
Ma chronique du jour, La queue du diable, porte sur un militant catholique, Michel Lizotte, qui est en croisade contre l’homosexualité. Lizotte, que j’ai interviewé pour une chronique en 2006, au JdeM, a donné fin octobre un atelier pour aider les parents à s’assurer de bien développer le potentiel hétérosexuel de leurs enfants. Deux autres ateliers auront lieu à l’église Notre-Dame-des-Champs de Repentigny, en novembre et en décembre.
Le problème avec ceux qui citent des « faits » démontrant que l’homosexualité n’est qu’un mode de vie, n’est qu’un choix, c’est que ce sont généralement des militants dont l’amitié avec Jésus est plus forte que tout. Forcément, connaissant le malaise des leaders chrétiens en général et catholiques en particulier avec toutes les choses touchant la chair, ÉVIDEMMENT que ces militants vont « prouver » que l’homosexualité ne peut pas être naturelle.
Là où c’est répréhensible, c’est que des gens comme Lizotte exploitent la vulnérabilité compréhensible de parents qui pourraient croire, pour mille raisons, que leur fils ou que leur fille n’est pas hétéro. Faire miroiter à un parent de bonne foi qu’on peut maximiser le potentiel hétérosexuel de son enfant, c’est comme promettre qu’une potion magique guérit d’une maladie grave. Il faut dénoncer ces sorciers, surtout quand on sait que les jeunes gays ont des taux de suicide plus importants que les jeunes hétéros.
J’ai parlé au vicaire épiscopal de Laval-Repentigny, Roger Dufresne, qui est donc le supérieur du prêtre Christian Lépine, qui accueille les conférences de Michel Lizotte dans son église. Il ne connaît pas Lizotte. Il ne connaît pas le contenu de ses conférences. Et il m’a dit ne pas vouloir « embarquer dans le débat de la question de savoir si on peut guérir ou pas l’homosexualité », un débat qui exige, dit-il, beaucoup de nuances…
À la fin de la chronique, je parle du pasteur Ted Haggard, qui fut président d’une association de chrétiens évangéliques américains avant son implication dans un scandale assez paradoxal : lui, grand pourfendeur de l’homosexualité, s’est fait prendre les culottes baissées avec un prostitué homosexuel. Le pauvre continue à dire qu’il a eu des « comportements » homosexuels. C’est, à la fin, une fable sur la puissance de l’orientation sexuelle. Michel Lizotte devrait y penser.
L’American Psychology Association, récemment, a torpillé la validité des études « prouvant » l’efficacité des thérapies de conversion des homosexuels. Extrait d’une résolution :
The task force found numerous methodological problems with much of the so-called change therapy research published to date. Only a few studies were well designed, and only one of the older studies assessed treatment outcomes in comparison to an untreated control group. The task force then examined studies conducted in the last 10 years and found that due to methodological problems, most failed to show that reported changes were caused by treatment rather than other factors, Glassgold said. For instance, recent studies lacked representative samples of people seeking to change their sexual orientation and instead used convenience samples such as participants recruited through the Internet or religious programs specifically organized to help people seeking to change their orientation, she said.
Je termine sur le témoignage d’un lecteur, qui vient de m’écrire :
Bravo pour oser parler publiquement de ce genre de personne et de ce qu’ils font comme dommages à notre société, à notre jeunesse. J’ai 37 ans, je suis père de deux enfants, séparé depuis un an… et gai. Après la rupture d’un couple devenu dysfonctionnel, je me suis autorisé à vivre la vie que j’aurais toujours dû vivre. J’ai eu mes premières expériences sexuelles et amoureuses avec des hommes et j’en ai fait l’annonce à mes proches.
Plus jeune, j’ai été conformiste et conservateur dans mes choix et expériences de vie. En phase avec l’éducation reçue de mes parents, celle reçue par l’Église catholique romaine et aussi en phase avec ce que la société attendait de moi. Le discours, les blagues, les remarques, les gestes, l’intimidation homophobes étaient et sont encore présents. Cela a été extraordinairement puissant pour m’amener à entrer dans le rang. Au point de me rendre malade. D’avoir besoin d’une longue thérapie et d’une médication pour rester en vie.
Aujourd’hui, je vais bien, mais rien n’est acquis ni gagné. Ni pour moi, ni pour nous, personnes ayant une sexualité différente.