
Un lecteur, Patrick Choquette, m’envoie ce délicieux montage, en marge de mon post d’hier. À peu près tout le monde a vu dans cette pub de TVA une sorte de poster de film d’action, de pastiche de pochette de coffret DVD de 24 (plogue subliminale pour Télé-Québec, ici). Eh bien M. Choquette a mis ses considérables talents à notre profit à tous…

Martin Vallée, concepteur web, m’envoie un montage de son cru, celui qui est juste en haut. Voyez Paul Larocque, version 2.0…
On vient de lancer un concept, là, je crois.
Tiens, permettez-moi de répondre, ici, en parlant de ce billet sur cette version hollywoodienne de Pierre Bruneau et cie, à des lecteurs qui me demandent si je me sens obligé de lancer des fléchettes à mon ancien employeur…
Eh, misère…
Primo, TVA n’est pas mon ancien employeur. J’étais pigiste chez TVA, à 200$ l’apparition, le tarif standard pour les commentaires du genre que je faisais. Mon ancien employeur, c’est le Journal de Montréal. En tout cas, sur mon relevé de paie hebdomadaire, c’était écrit Journal de Montréal ; pas TVA, pas Quebecor. J’ai toujours fait la différence.
Deuzio, puisqu’on y est, pour le JdeM, je me garde une petite gêne, donc. Par affection pour un tas de gens qui y travaillent et que j’aime. Par loyauté post-mortem pour une boîte que j’ai adorée. J’évite généralement (il y aura des exceptions) de commenter ce qui s’y fait, j’évite encore plus si j’ai des critiques à formuler sur le fond ou sur la forme. Je me suis permis une exception, une seule : une petite pointe quand je suis passé à Tout le monde en parle, en janvier. Parce que j’étais suprêmement tanné de me faire salir par certains boss qui médisaient sur mon compte, en répandant des saletés à mon sujet (c’était plus difficile d’admettre qu’ils avaient assez mal géré la patente qui m’a poussé à faire défection, mettons). Bref, si je voulais me venger de quoi que ce soit, c’est sur le JdeM que je taperais. Je pourrais le faire dix fois par semaine. Je ne le fais pas.
Mais pour le reste, pour le reste de ce qui se fait chez Quebecor, c’est « free game », c’est du matériel à commentaire, à montées de lait, à lancer des fleurs, à ironiser. Comme TQS, comme RDS, comme Bell, whatever. Je ne vais pas m’empêcher de commenter cet acteur majeur, incontournable Goliath du paysage médiatico-culturel québécois. Et c’est pas parce que je critique, disons, Claude Poirier, que c’est une vengeance déguisée sur l’empire qui m’employait. Ne tombez pas, de grâce, dans les raccourcis faciles : je tapais sur Poirier quand j’étais au Journal de Montréal et qu’il était à TVA, et ça me valait des ovations debout dans la salle de rédaction. Fait que…
Voilà.
À part de ça ? À part de ça, je me suis réveillé ce matin et, deux minutes après, je filais cheap. Courriel d’un lecteur, fils d’une personnalité que j’ai (un peu, juste un peu) esquintée, récemment. Le ton de mon correspondant était on ne peut plus poli, respectueux.
Je ne t’écris pas pour te dire que t’as pas raison de penser ceci ou cela. Ça fait longtemps que je sais que des gens comme toi, comme mon père ( que j’adore en passant ), ça ne vous touche, pas les critiques. Pourquoi alors ce mail ? Parce que pour la premiere fois de ma courte vie ça me fait quelque chose … »
Et ce lecteur de m’expliquer que son père, « qui n’est pas parfait », fait sa part, aide les gens, publiquement ou pas, qu’il m’a trouvé injuste de l’attaquer, sur un point bien précis…
Comme je vous dis, le ton est super gentil, pas revanchard, ni rien. Il conclut : « J’ai pas de leçon à donner, mais penses-y… »
Gulp. Malaise.
Bref, j’ai horreur de filer cheap. Je préfère, et de loin, me faire traiter de salopard, me faire dire que ma mère aurait dû se faire avorter, me faire dire que je suis le trou-de-cul de l’univers.
Ça me hante moins, moins qu’un courriel comme celui de ce matin…
J’ai vraiment le meilleur job au monde. Je vous le jure. Je ne comprends pas qu’on me paie pour faire ce que je fais (ok, petits comiques, pas de farces plates). Mais des fois, juste des fois, je me sens tout croche quand je m’apprête à faire rouler mon Mac sur un sujet. Tiens, je travaille sur une histoire, un sujet dont je vais me servir comme tremplin pour parler d’un problème sociétal plus global. Je ne veux pas trop élaborer, mais il fallait que je parle à la maman d’une ado modérément (très modérément) connue. Et la maman, horrifiée à l’idée que sa fille soit impliquée dans une controverse, est démontée, me demande si c’est vraiment nécessaire de faire tout un plat avec ça, que ce n’est pas du tout ce que je pense…
Sauf que non, c’est tout à fait ce que je pense.
Mais je me sens mal. Même si je sais que j’ai raison, qu’il y a là un sujet d’intérêt public. Je sais plus où me placer. Et mon côté givré remonte à la surface, je lui promets de ne pas être indûment méchant, de ne pas la faire passer pour un ci, ou une ça…
Je raccroche, je sais que je viens de lui gâcher sa journée. Je sais qu’elle va dormir tout croche, qu’elle va ouvrir sa Presse, demain, avec une petite peur au ventre…
Je dis souvent que pour faire mon métier, il faut oublier que les gens sur qui j’écris, parfois, ont une mère.
Je dis ça et qu’est-ce qui arrive, un après-midi de septembre ?
Je lui parle, justement, à la mère de la personne sur qui je veux écrire. Et soudainement, ce n’est plus théorique, c’est réel, c’est la vraie vie, c’est plus mon putain de slogan. Et comme toutes les mamans du monde, elle a peur que sa fille, bêtement, soit triste.
Dans ce cas-ci, à cause de moi.
Shit.