Petit billet du Jour de l’An en prétexte à un billet sur les résolutions…
Pis, vos Fêtes ?
Moi, ça se passe très bien. Je réussis à décrocher. Avec Internet très basse vitesse au chalet (on parle ici d’une connexion téléphonique qui fait bzzz-bzz-scrounch-zing quand je me branche au serveur, comme dans l’ancien temps), je ne me perds pas tellement dans les recoins du web ces jours-ci. Surtout qu’il y a tant à faire. Des dindes, d’abord : je prépare ma deuxième ce soir et il n’y a pas de secret : il faut arroser, souvent, abondamment. On ne s’en sort pas. Il y a ces livres, ensuite. J’ai lu Zatopek et L’Attentat. Faudrait que je finisse Champagne. Bref, pour ceux qui me reprochent de ne pas pouvoir décrocher, je vous rassure : je suis le champion du monde du glandage, ces jours-ci…
Il y a, aussi, cette chose formidable qu’on tend à oublier, quand on arrive à l’âge adulte : jouer. Juste jouer, pour le fun. Quand on est grand, c’est un des premiers trucs qui prend le bord. Jouer. Sur la patinoire, sur le lac, impossible de patiner, c’est trop raboteux. Mais avec mes amis Landreville, Fugère et Dufour, nous avons inventé un sport formidable, un hybride entre le ballon milieu et le hockey. Il doit faire -25 mais on s’amuse comme des p’tits gars. De la joie pure, 100% bio, certifiée équitable et contagieuse. Surtout que j’ai gagné un match…
Le Père Noël est venu au chalet, aussi, l’autre jour. Joie pure, paraît-il, dans les yeux de l’héritier et de son cousin. Le gros bonhomme rouge s’est pointé sur le toit du chalet, il a fait des coucous à travers les puits de lumière avant de finalement descendre dans le chalet quelques minutes pour déposer son sac à bébelles. Moi, j’ai tout raté ça. C’est pour ça que je dis « paraît-il ». J’étais, voyez-vous, parti chercher une pinte de lait au dépanneur. Mon fils me le reproche encore : « Papa tu as manqué le Père Noël ! Il faisait boum-boum-boum sur le toit ? C’était son traîneau, Papa… » Oui, Zak, mille excuses, l’an prochain, je ne vais pas le manquer, bonhomme…
Avoir un enfant de 3 ans, un gars de 3 ans, pendant les Fêtes, ça signifie une chose pour un papa : assembler des bébelles. Des tas de bébelles. Des montagnes de bébelles. C’est, je le confesse, épouvantable. Nous, les parents, avons été conservateurs : on ne veut pas trop le gâter. Mais quand s’empilent les jouets donnés par les oncles, la marraine, les tantes, les grands-parents, l’arrière-grand-mère et nos amis, la place ressemble à un Toys R Us. Donc, je dois assembler tout ça. Trouver des piles pour le chemin de fer (des D), l’auto téléguidée (des AA) et la piste de course (des DD ?). À mon époque, quand j’étais ti-cul, les piles, c’était simple. Tu ouvrais le bidule, tu mettais les piles dedans et ça faisait vroum-vroum. Aujourd’hui ? Aujourd’hui, ça prend un tournevis pour ouvrir le bidule et les installer, les piles ! Dans un char téléguidé ! Dans la piste de course ! Un tournevis !
Alors t’installes tout ça, tu sues, tu sacres, tu gosses, là c’est ton impatience qui est 100% bio. Ça finit par marcher et…
Et quoi ?
Et ton gars joue sur son lit avec une assiette en carton !
