Nicolas Houle

Archive, décembre 2015

Mardi 29 décembre 2015 | Mise en ligne à 13h05 | Commenter Commentaires (5)

Retour sur 2015: les albums restés coincés dans le lecteur

L’heure est aux traditionnels bilans de fin d’année. Depuis des semaines, je fais tourner et retourner les albums et je m’efforce de me faire une tête.

Bien sûr, la critique n’est pas une science exacte: un album qui vous a laissé tiède en milieu d’année peut finir par vous accompagner longtemps. Et un album qui vous a enchanté peut perdre de son charme en cours de route…

Maintenant que le tamis du temps a fait son travail, voici les albums qui ont tourné le plus dans mon lecteur cette année. Les critères sont assez simples: unité, qualité d’interprétation, qualité des musiques, qualité des textes, qualité des orchestrations, pertinence, créativité…

À vous, maintenant, de partager le vôtre…

Alabama ShakesSound & Colour
Passée la surprise du très sympathique Boys & Girls (2012) et de ses tonalités rétro, on se demandait bien ce qu’Alabama Shakes aurait à proposer. Le quatuor américain aurait très bien pu jouer la carte de la prudence et se réfugier derrière la voix exceptionnelle de sa leader, qu’on aurait été heureux de retrouver, d’une manière ou d’une autre. Or le groupe a plutôt décidé de surprendre en conservant, certes, les sonorités vintages qu’il apprécie, mais en expérimentant avec différents styles, parfois à l’intérieur même d’une composition. La pièce-titre met superbement la table, avec ses claviers et ses arrangements de cordes, pour un voyage musical étonnant, qui distille, d’une piste à l’autre, des trouvailles musicales et des interprétations profondément senties.

Sufjan StevensCarrie & Lowell
Le très doué Sufjan Stevens n’avait sans doute rien pondu d’aussi achevé depuis son fameux Illinois, qui remonte, mine de rien, à 2005. Faisant un retour vers la folk, il articule Carrie & Lowell, comme le laisse deviner le titre, autour de sa mère et de son beau-père. Il y relate quelques épisodes de son passé avec la première, désormais défunte, qui était bipolaire et souffrait de certaines dépendances. Stevens opte pour une approche dépouillée, livrant ses pièces avec beaucoup de délicatesse, y compris dans son chant, jamais forcé. Malgré le côté sombre de certains titres, l’Américain évite le mélodrame. Et surtout, il a le don pour les mélodies et tire adroitement sur les ficelles musicales pour appuyer ses propos avec subtilité. Le tout est ficelé avec une cohérence telle que chaque titre s’imbrique dans le suivant, à la manière des chapitres d’un bouquin.

GrimesArt Angels
Grimes vieillit décidément bien. Demeurant la pieuvre musicale qu’on connaît, qui façonne chacune de ses pièces en studio, elle livre assurément son album le plus achevé à ce jour, en se faisant inclusive comme jamais. Toutes les approches sont bienvenues dans sa bulle, de la pop plus classique à l’électronica, sans oublier le r’n’b des pistes de danse, idem du côté de l’instrumentation. Du coup, elle défie les catégories et sa musique continue de rallier un public grandissant. Les lignes accrocheuses se dessinent à travers les segments plus audacieux, les portions instrumentales viennent enrichir les passages qui mettent la voix à l’honneur, le chant peut se faire aérien ou résolument incarné ou même trafiqué. C’est dans un univers à la fois familier et original qu’on plonge avec Art Angels.

Jamie XXIn Colour
Quand il n’est pas occupé par ses tâches de percussionniste, programmeur, claviériste et réalisateur des XX, Jamie Smith se charge de remixer des artistes comme Florence + The Machine ou Adele. Il était dans l’ordre des choses que, tôt ou tard, on entende ses créations. Comme son nom d’artiste en fait foi, Jamie XX est loin d’avoir renié son groupe. D’ailleurs, ses comparses Romy Madley Croft et Oliver Sim prennent le micro sur cet album, tout comme les rappeurs Young Thug et Popcaan. Cela dit, In Colour est un projet de musique électronique mi-chanté, mi-instrumental, où Smith applique la subtilité qui caractérise son groupe. Il y joue les architectes, bâtissant ses pièces avec minutie, variant les effets et les couleurs. Une grande réussite, qui a bluffé bien des détracteurs de la musique électronique.

Jean LeloupÀ Paradis City
2015 aura été l’année de Jean Leloup: un passage remarqué à l’ADISQ, une danse qui a fait sensation dans les médias sociaux et deux types de concerts terriblement courus. Mais plus que tout, The Wolf nous a donné un album comme on en attendait depuis longtemps: bien écrit, bien interprété, avec des histoires comme on les aime et des accroches qui nous restent en tête. Le tout est bien ficelé et livré avec une fraîcheur comme Leloup en a le secret, presque voisine du live, sans pour autant être brouillon.

