Nicolas Houle

Partage

Vendredi 9 juin 2017 | Mise en ligne à 12h27 | Commenter Commentaires (10)

Roger Waters: du neuf avec du vieux

25 ans à attendre Is This The Life We Really Want?, le premier album solo de Roger Waters depuis Amused To Death, c’est long. Très long.

J’avais été soufflé par Amused To Death. Je le suis encore. À mes oreilles, ça reste ce que Waters a fait de meilleur. Mais parfois, tout est question de timing: cet album, peu en phase avec ce qui était au goût du jour à l’époque avait été accueilli froidement et Waters l’avait mal pris. Il s’était retiré, pour ne refaire surface, en tournée, qu’à la fin des années 90.

Il s’est consacré à son opéra Ça Ira, puis il semble qu’il ait voulu que le public l’associe plus étroitement à Pink Floyd: il a décidé de servir de nouveau Dark Side of The Moon en spectacle, puis The Wall. Aurait-il trop baigné dans le passé?

Arrive donc ce Is This The Life We Really Want?, réalisé avec le respecté Nigel Godrich (Radiohead). L’association des deux hommes apparaissait très prometteuse. Or après une semaine d’écoute, il m’apparaît évident que les promesses n’ont pas été tenues.

Il y a tellement de titres qui ressemblent à des collages de vieux Pink Floyd que c’en est malaisant. Idem pour l’abus d’effets sonores de toutes sortes, déjà entendus. Ou les espèces de revirements musicaux, qui semblent gratuits et n’interviennent pas naturellement dans le développement des chansons autrement que pour faire «à la Pink Floyd», comme sur Smell The Roses.

Non, je ne m’attendais pas à ce que Waters, en fin de parcours, réinvente la roue, mais tout de même à ce qu’il fasse mieux que de sombrer dans la redite…

Godrich, de façon un peu prétentieuse, indiquait dans un entretien à l’AFP qu’il n’avait jamais été capable d’écouter les autres albums solo de Waters, qu’il ne trouvait pas accessible – il n’a pas dû essayer très fort, Radiohead est pas mal plus exigeant!

Godrich disait aussi vouloir mettre le poète à l’avant-plan. C’est le cas sur certaines pièces. D’ailleurs, quand l’association des deux hommes fonctionne comme sur la balade Broken Bones ou sur la pièce-titre, où Waters s’interroge sur les dérives de la démocratie, ça donne d’excellents moments.

Cependant, on cherche les mélodies fortes ou les envolées musicales riches et la récolte est mince. Plusieurs pistes semblent aussi assez vides côté arrangements – trop, à tout le moins, pour ne pas qu’on sente des longueurs.

On ne peut pas dire que Godrich, qui prétendait amener Waters ailleurs, soit arrivé avec des idées révolutionnaires, hormis des claviers et boîtes à rythmes aux sonorités discutables (ennuyeuses Bird In A Gale, The Most Beautiful Girl)…

Ça me donne l’impression que Waters a voulu faire un protest album à la Dylan, mais sans pleinement l’assumer. Pourtant, c’est justement les titres acoustiques ou les balades sur lesquels il ne met pas de gadgets qui fonctionnent le mieux, comme Wait For Her. Or là encore, il y a un bémol: Wait For Her, Oceans Apart et Part Of Me Died sont en fait trois fois la même pièce qui s’étire trop longtemps…

Reste le chant sensible de Waters, de même que ses textes mordants, pour se consoler. Pas de surprise dans ces observations et dénonciations politiques ou sociales, mais il affiche la verve qu’on lui connaît.

Is This The Life We Really Want? n’est pas un échec, mais après une aussi longue attente, c’est difficile de pas être déçu. Et n’en déplaise à Godrich, c’est à mes oreilles le moins fort de tous les albums solo de Waters – y compris Radio K.A.O.S., qui, au-delà de son emballage sonore pop, abritait de belles trouvailles et était même visionnaire…


  • Bonjour M. Houle

    J’ai bien hâte de vous voir parler de rock progressif sans faire référence toujours aux dinosaures du genre.

