Nicolas Houle

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Jeudi 5 décembre 2013 | Mise en ligne à 14h31 | Commenter Commentaires (9)

Steven Wilson chez Jethro Tull: le cas Benefit

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Steven Wilson, leader de Porcupine Tree et membre d’une foule d’autres formations (Blackfield, No-Man, IEM) est loin de se limiter à ses activités de chanteur, guitariste ou compositeur. C’est aussi un crack de studio et un audiophile. Après s’être longtemps appliqué à ce que ses projets naissent à la fois sur CD et DVD Audio avec un mixage 5.1, il a été recruté pour remasteriser et remixer des classiques du progressif, de King Crimson à Caravan, de ELP à Yes avec même des détours du côté de la pop de XTC.

En entrevue un peu plus tôt cette année, Wilson me confiait qu’il est désormais tellement en demande pour son travail d’ingénieur de son, qu’il doit refuser des offres, autrement ses activités de musicien en souffriraient. Son approche?

«Quand on écoute à un album de l’époque, on écoute une 3 ou 4e génération de bande. Ce qu’on fait est de retourner aux bandes originales et on les garde en haute résolution jusqu’au mixage. Ce que j’essaie de faire souvent est de clarifier le mixage. L’analogie est comme de rafraîchir la chapelle Sixtine : vous ne voulez rien changer à l’art, vous ne voulez pas toucher à la peinture de Michelangelo, mais en même temps vous pouvez retirer une couche de vieux vernis et la faire briller d’une manière dont elle n’a pas brillé depuis longtemps. Au départ, l’idée était de mixer en son surround, mais la démarche est de créer d’abord le mixage stéréo et d’y être très fidèle. Et c’est là que j’ai compris qu’il y avait beaucoup à gagner de ce côté aussi.»

Très honnêtement, j’avais suivi jusqu’ici le travail de remasterisation de Wilson d’assez loin. La raison est assez simple: j’apprécie beaucoup les classiques auxquels il s’est attaqués, mais d’une part, je ne les fais plus tourner autant que lorsque j’ai pu les découvrir et, surtout, j’avais déjà investi dans des éditions remasterisées. Enfin, je ne suis pas équipé pour l’écoute en 5.1…

Or voilà que survient cette nouvelle édition de Benefit. Un album de transition, un peu négligé dans la discographie de Jethro Tull. Ma curiosité a été piqué, d’autant que mes vieux exemplaires n’étaient pas de très bonne qualité. Cette édition vient avec trois disques: 1 cd de nouveaux mixages stéréo, avec quelques titres supplémentaires, un deuxième CD de pièces datant de la même période, surtout des mixages mono, puis, enfin, un DVD audio avec les mixages de Wilson en 5.1 et en stéréo de haute qualité.

Je suis allé directement au DVD-A et j’ai fait tourné la version stéréo. Je suis tombé sur le derrière. Évidemment, on est à la fin des années 60 et ça se sent dans le jeu, dans le ton et dans les arrangements parfois minimalistes, mais du reste, j’ai été saisi par la qualité de ce que j’entendais là. Vraiment, j’ai non seulement renoué les With You There To Help Me, To Cry You A Song et autres Sossity; You’re A Woman, mais j’ai redécouvert les Nothing To Say, For Michael Collins, Jeffrey & Me et, en bonus, Sweet Dream.

Fait intéressant, dans son nouveau mixage, Wilson s’est appliqué à rétablir une image stéréo plus naturelle, moins tranchée que l’originale, ce qui est franchement réussi.

À travers tout ça, je n’ai pas eu assez d’une écoute pour passer à travers le généreux livret, qui nous replonge dans la genèse de cet album avec ses artisans de l’époque. C’est une mine fascinante d’information, qui plus est, on évite le plus souvent d’y sombrer dans la complaisance.

Bref, cette nouvelle édition est un incontournable pour tout trippeux de Tull qui se respecte. Très souvent, on a l’impression d’être non loin des gars, en studio, avec l’équipement d’antan et une vague odeur de patchouli…

Jethro-Tull_Benefit2dsmall


  • Bonjour monsieur Houle,

    Encore une fois, très intéressant votre article. Je me suis ‘empiffré’ des remasters et DVD-Audio de Steven Wilson, les King Crimson notamment et le superbe remaster d’Hawkwind ‘Warrior on the Edge of Time’. Le 25 décembre, je vais avoir Close to the Edge de Yes et Nonsuch d’XTC. J’en veux encore. Steven Wilson reprend ces classiques avec pour seul but de rehausser l’oeuvre originale. Vous dire que j’ai entendu des sons jamais entendus est un euphémisme.

    Maintenant, Benefit est sur ma liste, merci pour la recommandation.

    Dernier souhait, si Close to the Edge se vend bien, je veux voir le même traitement pour Fragile et Relayer, mais surtout Tales from Topographic Oceans. J’anticipe la découverte en DVD-Audio de la face 3 (The Ancient), en particulier l’intro. Déjà avec le remaster japonais, on discerne beaucoup mieux le travail de Wakeman dans cet intro.

  • Dernier point,

    Les autres remaster avec DVD-Audio qui ne sont pas produits par Steven Wilson sont très intéressants également. Le coffret Genesis, de l’ère Gabriel, est formidable, tout comme Free Hand de Gentle Giant.

    Je crois que Steven Wilson a exprimé le souhait d’élargir sa sphère hors-prog avec Nonsuch d’XTC. S’il s’attaque au jazz-rock, Mahavishnu, Jan Hammer, Return to Forever, Larry Corryell ou Weather Report et tous les autres, préparons-nous à d’autres perles.

  • Ça fait un bail que je n’ai pas écouté “benefit” alors que “Aqualung” fait toujours partie de ma liste d’écoute régulière. Merci du rappel…

  • J’ai hâte de réentendre cet album. Je l’ai eu en vinyle à deux reprises (trop usé); en 8 tracks, puis copié sur une cassette audio.

    J’ai encore l’original en vinyle et une version CD remastérisé. Mais Steven Wilson va un brin plus loin.

    Cet album c’est un délice à entendre: un mélange de psychédélique, de baroque. Quand on avait entendu Bourree sur un précédent album, on voulait tous une flute traversière..

  • Je l’aime beaucoup ce Steven Wilson. Mais je l’aime encore plus comme musicien. Une chance qu’on l’a lui.

  • j’aime encore beaucoup le jethro tull , ce mélange si particulier de rock progressif , de blues et de musique d’influence traditionnelle avec une voix qui m’a charmé des le début , je suis content que Steven Wilson est retravaillé benefit , il n’y a pas que cette chanson mais with you there to help me est une bonne chanson .
    à consommer durant le temps des fêtes .

  • Un beau cas.
    J’écoute encore ce disque sur vinyl étiquette Chrysalis (verte) Made in UK et la qualité d’enregistrement est simplement fantastique. Il y en a tellement qui mériteraient d’être dépoussiéré. Restons dans la même période (fin années 60’s, 1969 pour être plus précis). Arthur Brown: Fire, 1910 Fruitgum Co: Creations of Simon, Eric Burdon & Animals, The Arbors: The Letter-I Can’ Quit Her, Dave Edmunds: I Hear You Knockin’,Richard Harris: MacArthur Park. D’autres on déja été dépoussiérés comme Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, The Zombies, Blood, Sweat & Tears (1er Album). Cette période marque également les premières ébauches de la musique progressive québécoise: Champignons, Dionysos, et brèves incursions de Getro, Merseys … toutes difficiles à trouver auj. en bon état. Ne pas oublier: Béjart, Messe pour le temps présent du Français Pierre Henry sur étiquette Philips rouge. Son extraordinaire.

    Conclusion: Ne mériterions-nous pas un Steven Wilson pour rafraichir nos trésors qui dorment depuis si longtemps?

    Cette période marque le début de l’Age d’or de la musique québécoise sous toutes ses formes.

    J’accepte les commentaires…et opinions

  • finalsessions

    Pour ce faire ca prends des sous. Qui va payer juste pour satisfaire une poignée de connaisseurs? Reste que ca serait plaisant.

  • À Sylvain: c’est vrai. D’un point de vue mercantile, le profit est loin d’être garantie. Existe-t-il encore des aventuriers mélomanes prêt à s’investir pour la réalisation de quelques productions québécoises d’antan? On l’a fait avec Maneige et autres. Le plus difficile, c’est vraiment de trouver un ingénieur de son à la Steven Wilson.

    Certains disques rares de toute origine se vendent à prix d’or à l’enchère sur le Web pour être ensuite reproduit sur CD et revendu au travers le monde.

    Constats: la qualité du CD produit varie beaucoup. le prix est relativement plus élevé. les producteurs sont anonymes et le marché (voire disponibilité) évolue rapidement dans le temps.

    Quand on est mélomane et nostalgique, c’est le fun chercher. c’est encore plus le fun trouver. reste plus ensuite qu’à apprécier…

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