Pierre FlynnSur la terre
Plus les années passent, plus Pierre Flynn se fait rare en studio : voilà 14 ans qu’il n’avait rien pondu. Avec pareil rythme de production, les fans espéraient qu’il ne rate pas son coup avec Sur la Terre. Et justement, l’ex-Octobre a frappé dans le mille. Dès l’ouverture, il nous accroche en mode folk avec Le Dernier homme, puis il nous transporte de manière arienne avec la très belle Étoile, étoile, parée de superbes arrangements de cordes, pour ensuite nous plonger dans l’atmosphère inquiétante du Parc Lahaie, qui met la table pour les tonalités rock de Sirènes. Son chant n’a pas pris une ride : il peut se faire grave, à la Cohen, être propice à la narration ou aux envolées aussi senties et assurées. Un auteur-compositeur-interprète au sommet de son art.

Leon BridgesComing Home
Leon Bridges chante la soul, le r’n’b ou le doo-wop d’une voix remarquable comme l’auraient fait Sam Cook ou Otis Redding dans les années 50 ou 60, look compris. La copie serait d’un intérêt limité si la qualité des pièces n’y était pas, or voilà, Bridges défend du matériel solide, livré avec chaleur et précision.

The SheepdogsFuture Nostalgia
Si Leon Bridges a marqué un grand coup avec son premier album à saveur rétro, les Sheepdogs en font tout autant avec leur cinquième, dans une veine rock 70s. Les sonorités sont absolument fantastiques et les pièces brillent par leur densité et leur concision.

My Morning JacketThe Waterfall
Sur The Waterfall, My Morning Jacket ne tente pas de se réinventer, mais plutôt de se raffiner, mettant de l’avant des compositions adroitement ciselées et réalisées, où le long souffle, voisin du progressif, se mêle tour à tour à des couleurs country-folk, à des accents quasi mystiques, à des touches soul et à la puissance rock.

FoalsWhat Went Down
Avec ce quatrième album, le quintette britannique apparaît en pleine possession de ses moyens, ayant trouvé un son qui lui est propre. Son rock, qui puise ses sonorités dans les trois dernières décennies peut se faire aussi puissant que planant, tandis qu’au micro, Yannis Philippakis affiche des vocalises fort assurées. Une offrande qui ne craint pas de flirter avec la pop et qui est résolument british.

The ArcsYours, Dreamily
Dan Auerbach prend une pause des Black Keys, le temps d’une aventure parallèle avec The Arcs. Le chanteur et guitariste reste près de ses terres de prédilection tout en flirtant de manière convaincante avec la funk et le psychédélique.

Half Moon Run SunSun Leads Me On
Half Moon Run troque ici l’intériorité, de même que les envolées éthérées, pour une approche plus terre-à-terre et orientée vers les chansons. Ça se défend très bien : la bande, menée par un Devon Portielje particulièrement brillant au chant, s’intéresse à une folk rétro, au rock avec un souci d’expérimentation, tout comme à la pop. Mention pour la superbe vidéo de I Can’t Figure Out What’s Going On.



Florence & The Machine
How Big, How Blue, How Beautiful
Florence et sa machine y vont d’une proposition plus nuancée que par le passé, où certes la Britannique pousse sa voix forte et assurée sur des rythmiques enlevées, mais elle sait aussi la poser avec douceur sans perdre de vue les mélodies adroites. L’album apparaît léché et fourni, d’autant qu’on a ajouté cordes et cuivres, mais on réussit à ne pas sombrer dans l’excès, grâce à de bons jeux de contrastes.

WilcoStar Wars
Wilco est un habitué des tops de fin d’année. Et le groupe n’y échappe pas en 2015 non plus, avec l’excellent Star Wars. On y trouve tout ce qui fait les qualités de Wilco, de l’expérimentation, des titres country-folk accrocheurs, la voix chaleureuse de Jeff Tweedy. Tout ça jumelé à un titre qui apparaît ces jours-ci terriblement à propos!

Father John MistyI Love You Honeybear
Father John Misty, qu’on a déjà eu la chance de voir à l’oeuvre à Québec, arrive avec un album réussi, qui lui ressemble profondément, aussi échevelé que coloré, authentique et attachant.

Black ViolinStereotypes
Pour terminer, un album qui a été une sympathique surprise cette année. Le violoniste Kev Marcus et l’altiste Wil B fusionnent leurs cordes classiques dans l’univers du hip hop, de la soul et du r’n’b de belle manière sur Stereotypes. On peut apprécier leur jeu juste et précis sur des airs instrumentaux bien écrits, où le souci des mélodies et des arrangements soignés est évident.

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Vendredi 11 décembre 2015 | Mise en ligne à 10h02 | Commenter Commentaires (12)

En spectacle, on filme ou pas?

iphone-concert copie

Vous le savez comme moi, il n’est plus possible d’assister à un concert sans que certains fans ne sortent leur portable pour prendre des photos ou pour filmer.

