Patrick Lagacé

Archive, août 2009

bart-tableau.gif

Dans l’édition courante du magazine Le Point, l’auteur et journaliste français présente un extrait de son dernier livre, Zéro Faute, où il dénonce le caractère intouchable du système orthographique de la langue française. Le Point n’offre pas le papier sur le web (ni en partie ni en totalité), mais il s’agit d’un cri du coeur autant qu’un pavé dans la mare bien tranquille de la rigueur de la langue française. En voici quelques passages, aux fins de discussion :

Faut-il reconnaître cette même valeur « constitutionnelle » à l’entassement de singularités, de bizarreries, d’anomalies qui constituent l’ordinaire de notre orthographe ? Le s du pluriel est une règle intangible, nul n’en disconvient, mais ce même statut doit-il couvrir l’exception des hiboux, choux, genoux, cailloux, bijoux, joujoux, poux… ? Et le trait d’union dans les mots composés, dans les nombres ? Comment trouver le « génie de la langue française » dans les applications qui en étaient faites jusqu’à la réforme de 1990 ? Pourquoi dispenser mille et cent de se « traitd’unioniser » ? Pourquoi écrire mille sept cent quatre-vingt-dix-neuf et non pas mille-sept-cent-quatre-vingt-dix-neuf ? Poursuivons : pourquoi un faux témoignage et un faux-fuyant, un faux bond et un faux-jeton, un essuie-pieds et un chausse-pied, un portemanteau et un porte-parapluies ? Si j’écris un coupe-cigare, un coupe-ongle ou un coupe-légume en faisant remarquer qu’on ne coupe jamais qu’un objet à la fois, les puristes me compteront une faute, car il faut s’en tenir à la forme canonique et stupide de coupe-cigares, de coupe-ongles, de coupe-légumes, mais, on ne sait pourquoi, de coupe-circuit, de coupe-gorge ou de coupe-jarret. Et quel drame ce serait pour notre langue nationale d’appareiller d’un trait d’union le face à face tout comme un face-à-main. Ecrire sans faute, c’est se mettre en tête les milliers de cas particuliers qui ne découlent d’aucune règle grammaticale. Notre langue, magnifique dans son ordonnancement général, se démultiplie en des milliers de règles, puis de détails toujours particuliers, souvent déroutants, parfois aberrants. C’est alors que l’orthographe française devient diabolique. D’où la question récurrente depuis deux siècles : serait-ce un toilettage revigorant ou une chirurgie mutilante que de mettre un peu d’ordre dans ce fatras ? Nos puristes ne veulent pas en démordre : l’orthographe forme un tout, depuis le principe alphabétique jusqu’au redoublement de consonne. Les erreurs mêmes, comme le ph de nénufar, se trouvent sanctifiées. La langue écrite ne se défend que dans l’immobilisme, toute concession peut lui être fatale.

Autre passage, sur le statut particulier de la « faute d’orthographe » dans l’imaginaire collectif :

Les réponses les plus significatives concernent les réactions face à la faute. « Ça me fait bondir », « Ça me met hors de moi », « C’est vraiment honteux… y a même des fautes horribles qui s’étalent complaisamment ». Réaction épidermique, phobique, dont les intéressés avouent qu’ils « ne connaissent pas le pourquoi de leur réaction ». Beaucoup admettent qu’à leurs yeux la faute d’orthographe est preuve de mauvaise éducation, de manque de rigueur ou de culture, qu’elle « entache tout l’individu ». « Je suis choquée; pour les lettres d’embauche, je ne réponds pas, même s’il y a un timbre. » La faute détermine le jugement sur la personne et même sur le texte : « Je lisais une critique intéressante… Il y avait deux fautes d’orthographe, ce qui enlevait à mon avis de la valeur à la critique. » « Ma fille qui a 12 ans fait beaucoup de fautes, souvent elle me dit : ” Tiens, regarde, j’ai écrit ça, c’est beau “, alors d’abord je lui dis : ” Là, t’as pas mis d’s, là t’as pas mis de t “, elle me dit : ” Mais écoute, je comprends pas, pourquoi tu corriges, pourquoi tu lis pas ?”» A la limite, la faute empêche la lecture. « Elle a ce curieux pouvoir d’annihiler la réflexion », constatent les auteurs. La faute d’orthographe a donc le même statut que le propos raciste qui entache l’auteur et pas seulement le texte, et interdit de pousser plus avant la lecture. (…)

