Patrick Lagacé

Archive, janvier 2010

Vendredi 29 janvier 2010 | Mise en ligne à 10h17 | Commenter Commentaires (526)

Haïti et CHOI : une question pour M. Raynald Brière

Je n’étais pas familier avec l’oeuvre de Stéphane Dupont, animateur de radio, le midi, à CHOI, à Québec, jusqu’à ce que je tombe sur ce reportage d’Infoman sur le blogue de La Clique. Je l’ai dit et je le répète, il se fait de la très bonne radio à Québec. Mais il y a des singeries qui renforcent, genre, les préjugés. Comme celles de M. Dupont, sur Haïti, à grands renforts de sacres et d’obscénités qui sonnent bizarrement comme des rots. On écoute ça et on se croirait vraiment à la taverne, et encore, à la taverne juste après le last-call, quand les lumières sont allumées, que le barman a hâte d’aller se coucher et qu’un dernier client colle encore, englué dans un grand monologue sur l’état du monde, tanguant dangereusement sur son tabouret…

Évidemment, les Prix Nobel comme M. Dupont se défendent en disant qu’ils disent tout haut ce que « le monde » dit tout bas. Mais ce n’est pas ça le problème. On peut dire ce qu’on veut. Même : « Moi, je donne pas à Haïti. » C’est une position qui se défend parfaitement. Le pépin, c’est la méthode. Pour faire une image : on se décrotte le nez dans l’intimité, comme on y fait ses besoins intimes. On a le droit de faire ses deux activités. Mais on n’est pas obligés de les faire en public. Ou à la radio de Radio Nord Communication.

Bon, enfin, qu’importe. M. Dupont a tout à fait le droit d’animer à la radio. C’est un pays libre. Des entreprises de radio ont le droit d’embaucher qui elles veulent pour attirer le maximum de BBM, qui en retour fixent les tarifs publicitaires, qui forment eux-mêmes les revenus des stations de télévision. Elles ont le droit. On peut choisir de ne pas écouter, les BBM plongent alors, ainsi que les revenus publicitaires et, à la fin, nonobstant toute la libaaaaaartéééééé qu’on prône, l’animateur non-écouté est remercié. C’est ainsi qu’un animateur perd un micro*.Mais M. Dupont n’a pas ce problème, il est très largement écouté. Et ce midi, il s’offusquera peut-être de ce billet, mais il en est au fond bien heureux. Les gens qui font leurs besoins en public, au fond, veulent être vus…

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Raynald Brière – Patron de M. Dupont (Photo La Presse)

On peut aussi choisir de poser des questions aux dirigeants. La page web des dirigeants de RNC est sur son site web. Le grand patron de la direction Radio-Nord Communication s’appelle Raynald Brière. Il en est le président et chef de la direction. M. Brière est un homme très respecté dans le monde de la radio montréalaise, je le dis sans sarcasme. Il a aussi été grand patron de TVA où il a encore imposé sa réputation de gestiionnaire médiatique chevronné.

Puis, il s’est retrouvé chez RNC. Après son arrivée, CHOI, via Genex, est entrée dans la grande famille RNC.

Qu’il soit à la tête d’un groupe qui tolère pareilles singeries me sidère.

Ma question est peu loadée, M. Brière, désolé, mais n’ayant pas fait carrière dans les vidanges, quand vous écoutez le gars qui anime le midi à votre succursale de Québec, vous bouchez-vous un peu le nez ?

*L’autre façon de perdre un micro : quand un animateur coûte tellement cher à défendre juridiquement en cour dans le cadre de poursuites en diffamation ou devant les organismes réglementaires, comme le CRTC, qu’il en vient à coûter davantage à sa station que ce qu’il rapporte.

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Wouha, je lis qu’au Québec une controverse fait rage à propos de la rémunération de médecins qui se sont portés volontaires pour aller soigner des gens en Haïti. Le « bénévolat » payé n’est pas affaire rare, chez les spécialistes que je crois ici en Haïti depuis une semaine. J’exclus les travailleurs comme les policiers, pompiers, paramédics souvent envoyés par leurs employeurs, sur une base volontaire, et qui sont semble-t-il payés.

Texte du Soleil, incluant une réaction courroucée d’un médecin spécialiste fâchée contre les demandes du leadership de son regroupement.

Cas numéro un : Ed Minyard, associé chez Accenture Technology, qui aide en Haïti au sein d’une ONG américaine , Eagles’ Wings Foundation. Ed, si j’ai bien compris, est libéré par sa firme. Il reçoit son salaire mais ne fait pas le travail de consultation qu’il fait habituellement. Cas numéro deux : Charles Woodridge, pédiatre de l’Oklahoma, croisé hors de Port-au-Prince, hier, dans l’hôpital d’une mission chrétienne. Si j’ai bien compris ce que le Dr Woodridge me disait, son hôpital continue à le payer pendant qu’il est ici.

