
Stephen Harper s’excusera, au nom du gouvernement canadien, auprès des autochtones qui ont subi des sévices dans les pensionnats chrétiens dans lesquels l’État les a confinés de force, pendant un siècle. Harper fera ces excuses le 11 juin.
Bien fait.
C’est une partie sordide de notre Histoire qu’on ignore, sciemment ou pas : les saloperies qui ont été commises dans ces pensionnats. Ça va plus loin que les agressions sexuelles, psychologiques et physiques commises par les religieux. L’affront, c’est aussi le déracinement, le kidnapping pur et simple d’enfants, arrachés à leurs parents pour qu’on les canadianise dans des pensionnats. C’est l’entreprise d’éradication des langues et des cultures de ces enfants-là.
Richard Desjardins en a parlé dans son plus récent film, Le Peuple invisible, réalisé avec Robert Monderie. Il illustre à quel point les pensionnats ont servi, parallèlement, à déposséder les Indiens qui occupaient des terres nécessaires aux Blancs. Le film montre à quel point l’indignité n’était pas que fédérale : nous, Québécois, n’avons pas été plus vertueux que les autres dans notre traitement des autochtones qui obstruaient « notre » développement. Le duo Desjardins-Monderie a également brillamment démontré comment le traumatisme des pensionnats s’est perpétué, de génération en génération, sous la forme de divers poisons comme l’alcool, la dope et la violence. Traumatisme qui résonne encore et encore.
Je sais, je sais : c’était une autre époque. Les sensibilités envers les minorités n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Je sais, je sais : l’État donne des sous aux Indiens, leur consent des privilèges et ils-ne-paient-pas-de-taxes. Je sais, je sais : pour bien des gens, ça devrait suffire.
Mais ça ne suffit pas. Parallèle avec Nathalie Simard, la victime parmi les victimes, si vous me le permettez. Quand l’histoire est sortie, on a su que Cloutier, pendant des années, a payé la p’tite Simard pour se taire. Personne n’a dit, publiquement, que cela effaçait les sévices subis par la chanteuse. Au contraire. Pourtant, dans le cas des Indiens, il y a des tas de gens qui pensent que le fric devrait leur fermer la gueule. Que ça « efface ».
Oui, le problème est complexe. Il est multidimensionnel. Mais des excuses, c’est un excellent début. La Commission du juge LaForme devrait offrir une autre tribune pour dire et montrer les horreurs, aussi.