    Merci et bonne journée

  • *Dango : Ca adonne que c’est un disque d’un dinosaure…ah oui, on y a ajouté de la sauce X (radiohead..) : )

    - Merci pour cette excellente critique Mr.Houle.Toujours intéressant de vous lire. : )

  • @Dango485 Toujours est un bien grand mot, à moins que ne vous classiez des artistes comme Steven Wilson et The Pineapple Thief parmi les Dinos… Qu’on le veuille ou non, cette parution était incontournable, pour les amateurs de prog ou de musique tout court. Cela dit, le nouveau Anathema vient de paraître, on en jasera sous peu…

  • Merci pour votre réponse. Soit dit en passant je ne vous reproche pas de parler du dernier disque de Roger Waters. Mon impression est que la plupart du monde pense que le prog est mort alors qu’il est très vivant grâce à des artistes récents qui produisent depuis les années 2000. C’est très bien de parler de Steven Wilson, de The Pineapple Thief et de Anathema (je suis un fan des trois!) mais je vous encourage à pousser le bouchon plus loin avec Riverside, Big big train, Airbag, Opeth, IQ, Anglagard, Phideaux ainsi qu’une panoplie de groupes italiens dont Unreal City qui viendra nous voir à l’automne (pour ne nommer qu’eux). Je ne pense pas que ce soit interdit non plus de parler de talents québécois comme Mystery (c’est une honte que ce groupe ne soit pas connu au Québec!), Huis et Inner Odyssey. Merci d’apporter une petite attention à la présente et je vous souhaite une excellente soirée!

  • Tout à fait d’accord avec Django! Riverside est un superbe groupe prog métal! Mystery est également excellent!

  • @Dango485 Oui, comme bien des sous-genres, le prog a trouvé un autre souffle, tout en demeurant relativement marginal. Je prends note de vos suggestions!

  • Excellente analyse monsieur Houle, vraiment bien écrit et documenté. Cela rejoint le commentaire de mon distingué collègue au travail.

    Amused to Death est un excellent album, vraiment. J’ai aimé The Pros and Cons en jumelage avec The Final Cut. Ce n’est pas d’hier que Waters utilise la même trame comme dans le trio Wait For Her, Oceans Apart et Part Of Me Died. Pros and Cons est un bel exemple.

    Merci à Dango485 pour ses suggestions. Les vieux maniaques du prog, comme moi, sommes tous ouverts à de bons nouveaux groupes de prog, surtout quand ces nouveaux groupes ont créé leur propre sonorité. Ainsi, on ne peut pas dire, ça sonne comme Yes, Gentle Giant ou Crimson.

    Pour terminer, le terme ‘dinosaure’ est à proscrire dans la musique. On ne peut dire cela d’un vieux bluesman (B. B. King), d’un vieux jazz (Brubeck) ni d’un vieux classique (Horowitz). À la blague, parfois, on peut avoir l’impression qu’ils sont en hibernation, mais ils peuvent toujours nous surprendre car la musique les habite toujours.

  • @fordan Merci pour les bons mots. Oui, Waters a souvent fait le coup des «part 1, 2, 3», mais habituellement, il s’arrangeait pour que les 3 soient distinctes et aient chacune leur charme. Ce n’est pas tellement le cas avec le trio Wait For Her, Oceans Apart et Part Of Me Died.

    Preuve que Waters aime bien recycler des mélodies ou des squelettes de chansons, écoutez attentivement The Pros and Cons of Hitch-Hiking (écrit en même temps que The Wall) et vous remarquerez que le thème de base est le riff de In The Flesh? écourté (et même en entier sur 4:30, sans la section de claviers en intro), or il prend la peine d’amener ça complètement ailleurs avec sa bande, dont Clapton et les arrangements de feu Kamen.

  • Personnellement, je trouve que c’est un très bel album: Subtile,simple et équilibré à la fois. Un album qui enrichit son oeuvre, malgré ses défauts comme tout les autres.

  • @Dango485 en cherchant sur Apple Music, j’ai écrit Misery au lieu de Mystery! Oups c’est du drôle de prog ça, métal toujours pareil, je dois me faire vieux! Dans votre liste, je ne connaissais pas Airbag, merci!

Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    juin 2017
    D L Ma Me J V S
    « mai   juil »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives