Nicolas Houle

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Jeudi 24 août 2017 | Mise en ligne à 15h36 | Commenter Commentaires (3)

RIP John Abercrombie, l’intemporel

Rude semaine pour les amateurs d’art, toutes disciplines confondues. Après le départ de l’immense Réjean Ducharme -on l’associe bien sûr en premier lieu à la littérature, mais on pourrait jaser longuement des formidables textes qu’il a signés pour Robert Charlebois – on pleure l’un des grands du jazz: John Abercrombie. Le guitariste s’est éteint le 22 août, d’une attaque cardiaque. Il avait 72 ans.

Sans mauvais jeux de mots, Abercrombie était «timeless», à l’instar du titre de son tout premier album en tant que leader chez ECM. Intemporel, car Abercrombie n’a jamais vraiment appartenu à un courant précis. Comme il me le disait lors d’une entrevue, en 2009, il était la somme de ses expériences en territoire fusion, free ou dans une veine plus conventionnelle. Ces dernières années, il défendait une musique qui, quoique moderne, se voulait héritière des Coltrane, Evans ou Montgomery.

«Je n’ai jamais décidé de vivre de mon art; l’aspect financier n’était pas une considération, m’avait-il confié. J’ai simplement joué la musique que j’avais envie de jouer et je suis chanceux, car j’ai eu la chance de gagner ma vie ainsi. [...] Je fais ce que j’adore et c’est génial, car je suis payé pour faire ça. Je ne suis pas payé beaucoup, mais suffisamment.»

Abercrombie se distinguait autant par sa verve, que son écoute ou son sens mélodique. Les amateurs de Québec ont été plutôt chanceux, car on a pu l’entendre à maintes reprises ces dernières années: il s’est arrêté à Lévis en 2009, puis à Québec en 2010, 2012 et 2014.

Abercrombie était un gars fidèle. L’Américain a non seulement enregistré chez ECM tout au long de sa carrière, mais il aimait entretenir des relations à long terme avec ses complices, comme le pianiste Marc Copland ou, dans son quatuor, le violoniste Mark Feldman, le batteur Joey Baron et le contrebassiste Marc Johnson.

“L’idée de travailler avec les mêmes gens sur plusieurs années est quelque chose qui me plaît. Non seulement vous évoluez, mais vous faites progresser un son et l’identité d’un groupe de gens. [...] Ces derniers temps, on voit beaucoup de projets spéciaux être mis de l’avant. J’aime ça, mais je préfère la constance qu’apporte une formation. Comme dans toute relation, vous développez un lien de confiance, vous sentez que vous pouvez dire ou jouer ce que vous voulez et vous serez compris.”

On avait pu juger de ses dires, en particulier lorsqu’il était venu se produire au défunt Largo en compagnie de Feldman, Baron et de Thomas Morgan, qui avait pris la relève de Johnson, à la contrebasse, dans son ensemble. Un spectacle tout simplement magnifique. Jamais au grand jamais on aurait pu se douter, alors, qu’Abercrombie se produisait en dépit d’une pneumonie…

L’heure est donc venue de réécouter son héritage musical. Son trio d’orgue furieux, de l’époque de Timeless ou des plus récentes années, ses propositions davantage nuancées, voir teintées de touches européennes, ses dialogues mélodiques avec Copland ou d’autres, encore, où il côtoie guitare et saxophone…

«Le sentiment de vouloir devenir meilleur, de continuer de jouer et d’évoluer est le même qu’à mes débuts, m’indiquait-il alors qu’il atteignait la fin de la soixantaine. Je suis moins rapide qu’avant, car je suis plus vieux et je n’ai plus la même énergie, mais je crois que j’ai davantage de connaissances.»


  • Je viens justement d’écouter Timeless. Quel son magique! Un très beau texte à propos d’un très beau musicien. Merci monsieur Houde.

  • Oups… Merci monsieur Houle!

  • Véritablement un géant.
    En spectacle, il était exigeant.
    Même qu’une fois, avec un ami qui connaît aussi l’entièreté ou presque de son répertoire, on avait eu peine à reconnaître deux ou 3 «tounes».
    En show, je l’appréciais plus lorsqu’il était en duo avec Ralph Towner, plus précis, introspectif, et en retenue.

    Il nous reste son premier quartet (beirach, Mraz, Donald), sargasso sea, 5 years later,
    animato, getting there et bien d’autres….

    intemporel…

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