
Photo AFP – Le Père Noël, surpris à son autre job, à Tokyo
Mon ami Michel Dumais, homme d’info et homme numérique, m’envoie ce texte, une réflexion sur le recul, en termes de recettes, de la Guignolée des médias. Et sur le succès de celle du Docteur Gilles Julien. Michel a aussi une pensée pour les lock-outés du JdeM. Food for thought, comme ils disent…
Salut Pat,
Étrange quand même que cette guignolée du docteur Julien amasse plus de sous que l’année dernière, plus de fric que celle des médias, pourtant mille fois plus médiatisée justement. Pourtant, tu l’admettras, je te l’avais prédit.
Plusieurs y ont vu l’effet température. La neige et le froid auraient refroidi la générosité des québécois lors de cette journée dont tous les médias ont fait leur gorge chaude. Pourtant, tu me permettras d’en douter un brin. Pour ma part, et je te parle aussi de plusieurs personnes et connaissances qui ne font pas partie de notre industrie, je ne me sens plus du tout interpellé par la guignolée des médias, une très belle oeuvre pourtant. Et tu sais pourquoi? On y a complètement évacué l’humanité. Et le don de soi, désintéressé.
Regarde ce qu’est devenu la guignolée des médias, une mise aux enchères de vedettes de l’industrie qui se vendent au plus offrant, un encan qui propose moult prix au public un brin plus fortuné. 2000$ pour Lagacé, 5000$ pour un autre. Et quelques milliers de dollars pour un voyage à Paris. Et mon petit sac d’épicerie dans tout cela? Et mon petit 20$? Évacué. De même, si on se rappelle les débuts de la guignolée des médias, te souviens-tu combien les animateurs et les vedettes qui y participaient étaient proches des gens. Dehors les animateurs, malgré le froid. À tout le moins, on sentait qu’ils étaient partie prenante de cette belle oeuvre. Or, aujourd’hui, le tout se fait dans un studio, loin du public (même si on l’invite à l’intérieur) qui autrefois, venait porter ou ses quelques sacs d’épicerie, ou ses boîtes de vêtements, le tout accompagné d’un don de quelques dizaines de dollars. On ne donne plus à une oeuvre, on se fait plutôt un cadeau, on s’achète un Lagacé, un monsieur Techno, un voyage dans un quelconque lieu. M’excuse mon Pat, mais je pense qu’en procédant ainsi, en s’achetant un cadeau pour se donner bonne conscience, on s’est coupé du public, de celui qui donnait, «period».
Et maintenant, compare avec la guignolée du docteur Julien. Tu as l’équipe de Le Bigot qui est dans la rue, malgré le froid mordant. Les vedettes sont là, bien présentes, mais elles ne s’offrent pas aux enchères. Elles sont là pour appuyer une cause, et elles se mêlent au public, un public qui se sent partie prenante de toute cette opération. On sait que quelque soit le montant donné, il sera grandement apprécié et qu’il fera une différence. On vient dans Hochelaga, et quelquefois de lojn, pour y donner un vieux 20$, un beau billet craquant de 100$ ou même plus. On donne. On y achète pas de vedettes ou de cadeaux commandités. Il n’y a que le don, totalement désintéressé. Et si tu recules un peu en arrière, tu te rappelleras sans doute que c’est la même équipe de l’émission de Joël Le Bigot qui a tout démarré à Montréal avec sa guignolée dans la rue pour Jeunesse au Soleil ou les sans-abris. Je me souviens de ces files de voitures qui venaient porter des sacs de nourriture, des boîtes de vêtements et le contenu de la tirelire des enfants. Les enchères de vedettes? Il n’y en avait pas. Et avant Le Bigot à Montréal, il y avait Québec avec sa guignolée des enfants. Même type d’oeuvre où le don désintéressé était privilégié. Te dire, je me sentirais beaucoup plus interpellé par un Lagacé qui passerait humblement une journée dehors à amasser des dons que par un Lagacé qui s’offre aux enchères. Car le risque qu’un jour, la «veudette» s’offre plus pour faire son auto-promo que par simple générosité, est bien présent.
Cela dit, ne crois pas que je pense qu’il faut éliminer la guignolée des médias, Non, au contraire. c’est une oeuvre essentielle, mais elle doit justement revenir à l’essentiel.
Parlant de l’essentiel, tu te souviens que nous avons des collègues, des hommes et des femmes de notre industrie qui sont dans la rue. Je te parle des lockoutés du Journal de Montréal. Je te lance l’idée, que dirais-tu que ce mercredi midi avant Noël, tous les journalistes prennent quelques instants de leur temps pour rendre visite aux lockoutés afin de leur offrir un peu de chaleur humaine, avec un petit quelque chose de simple. Tu ne sais pas à quel point l’effet que peut avoir une simple petite boîte de sucre à la crème maison. ;-) Je me souviens que la dernière fois que les journalistes s’étaient mobilisés, c’était lors de la tentative de meurtre contre Michel Auger. Nous ne sommes pas des «petites bêtes» qui font front commun facilement, mais il me semble qu’une simple visite, un mot de réconfort, un contact humain seraient de beaux gestes à faire pour nos collègues et amis. Les collègues de La Presse ont eu cette chance de pouvoir conclure une entente de dernière minute avec la direction de leur quotidien, mais imagine si tu t’étais retrouvé dans la même situation que tes ex-copains du Journal… En ce moment, même si certains cyniques diront qu’avec un «salaire» hebdomadaire équivalent à 70% de celui que leur versait l’employeur, ils sont gras dur, je sais que plusieurs des hommes et de femmes du Journal vivent des drames personnels pénibles.
Tu me permettras même d’être naïf, un grand naïf, en cette période de Noël, mais tu sais que j’aimerais voir? Que les collègues des lockoutés qui continuent de faire le Journal concluent une trêve d’une heure afin de leur offrir sincèrement leurs meilleurs voeux. Et que les lockoutés acceptent cette trêve. Mieux, j’aimerais bien voir le grand patron, Pierre-Karl Péladeau, débarquer au local de grève, prendre le président du syndicat par la main et lui proposer de s’enfermer dans une suite à l’hôtel avec un médiateur afin de régler une fois pour toutes ce conflit. À la Mulroney. On en sortira lorsque le toute sera conclu par une entente. Je sais, je suis un vrai naïf. Mais tu sais, je crois aussi au Père Noël. Je te raconterai un jour que c’est le Père Noël qui m’a sauvé la vie. Tu comprendras pourquoi j’y crois.
Allez, je te fais la bise. Et à toi et tes lecteurs, que du bonheur et de la santé. Et de la dignité.