Je n’ai pas pris de notes à ce sujet, mais il me semble avoir compris qu’aux États-Unis, ce genre de service par des employés est déductible d’impôt, pour les employeurs. Une façon comme une autre de donner.

Évidemment, dans les cas de ces deux Américains, les arrangements ont été pris avec leurs employeurs avant de partir pour Haïti. Et évidemment, probablement qu’il se trouve ici des gens qui ont renoncé à leur salaire pour oeuvrer auprès des Haïtiens. Je dis seulement que tous les spécialistes déployés ici ne sont pas forcément bénévoles. Pester contre TOUS ceux qui sont ici et qui sont payés, c’est un autre chapitre dans la vision disneyesque que bien des gens ont de cette tragédie, désolé. Payé ou pas, l’essentiel est que le médecin soit ici.

Le hic, avec les médecins du Québec, c’est qu’il n’y a pas eu d’entente avec l’employeur – l’État –, avant leur départ. C’est le réel pépin de cette controverse. Leur association aurait dû s’en assurer avant.

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Jeudi 28 janvier 2010 | Mise en ligne à 8h06 | Commenter Commentaires (113)

À propos de la poche de riz de 100 livres…

poche-riz.JPG

L’autre jour, je vous parlais du poids standard d’une poche de riz d’aide alimentaire. Américains, Français : tous les pays donateurs de riz utilisent des sacs de 100 livres. Or, ici, c’est un problème pour les gens, dans les distributions. Pas pour tous. Une image : cent livres, si vous êtes au gym ce soir, ça va, ça se soulève. Mais transporter une poche de 100 livres, après avoir attendu deux, trois ou quatre heures au soleil, si vous êtes jeune ado, femme enceinte ou handicapé, c’est un défi, disons. Ça n’a rien à voir avec votre séance chez Nautilus Plus…

Voici une photo de ce que ça donne (désolé, elle n’est pas très bonne), je l’ai prise lors d’une distribution, au parc Sainte-Thérèse, près de Pétio-Ville, la semaine dernière.

Un lecteur a réagi à mon billet avec un commentaire intéressant :

Comme tout le monde, j’aime bien détester les “môdits bureaucrates”, mais en l’occurrence, pour ce qui est des sacs de riz (ou de farine) de 100 lbs, ce n’est pas une décision prise dans des officines réglementaires qui est en cause; c’est une considération bassement économique. Ça s’appelle le contrôle des coûts et c’est en vigueur depuis des décennies, partout dans le monde. Étrange, n’est-ce pas, que même les pays fonctionnant au système métrique utilisent quand même des sacs (de farine ou de riz) de 100lbs (45.42 kgs). Cette standardisation logistique ou mise en place d’un contenant universel est une source d’économie bien réelle dont tous les consommateurs ont bénéficié partout au monde, hors des circonstances exceptionnelles d’un cataclysme comme celui du 12 janvier. Si vous vous scandailsez que ce ne soient pas des sacs plus “commodes” qui soient distribués, songez aux délais supplémentaires (donc aux morts certaines que cela provoquerait!) qu’impliquerait de receuillir de plus nombreux paquets chez les détaillants par opposition aux contenants “standards” qui sont entassés dans les entrepçots des grossistes, moins nombreux, plus faciles à trouver et à mobiliser dans ce cauchemar logistique. Alors avant de pousser les hauts cris, il faut savoir ou connaître de quoi on parle. Chialer est facile, surtout à tort et à travers, trouver la meilleure solution “possible” dans des circonstances extrêmement complexes et ardues est un “métier”… difficile à exercer.

Je ne sais pas si changer de format pour l’aide humanitaire, changer pour des formats plus petits, entraînerait automatiquement des morts supplémentaires. Mais je m’attarde à l’argument économique, une seconde. J’ai cherché, en vain, une explication à ce poids spécifique. Seule réponse obtenue, celle de l’agence US Aid : « Industry standards ». Standards de l’industrie. Ça rejoint ce que le lecteur cité avance. À une nuance près : ces poches de riz sont spécialement destinées à l’aide internationale. Pas aux IGA de ce monde.

Mais c’est aussi symbolique de ce que ma chronique, citée dans ce billet, illustrait : ce qui est un succès pour l’infrastructure de distribution ne l’est pas forcément pour les récepteurs de l’aide. La distribution de tonnes de riz et de fèves est un succès pour le Programme alimentaire mondial : la bouffe est distribuée, le personnel qui distribue est revenu vivant, les Casques bleus aussi. Pour les milliers de personnes qui n’ont pas mis la main sur des poches de bouffe, l’opération est un échec. Pour celui ou celle qui en a obtenu une, mais qui n’a pu la transporter parce que trop frêle, c’est évidemment un échec.

Comprenez bien : je ne suis pas en croisade pour la poche de dix, 20 ou 25 livres de riz. Je constate simplement l’extrême complexité des choses.

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