Le capitaine du Canadien de Montréal ne parle pas français. Ça faisait longtemps que la chose n’avait pas été abordée. Elle est revenue faire Bouh ! sur la glace, euh, pardon, sur la place publique, à la faveur du débat entourant le projet de loi identitaire de Mme Marois. Dans une autre vie, j’ai chroniqué sur le sujet, ici…
Alors, Saku devrait-il parler français ?
Évidemment, qu’il devrait parler français. Parce que le club de hockey Canadien porte une partie de l’identité du Québec moderne, une partie de notre lutte identitaire a longtemps été portée les épaules des Habitants. Maurice Richard, Guy Lafleur, des winners adulés par un peuple qui s’éveillait, qui prenait sa place, qui s’affirmait. Un peuple qui gagnait – contre les Anglais –, quand son club enfilait les coupes Stanley sur la glace…
Alors oui, Saku devrait baragouiner le français. Il est capitaine d’un club qui n’est pas qu’un club de hockey. Il est capitaine d’une entité qui incarne bien des trucs qui transcendent le hockey. Dans un monde idéal, Saku parlerait finnois, anglais et français.
Mais on ne vit pas dans ce monde idéal. On vit à Montréal, en 2007, et à Montréal en 2007, l’anglais n’est plus perçu comme une menace, comme la langue des Grosses Anglaises de chez Eaton. Nous ne sommes plus aussi galvanisés par la cause du français qu’il y a 30 ans.
Petit détour. Dans Urbania (désolé, pas d’hyperlien vers le papier), Émilie Dubreuil illustre de façon splendide le climat montréalais actuel, en décrivant cette drôle de caste d’Anglos habitant le Mile-End, des Anglos amoureux de Montréal et de sa différence, de sa culture, de son climat… Mais qui ne parlent pas français. Et Émilie de raconter comment, à sa façon, elle « combat » cette caste-là… Le constat, finalement : oui, on peut vivre à Montréal en anglais, en se faisant parfaitement comprendre et sans jamais risquer de se faire regarder de travers. Je ne suis pas sûr que c’était la même chose en 1977. Mais il y a 30 ans, les francos n’étaient pas tous rendus à Sainte-Julie… Fin du détour.
Alors Saku qui ne parle pas anglais, ça en dit plus long sur Montréal, de nos jours, que sur le capitaine du CH.
Le groupe Prenez garde aux chiens m’a envoyé cette parodie, fort savoureuse, très drôle, d’une pub du Canadien, adaptée à la controverse qui nous occupe :
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