On est prêt à tout pour un petit souvenir de la soirée passée, même si les photos sont moches, même si pendant qu’on perd son temps là-dessus, on ne suit plus le spectacle, même si on dérange les autres autour…

Je ne lance la pierre à personne: il m’arrive aussi de le faire. Car il y a ça de pernicieux: à partir du moment où les voisins se le permettent, on finit par se le permettre aussi, même si je trouve que ça vaut rarement le coup…

Or voilà, ça fait quelques concerts auxquels j’assiste où l’on insiste pour que les portables soient rangés. Mieux, on patrouille dans les allées pour s’assurer que le public respecte les règles. Bonne idée? Peut-être bien. Pas pire, en tout cas, que de voir les gorilles de la sécurité patrouiller pour trouver ceux qui grillent un joint dans les concerts d’aréna…

Il y a quelques semaines, King Crimson était en ville pour trois concerts. Vous avez vu des clips dans YouTube? Pas un, à moins qu’il ne soit de source officielle. Avant que le groupe n’arrive en ville, je voulais voir et entendre comment ça sonnait. Impossible de dénicher quoi que ce soit, même si le band tournait déjà depuis plusieurs mois.

Je n’avais encore jamais vu pareil contrôle. Arrivé au concert, non seulement une affiche à la porte indiquait les consignes, mais un message en début de soirée renchérissait et des gorilles patrouillaient. Mieux, Robert Fripp en personne a pointé des coupables et précisé que ça déconcentrait les musiciens.

J’ai d’abord trouvé ça excessif. Puis, quand j’ai vu la qualité de la performance et que je m’y suis abandonné, j’ai dû admettre que ça se défend très bien. Fripp contrôle la qualité de ce qui circule, en termes d’images et de son, par rapport à tout ce qui est lié à son groupe. Et il ne veut pas être distrait. Du coup, il force son public à son concentrer sur ce qu’il écoute, plutôt qu’à filmer un clip ou à envoyer une photo pour dire qu’il était sur les lieux.

Et si on laissait tous les portables au vestiaire?

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Vendredi 4 décembre 2015 | Mise en ligne à 10h36 | Commenter Commentaires (3)

La prévisible fin de Scott Weiland

Les deux artistes des Wildabouts qu'on avait pu voir à Québec le 16 juillet 2014 sont désormais disparus: Scott Weiland et son guitariste Jeremy Brown

Les deux artistes des Wildabouts qu'on avait pu voir à Québec le 16 juillet 2014 sont désormais disparus: Scott Weiland et son guitariste Jeremy Brown

Le rideau vient de tomber sur Scott Weiland. Le chanteur qui s’est illustré avec Stone Temple Pilots et Velvet Revolver a été retrouvé mort dans son bus de tournée. Il avait 48 ans.

Weiland était sur la route avec sa formation, The Wildabouts, à Bloomington, dans le Minnesota lorsqu’on aurait constaté son décès, jeudi à 21h, heure locale. Selon les informations officielles, il se serait éteint dans son sommeil. Sa femme a confirmé la triste nouvelle au LA Times.

Bien que la nouvelle cause un choc, ceux qui ont suivi le chanteur au fil des ans seront malheureusement peu surpris. La cause exacte du décès n’est pas connue, mais on a de sérieux doutes… Son indéniable talent derrière le micro, qu’il s’agisse de son chant ou de sa présence magnétique, cachait une âme visiblement tourmentée, qui était sur la pente glissante depuis trop longtemps. Ses problèmes de consommation de drogues et d’alcool étaient bien connus, d’autant qu’ils ont eu un impact sur ses performances. À ce chapitre, bien des fans avaient été déçus du passage de STP au Festival d’été, en 2008, tellement il était mal en point.

On aurait pu espérer que, peu à peu, son aventure avec The Wildabouts le ramènerait sur le droit chemin. Si, en entrevue, il semblait cryptique (voir l’entrevue du collègue Ian Bussières ici), sur scène, il pouvait se tirer d’affaires avec, faut tout de même le souligner, la complicité d’un télésouffleur (la critique du passage des Wildabouts à Québec, ici). Et puis le groupe restait productif: un album était paru en mars.

Dans son entourage, on racontait que Weiland était suivi de près pour éviter les dérapages. On n’a pourtant pas réussi à éviter le pire. Il faut dire que ce n’était pas exactement rose chez les Wildabouts. Ils étaient confinés à de petits clubs, car une sorte de cercle vicieux carburant à la méfiance s’était installé à l’égard de Weiland: les diffuseurs étaient moins nombreux à lui faire confiance, idem pour les fans, qui craignaient de voir une contre-performance. Comme si ce n’était pas suffisant, le guitariste Jeremy Brown et proche de Weiland s’est aussi éteint prématurément, à l’âge de 34 ans, en mars dernier, à la veille de la sortie de Blaster

Weiland n’est pas la première vedette du rock ou de la pop à s’envoler pour cause d’autodestruction. Reste qu’on n’est plus dans les années 70, où c’était le lot de maints artistes et où les ressources pour soigner ces dépendances étaient beaucoup moins nombreuses ou accessibles. Dans ce contexte, c’est encore plus triste de voir de grands talents comme Weiland, ou Amy Winehouse avant lui, s’envoler…

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