Un autre, sur les difficultés illogiques de certains mots : Je me lançais dans des calculs logiques et rationnels qui ne pouvaient mener à rien. Arrivé devant un relais, je m’interrogeais sur le s final, je pensais à délai qui, je m’en souvenais, n’en prenait pas. Je passais donc sans s un relai qui tombait par terre. Je me souviens aussi d’un affreux cauchemar. Je m’interrogeais sur la terminaison, pensais à tard-tarder, retard-retarder, brancard-brancarder, flemmard-flemmarder; depuis lors, on a vu smicard prendre un d terminal sans avoir besoin de smicarder. Je n’eus donc aucune hésitation à écrire cauchemard. Je fus indigné d’être fautif alors que j’étais logique. Sans être rationaliste, je suis obstinément rationnel (un n, deux n, allez savoir pourquoi, alors qu’ils viennent l’un comme l’autre du latin rationalis) et cherche obstinément la règle que je dois suivre.

Aux puristes, de Closets dit qu’il est inutile de battre le rappel du salut de la Langue Française et de monter aux barricades pour nous protéger des barbares :

Inutile, donc, de déployer les banderoles, battre les estrades ou écrire des missives fulminantes au Figaro pour défendre notre socle orthographique : il est incontestable et incontesté. Une telle révolution n’est ni souhaitable ni possible.

L’auteur suggère même qu’avec les correcteurs de logiciels, il est peut-être temps de changer d’attitude face à la faute d’orthographe. Un papier lumineux, iconoclaste, qui va faire capoter j’en suis convaincu une Mme Bombardier, tiens, que j’entends d’ici déchirer sa chemise devant cette capitulation indescriptible et abominable. Mais bon, j’aimerais bien, vous, vous entendre sur le sujet…

Lire les commentaires (136)  |  Commenter cet article






Dimanche 30 août 2009 | Mise en ligne à 18h27 | Commenter Commentaires (17)

Ah, zut, si près du but…

trophy.jpg
Un jour, je vais l’avoir, mon trophée !

… Un blogueur m’a consacré le Québécois le plus lu de toute l’Histoire. Avant de se raviser, peu après, en révisant mes statistiques à la baisse (et en les collant plus près de la réalité). Ça donne un titre qui ressemble aux titres de certains films pompeux, Patrick Lagacé n’est pas le Québécois le plus lu de toute l’histoire.

C’est dommage, je trouvais que ça me positionnait plutôt bien pour mon plan de domination mondiale, que je compte atteindre avant 2020, année où Benoît Labonté veut ramener une Exposition universelle à Montréal. Mais bon, au moins, il ne m’a pas appelé Patrice, comme tout le monde semble m’appeler, ces jours-ci. C’est très important, pour moi, de ne pas me faire appeler Patrice. Je crois que je vais réserver des billboards en bordure de la route, prochainement, genre message d’intérêt public : Ce garçon s’appelle Patrick. Ou me promener avec une cocarde dans le cou, frappée de mon nom en lettres carrées.

C’est bien pour dire, un jour je suis le Québécois le plus lu de l’Histoire, le lendemain on m’appelle Patrice, le surlendemain je ne suis pas le Québécois le plus lu de l’histoire. Je vous dis que ça prend un ego en santé pour faire face aux complexes mécanismes de la notoriété du 21e siècle. Sauf que je suis toujours le Québécois le plus lu à Radisson, j’en suis certain. Personne – personne – ne peut m’enlever ce titre.

On niaise, on niaise, mais je déconne parce que ce malentendu est la preuve par mille qu’il ne faut ni capoter ni prêter attention aux palmarès, classements et autres sondages qui consacrent tel ou tel bloye, son lectorat, son influence, son incidence sur la culture et autres balivernes. Il y a des gens, le croiriez-vous, qui collent une partie de leur identité sur les résultats de ces coups de sonde qui consacrent (ou pas) leur place dans le totem numérique. Bloguez, tripez, essayez d’être lu : tout le reste, c’est aussi important que les commentaires de Benoît Brunet pendant le match du CH…

Sinon, sinon, sinon…

Parlant de blogue, j’aimerais vous souligner le très bon blogue de Pierre-André Normandin, travailleur de l’information au Soleil, envoyé spécial de son journal en Afghanistan. Du human, du senti, des odeurs : l’Afghanistan au ras du sable. Il blogue bien, il blogue souvent et on se sent là, avec lui, en lisant ces petites vignettes absentes des agences de presse, qui diffusent surtout des articles de grand angle.

