Vous ai-je déjà dit que j’étais un ado un peu sérieux ?
À 13 ans, je lisais La Presse, tous les cahiers, un peu en diagonale. Le cahier des sports, surtout. Mais l’édito et les nouvelles très sérieuses du cahier A, aussi. Les chroniqueurs avaient d’interminables colonnes, à la droite des pages de droite. Ils écrivaient tout ça à la dactylo. Ils devaient se faire des bursites terribles dans les doigts, les pauvres. Enfin, tout ça pour dire que j’avais la bizarre habitude de lire le journal en mangeant mes Captain Crunch le matin, avant d’aller à l’école. En secondaire II…
Il faut dire que l’actualité m’obnubilait depuis longtemps. À 8 ans, mon père avait demandé à ma gardienne de ne pas me laisser lire le Journal de Montréal au complet : seulement les pages sportives. C’est que, voyez-vous, je lisais les premières pages et je découpais les avis de recherche. Vous savez, quand la police publie un portrait-robot, ou une vieille photo d’un criminel en fuite ? Je découpais ça, je mettais ça dans mes poches, au cas où je croiserais un type correspondant à la description du filou…
Quand mon père a trouvé quelques-unes de ces photos en faisant la lessive (enfin, peut-être que c’est son épouse qui faisait la lessive), il s’est inquiété et a demandé à la gardienne (si tu me lis, Micheline, allô) de censurer un peu mes lectures. Pas grave, je lisais tout le contenu (beaucoup plus sanglant, le JdeM, dans les années 1980) du tabloïd de M. Péladeau intégralement, en cachette…
L’ado sérieux, donc. À 13 ans, je lisais La Presse. À 14 ans, ma mère a décidé de m’abonner à Time. Elle voulait que j’améliore mon anglais. J’ai toujours compris l’anglais, because la famille de ma grand-mère maternelle, fille d’une immigrante écossaise. Mais à 14 ans, disons que je ne comprenais qu’un mot sur deux…
Comment ? Si j’étais un nerd ? Pourtant, non. Je lisais La Presse, je lisais Time, mais à l’école, rien d’extraordinaire : élève moyen, notes dans les 70, un peu paresseux. Plus intéressé par mes entraînements de soccer et l’achat de gants de gardien de but Uhksport que par l’algèbre et le complément d’objet direct…
Reste que je dévorais Time, c’était une fenêtre sur les États-Unis, le pays rival de celui qui me fascinait : l’Union soviétique. Avis aux jeunes lecteurs : je suis un enfant de la Guerre froide. Et l’URSS était une bibitte séduisante, mystérieuse, romantique et communiste, à l’époque. Tout ce qui touchait la rivalité entre les deux superpuissances, dans Time, me poussait à sortir mon dictionnaire français-anglais…
Bref, tout ça pour dire qu’à 14 ans, j’étais probablement le seul ado de toute l’île Jésus à s’intéresser à cet événement historique que fut le sommet Reagan-Gorbachev, en novembre 1986. Sommet qui m’a fait découvrir cette petite roche sur mon globe, dans l’Atlantique Nord : l’Islande. J’étais subjugué par les reportages sur cette rencontre au sommet entre les deux maîtres du monde, celui du Monde Libre et celui de l’Empire du Mal. L’Est et l’Ouest, dans un petit pays inconnu, ou presque, à mi-chemin entre les capitales de deux superpuissances.
C’était l’époque, jeunes lecteurs (je vous dis ça sur le ton de Grand-Papa Bis), où des mots comme « transfuge », « défection », « RDA », « Pacte de Varsovie », « destruction mutuelle assurée » et « Politburo » étaient monnaie courante dans l’actualité. C’était aussi l’époque où une guerre nucléaire entre les USA et l’URSS était dans le domaine du possible (mais pas Gorby, en tant que porte-parole de Louis Vuitton, ooooh non !). On freakait très fort sur l’holocauste atomique hypothétique. Le champignon nucléaire était le ben Laden de l’époque. Justement, le sommet de Reykjavik mettait le désarmement nucléaire au menu…
Enfin, long, très long détour pour vous dire ceci : Ridley Scott va tourner un film sur le sommet Reagan-Gorby de Reykjavik. Paraît que ce fut plein de rebondissements, en coulisses. Qui jouera le camarade secrétaire général du PC ? Qui jouera Ronald Reagan ? Ah, tant de questions…
Et, aussi, pour vous dire un autre truc, qui n’a presque pas rapport, mais dont je suis assez satisfait : en mai, je m’en vais en Islande. Si vous y êtes déjà allé et qu’un élan de générosité vous pousse à partager quelques conseils avec moi, eh bien mon courriel se trouve dans ma bio, à droite, je vous remercie à l’avance…

Geyser islandais célébrant la venue du sommet USA-URSS, en 1986
Ou comme, dirait Gorbachev : spassiba.
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Autres cossins
Fans de Joe Dassin, au garde-à-vous : son père, Jules, cinéaste, est mort.
Les Remparts ont éliminé les Sags.
Saku a une fracture au pied.
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