Bon, à part de ça, quoi ? À part de ça, j’ai été invité dans quelques partys des Fêtes, moi aussi. À l’un de ceux-ci, je me rends aux toilettes. J’adore quand les hôtes pensent à garnir la salle de bain de magazines à potins. C’est plus divertissant que de lire les ingrédients du Head’N’Shoulders. Je tombe sur La Semaine, un vieux numéro de 2007, que j’avais raté. Page 58, il y a une entrevue, format questions-réponses, avec une dame, Caroline Leroux, qui est médium pour animaux. Moi qui croyais que médium, c’était pour communiquer avec les morts ! Eh bien, non, semble-t-il, il y a des gens très doués pour parler avec le cheval, l’oie et le poisson rouge. Mme Leroux trouve qu’elle n’a pas grand mérite : « D’abord, je n’ai pas de don, dit-elle. Tout le monde est télépathe. » Voilà, tout le monde est télépathe, mais la télépathie, c’est comme une dinde, il faut l’arroser, si je puis dire, si on veut que ça soit à point. Mme Leroux a donc pris des cours de communication avec les animaux et, depuis, elle communique avec les bêtes. Simple de même. Enfin, je dis que c’est simple, pas tout à fait, ce fut un parcours parsemé des proverbiales embûches :
Comme tous les débutants, je me disais que je n’y arriverais pas. Découragée, je me suis assise sur une roche et une oie a marché vers moi. Puis, elle est littéralement entrée dans ma tête.
Que veux-tu dire par là ?
Je sais que ça a l’air drôle quand je raconte cette histoire. J’avais l’impression qu’elle était dans ma tête et qu’elle me parlait. Elle me disait qu’elle gérait tous les canards et toutes les oies de la basse-cour. La voix que j’entendais était la mienne, mais teintée de sa personnalité de petit caporal de l’armée ! Quand j’ai dit çà à Dawn (Note du blogueur : la femme qui donne l’atelier de télépathie avec les bêtes), elle a éclaté de rire. Apparemment, cette oie est surnommée Anny Birth Control. Elle a un mauvais caractère, elle crie dès qu’elle voit les mâles monter les femelles et elle les empêche d’aller plus loin (Note du blogueur : sans doute parce que Anny-l’oie a été élevée de façon très stricte par un père qui croit plus que tout aux liens sacrés du mariage), parce qu’il y a un problème de surpopulation au sanctuaire. Et ce n’est pas tout…
Que t’a-t-elle dit d’autre
Elle m’a dit que je devais faire des étirements parce que mon corps manque de souplesse. Ce qui est tout à fait vrai ! Et en disant cela, elle a levé une patte et l’a étirée vers l’arrière ! J’ai tellement freaké que je suis partie en courant !
Comment ?
Vous riez ?
Vous vous moquez ?
Eh, misère. Lecteurs de peu de foi. Moi aussi, j’avoue, j’ai été sidéré en lisant ce texte. Mais étant d’un naturel ouvert, vous pensez bien, j’ai donné le bénéfice du doute à la télépathe. Tantôt, en préparant la dinde, pendant que je coupais les oignons, pendant que j’attachais ses pilons, j’ai entrepris de communiquer avec la dinde (secrètement bien sûr, ce n’est pas tout le monde qui est ouvert à ces choses-là). Je l’appelais, en silence : « Youhou, youhou, m’entends-tu ! Allô ! », tout ça en lui tripotant l’intérieur. Pas de réponse, après cinq minutes. J’allais commencer la farce quand, dans ma tête, une voix, ma voix, a surgi, malgré moi, exactement comme l’avait décrit Mme Leroux, mais je dois dire que j’ai été surpris par l’écho :
– Oui, tu me cherches
– Oui ! Content de te parler ! Ça va ?
– Oui, ça va, merci. Je me demande pourquoi tu me déranges.
– Eh bien, c’est que vois-tu, je m’apprête à te manger et je voulais savoir si tu avais des volontés ultimes, avant que je ne te crisse dans le four.
– Je ne vois pas ce que tu veux dire…
– Eh bien, comme les condamnés à mort, tu vois : une cigarette, un hot chicken, j’sais pas, moi…
– Patrick, je crois que tu fais erreur.
– Ah oui ?
– Oui. Je suis le Père Noël.
Évidemment, je n’ai dit à mon fils. Il aurait été rouge de honte de savoir que j’ai confondu le Père Noël et une dinde. C’est un cas de fugue, minimum, pour un ti-cul de 3 ans. J’ajoute donc, à ma liste de résolutions pour 2009, celle-ci, capitale : mieux communiquer avec les dindes.
Également sur la liste : être plus patient, être un tantinet moins acide quand j’écris, sourire davantage, recycler un peu, vivre plus intensément encore. Et utiliser un peu moins proverbial dans mes papiers.
Pis vous ? Vos résolutions ?
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