Patrick Lagacé

Archive du 14 juin 2009

Mario Beaulieu

Photo La Presse – Mario Beaulieu, de la Société Saint-Jean-Baptiste

Ça se passait généralement au parc Molson, ça se passera au parc Pélican, dans Rosemont : un show « alternatif » de la Fête nationale. Ça aura lieu le 23 juin et ça s’appelle « L’autre St-Jean ». Au programme : Vincent Vallières, Marie-Pierre Arthur, les Dales Hawerchuk, Malajube, Bloddshot Bill et Lake of Stew.

Jusqu’ici, rien à signaler, sinon un spectacle de la Saint-Jean qui n’est pas destiné aux mononcles… Et pour avoir déjà vu une de ces soirées au parc Molson : ouch, ça déménage.

Rien à signaler, sauf que Bloodshot Bill (qu’on a pu voir chez Belle et Bum) et Lake of Stew sont des Anglos qui chantent en anglais. Belle petite victoire de la diversité, non ? Et belle victoire d’une scène musicale montréalaise qui n’a rien de monolithique.

Sauf que c’est ici que ça se gâte. Bloodshot Bill et Lake of Stew ont beau être à l’affiche sur le programme du site officiel de L’Autre Saint-Jean, ils ne seront peut-être pas sur scène le 23 juin. Ils ont été informés par les organisateurs que leur présence n’est plus requise. Extrait du texte de Martin Croteau, dans La Presse :

Bloodshot Bill et Lake of Stew, deux formations montréalaises, devaient s’y produire aux côtés des artistes francophones Malajube, Vincent Vallières, Les Dales Hawerchuck et Marie-Pierre Arthur. Mais jeudi, les organisateurs de la soirée leur ont expédié un courriel, les informant qu’un commanditaire s’opposait à leur présence pour des raisons «philosophiques».

Le groupe affirme que le français est en danger au Québec. Et pour cette raison, il s’oppose à ce qu’un artiste se produise en anglais à l’occasion de la Fête nationale.

Il a même menacé de tenir une manifestation si le programme avait lieu comme prévu. Et comme la police aurait obligé les organisateurs à payer des effectifs supplémentaires, ils ont avisé les artistes anglophones qu’ils pourraient bientôt être rayés de la programmation.

Martin Croteau a bien tenté de contacter les organisateurs de L’Autre Saint-Jean mais bon, ils sont trèèèèèèèès occupés, semble-t-il, personne n’a eu le temps d’expliquer l’imbroglio qui pue l’intégrisme. Ce serait bien qu’ils le fassent. Qu’on puisse savoir qui prône ce genre de bêtise.

Mais Simon Jodoin, chez Bang Bang, a d’autres détails. Qui impliquent un officiel de la SSJB. Échange entre Jodoin et un M. Jacques R. Blier :

À titre d’administrateur de l’Association Culturelle Louis-Hébert, Jacques R. Blier devrait donc être en mesure de nous apprendre qui a fait des pressions afin de faire retirer les artistes anglophones de la programmation de l’Autre Saint-Jean. Selon les informations qu’il nous a fournies, les pressions sont venues à la fois des administrateurs de l’Association Culturelle Louis-Hébert, de la Société Saint-Jean Baptiste ainsi que d’autres personnes qu’il ne veut pas nommer, puisque selon lui le problème est désormais réglé.

- Vous me dites que c’est donc essentiellement la SSJB et l’Association Culturelle Louis-Hébert qui a fait des pressions pour que les artistes anglophones soient retirés du spectacle ?

- Oui, c’est ça, les deux.

- Pour quelles raisons ?

- C’est une question de principe, les spectacles de la fête nationale doivent se tenir uniquement en français.

- N’est-ce pas un peu dommage, alors que depuis des années on tente de convaincre les anglophones de prendre part à la nation Québécoise, qu’on les empêche aujourd’hui de se joindre à cette fête dans leur langue? N’est-ce pas comme si on leur disait qu’ils ne font pas partie de la nation?

- Non, Ils font partie de la nation, que ce soit les anglophones, les amérindiens, les italiens ou autre, ils font partie de la nation.

- N’est-ce pas alors paradoxal ? Vous admettez que les anglophones sont de nationalité Québécoise, mais à cause de leur « anglophonie » si je peux m’exprimer ainsi, on leur refuse de la célébrer ?

- Pas du tout, ils peuvent tout à fait célébrer la fête nationale, mais ils doivent le faire en français. C’est un principe.

Jodoin rapporte qu’un autre membre de la SSJB, jouant au guérillero sur le site du Québécois, a fait une déclaration menaçante à propos des méchants Anglos musiciens :

Jean-Pierre Durand, membre du Conseil Général de la SSJB tenait à ce titre, sur le Forum des Éditions du Québécois, des propos sans équivoque, sous le pseudonyme de D’Iberville : « Non seulement, (…) on a chialé, mais on serait allé foutre le bordel au Parc du Pélican si les chansons avaient été présentées en anglais.(…). On ne se serait pas arrêté qu’au seul chiâlage… on se serait pointés au Parc du Pélican. C’est une guerre que nous menons, (…), pas une partie de jeu de dames ! ».

Ok, Mario Beaulieu, de la SSJB, peut-il mettre ses culottes et faire une déclaration publique ? Tirer tout ça au clair ? Nous parler un peu plus de ce « principe » de merde ?

Et maintenant, fermez les yeux. Imaginez une fête du 1er juillet alternative, dans un coin assez Anglo, genre certains coins des Cantons de l’Est ou le West-Island. Imaginez qu’on ait invité Marie-Pierre Arthur ou Vincent Vallières à jouer. Maintenant, imaginez que les organisateurs de cette fête soient obligés de flusher Arthur ou Vallières, parce que des excités auraient menacé de perturber le party, because we ain’t gonna listen to French music on Canada Day

Imaginez le bruit des chemises déchirées.

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