En parlant de l’Afghanistan, et de terrain, Jean-Paul Mari est journaliste au Nouvel Observateur. Je vous ai parlé de lui, l’hiver dernier, il était de passage à Montréal pour faire la promo de son livre, Sans blessures apparentes, sur les polytraumatisés de la psyché qui côtoient l’horreur, en zones de guerre. Donc, Mari est retourné en Afghanistan pour les élections. Son texte,Le poison afghan est, encore une fois, un bijou de vulgarisation, de perspective et d’écriture. Extrait :

Au total, les forces américaines ont déjà perdu près de 800 hommes. Chaque jour, il meurt un soldat occidental, quatre policiers afghans et au moins huit civils. Encore plus inquiétant, la résistance semble changer de nature. Les rangs des insurgés, traditionnellement pachtounes du Sud et de l’Est, sont rejoints par des Ouzbeks et même des Tadjiks du Nord. Le visage de l’insurrection ressemble de moins en moins à celui du djihad international d’Al-Qaida pour se rapprocher d’un mouvement nationaliste de résistance à l’étranger, comme les moudjahidin d’antan, profondément divisés mais toujours unis contre l’occupant d’alors, le diable soviétique.

Sinon ?

Sinon je vais mieux, merci, le virus qui m’a terrassé m’a finalement déserté, je ne me sens plus comme Stalingrad après la bataille. Là, c’est le décalage horaire, l’ennemi. Je suis à Paris avec l’équipe des Francs tireurs pour une semaine de reportages et d’entrevues, afin de mettre des fibres, des protéines et des antioxydants dans votre diète télévisuelle 2009-2010. More later, comme ils disent ici…

Mais, mais… Monsieur le blogueur, comment sommes-nous passés d’une entrée de blogue erronée à la futilité des palmarès sur les blogues à Benoît Brunet à l’Afghanistan, puis à Paris ?

Eh bien, les amis, je suis un professionnel hautement entraîné. N’essayez pas ça à la maison.

Lire les commentaires (17)  |  Commenter cet article






Samedi 29 août 2009 | Mise en ligne à 15h48 | Commenter Commentaires (59)

Se faire fou**er à la pompe à essence : mode d’emploi

z-montreal-canada-ultramar.jpg
Photo trouvée ici.

Deux collègues du Soleil ont un papier formidable sur la façon dont les détaillants de la région de Québec s’y prenaient pour fixer les prix, il n’y a pas si longtemps. Les gens cités ignoraient que le Bureau de la concurrence les avait placés sous écoute, alors ils parlaient librement, candidement. On est donc loin de la bullshit des porte-parole, des communiqués de presse et des avocats qui parlent au nom de leurs clients, dans cette délicate sphère qu’est le monde du gaz. Les collègues ont eu accès au détail de ces enregistrements.

Extrait :

Toujours dans cette même conversation avec Mme Bonin de Couche-Tard, Claude Bédard ajoute : «Personne ne va me montrer comment gérer les prix de l’essence quand ça fait 22 ans dans la région de Québec, [et] dans la province de Québec.»

C’est drôle, je lis tout ça et je pense aux autocollants qu’on trouve sur les pompes, qui nous rappellent à quel point le vol d’essence est grave. Salopards… Évidemment, les protagonistes de cette affaire de prix arrangés avec le gars des vues n’ont pas de commentaires, si je me fie au Soleil. En espérant que leurs voisins lisent le journal et qu’ils sachent quels respectables crosseurs ils furent…

Détails sur le site du Bureau de la concurrence.

Lire les commentaires (59)  |  Commenter cet article






publicité

  • TWITTER

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    septembre 2014
    L Ma Me J V S D
    « déc    
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    2930  
  • Archives

  • publicité