodement jusqu’à permettre à l’élève de faire un exposé oral au fond de la classe, de dos, parce qu’il y a des hommes dans la salle.
Les rapports entre l’élève musulmane et son enseignante, mais aussi avec le reste de la classe se corsent à la limite du conflit ouvert. On atteint finalement le point de non-retour lorsque la dame, après une pause, demande à trois hommes de se déplacer parce qu’ils lui font face dans la classe, aménagée en U par l’enseignante pour, justement, faciliter les échanges. Les hommes et l’enseignante y consentent, mais la situation est devenue intenable et on se dirige clairement vers un affrontement.
Selon nos sources, l’élève voilée refuse alors systématiquement de se découvrir le visage, même en tête à tête avec son prof, et elle se montre de plus en plus militante, voire agressive.
L’étudiante d’origine égyptienne a été expulsée du CEGEP. Elle a porté l’affaire devant la Commission des droits de la personne, qui se penchera sur son cas. Québec, selon les sources de Vincent, a bon espoir d’avoir gain de cause.
Je suis de ceux qui trouvent qu’on en a beurré épais, dans certains « cas » médiatisés d’accommodements raisonnables (réels ou pas). Pas parce qu’on est tatas. Parce qu’on n’a pas toujours eu le contexte, par la faute des médias ou des responsables impliqués, bien souvent. Je pense aux cas de musulmans dans une cabane à sucre, de cours pré-nataux dans un CLSC de Parc-Extension et de vitres givrées du YMCA de l’avenue du Parc. Il y a des cas d’exagération flagrants, bien sûr. Celui-ci, à première vue, en fait partie. Le CEGEP s’est plié en quatre – pour ne pas dire en douze ! –, la prof aussi, les étudiants de la classe aussi : l’étudiante en demandait toujours plus. Et plus.
Ce n’est plus du domaine de la pratique religieuse. C’est du militantisme. C’est de l’intégrisme. C’est la galvanisation d’une forme pointue et minoritaire de la religion musulmane. C’est ça qu’il faut décréter comme hors-limite. Le hijab (foulard qui couvre les cheveux) : je m’en fiche. Mais le niqab, la burqa ? Chez toi, si tu veux. Dans la rue, si tu veux. Au CEGEP, par contre, désolé. Enlève-le. Ou reste chez toi.
Bien hâte de voir la décision de la Commission des droits de la personne. J’entends Paul Arcand, à l’instant, dire que Julius Grey, l’avocat spécialisé dans les cas de droits de la personne, a fait savoir que la position de la dame était exagérée. Quand même Me Grey n’est pas dans ton coin…
Le CEGEP, en tout cas, a fait preuve de bonne foi. Peut-être même trop. Si on est optimiste, on peut espérer que ce genre de cas va finir par revenir dans la face des islamistes. La tolérance des tribunaux pour ces demandes d’accommodements n’est pas sans limite. Voyez, récemment, la gifle de la Cour suprême à la colonnie huttérite d’Alberta, dans l’affaire des permis de conduire.
Si on est pessimiste, on peut penser que c’est le genre de cas qui va braquer la majorité contre toutes les formes d’accommodements. Et contre les musulmans en général, surtout. C’est exactement ce que souhaitent les intégristes : un ressac contre l’islam. Plus facile de crier à la persécution.
Chronique de Michèle Ouimet sur le sujet.