Nicolas Houle

Archive, octobre 2013

Jeudi 31 octobre 2013 | Mise en ligne à 10h43 | Commenter Commentaires (2)

Rival Sons et Sax Summit: leçon de rock, leçon de jazz

Il m’aurait fallu une sacrée bonne excuse pour rater le premier passage de Rival Sons à Québec, mercredi, au Cercle. C’est qu’en trois albums, le groupe de Long Beach est passé maître dans le registre du blues rock. Et après la parution de Head Down, l’an passé, les gars ont démontré que leur ascension se poursuivait à la vitesse grand V.

Ça faisait un bail que j’avais eu hâte de voir show comme celui-là. Et je n’ai pas été déçu: j’ai eu droit à un de mes meilleurs show cette année, rien de moins. Dès l’arrivée sur scène du quatuor, vlan!: une décharge de rock. Non, pas de volume bêtement dans le plancher (même si, à certains moments, les tympans vibraient solide!), mais plutôt une bonne dose de talent, avec un son riche, parfaitement contrôlé. À la voix, Jay Buchanan fait partie de ces chanteurs d’exception, capables de pousser les notes avec vigueur, mais aussi de faire dans la nuance et de naviguer aisément dans les aiguës. Il a livré une sacré performance.

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L’autre atout et pilier du band? Le guitariste Scott Holiday, qui parvient à faire oublier que souvent, sur disque, Rival Sons cumule les couches de guitares. Quels sons il sortait de ses six cordes et de ses ampli Orange, en faisant bon usage de son slide! Si son instrument n’a pas de secret pour lui, ce n’est pas non plus un branleur de guitare: il sait où il va et sait se faire aussi créatif que son look, moustache retroussée comprise.

Certes, on sentait que Dave Beste, arrivé il y a peu à la basse pour prendre le relais de Robin Everhart, n’affichait pas toujours la même aisance que ses camarades, mais Mike Miley derrière ses énormes fûts savait compenser. Et si ce dernier pouvait marteler ses peaux avec poigne, il pouvait également se faire délicat. J’ai d’ailleurs était surpris de voir à quoi point Rival Sons affichait une assurance telle que le band ne craignant jamais les silences, mettant en relief l’apport d’un ou l’autre des gars. Pour couronner le tout, la sono était impeccable.

Les titres du récent Head Down étaient explosifs tout autant que ceux de Pressure & Time. Et en plus d’incroyables crescendos avec des livraisons coup sur coup de Pressure & Time et de Keep On Swiming, on a eu des segments blues et r’n'b bien sentis, de même que la ballade Jordan, superbement livrée. Du rock de haut calibre!

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Dans un tout autre registre, je m’en voudrais de passer sous silence le spectacle du Saxophone Summit au Capitole, le 26 octobre, durant le Festival de jazz. La formation qui réunit Ravi Coltrane, Dave Liebman et Joe Lovano nous a donnés une leçon de jazz, comme l’écrivait à juste titre le collègue Ian Bussières.

La troupe, augmentée d’un pianiste et d’une section rythmique, a ouvert et fermé en offrant des lectures de Coltrane père. Entre les deux, ils ont exploré les contrées jazz sans ne jamais sombrer dans la facilité. Visitation, de Joe Lovano, avec une section où Ravi Coltrane était au sopranino, Liebman au soprano et Lovano au ténor était franchement réussie – bien qu’exigeante. Les trois leaders se sont d’ailleurs plu à varier les plaisirs côté instruments à vent, sortant tantôt la flûte, tantôt la flûte basse… Au départ, Ravi Coltrane m’a semblé avoir du mal à faire contrepoids à ses deux acolytes, or il a éventuellement pris sa place et a su se distinguer.

On a pu apprécier des passages autant bruitistes que mélodiques et le pianiste Phil Markowitz a apporté de son côté un jeu et du matériel fort intéressants, voisins de la musique contemporaine… Certainement un des points forts, sinon le moment fort du Festival de jazz de Québec, qui s’est achevé dimanche.

*Le spectacle ci-haut de Rival Sons n’est évidemment pas celui qu’on a pu voir à Québec

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Lundi 28 octobre 2013 | Mise en ligne à 9h49 | Commenter Commentaires (5)

La dernière marche de Lou «on the wild side»

Vous le savez, Lou Reed s’est éteint dimanche, à l’âge de 72 ans. Reed avait de sérieux ennuis avec son foie – il avait subi une transplantation il y a quelques mois.

Au lendemain du décès d’un artiste, on procède parfois à de l’amnésie sélective. À quoi bon mettre l’accent sur les mauvais coups quand il y en a eu des bons? Vrai que Reed a eu son lot de projets discutables, mais laissons de côté les moments moins mémorables, comme son malheureux Lulu avec Metallica, pour jeter un oeil sur ses réussites.

Évidemment, difficile de passer à côté des belles heures des Velvet Underground ou du hit de 1972, Walk on the Wild Side. D’ailleurs, il faut bien le dire, c’est dans les années 70 que Reed s’est dépassé, avec des albums comme Transformer (1972), réalisé par Bowie, Berlin (1973) ou Coney Island Baby (1975). Cela dit, l’un des traits distinctifs de Reed est qu’il n’a jamais craint l’expérimentation dans le cadre rock au risque de se planter et d’être sérieusement décrié et à ce chapitre, même la décennie 70 n’a pas fait exception.

Si, par la suite, sa production est beaucoup plus inégale, il n’en a pas moins échappé des perles au passage, dont l’album New York (1989) et a continué d’être vénéré par plusieurs, y compris par l’écrivain Paul Auster, qui l’avait invité dans deux de ses aventures au cinéma. Il faut dire qu’il avait une plume unique.

On peut lire ici une entrevue où le réalisateur Bob Ezrin se remémore sa collaboration avec Reed.

Quels sont vos souvenirs de Lou Reed?

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Vendredi 25 octobre 2013 | Mise en ligne à 9h16 | Commenter Commentaires (2)

The Bad Plus, Tigran et Burdon: solide trilogie!

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Pour toutes sortes de raisons, je suis arrivé un peu en retard au Festival de jazz de Québec, cette année. J’ai raté le passage de Jason Marsalis ainsi que celui de Cecil McLorin Salvant, deux artistes que je m’étais promis d’attraper…

En revanche, mercredi, j’ai renoué avec The Bad Plus. À vrai dire, je croyais commettre une infidélité et mettre le cap sur Montréal pour aller voir Franz Ferdinand, mais je me suis ravisé… Et je suis loin d’avoir été déçu de renouer avec The Bad Plus. Le trio était beaucoup plus solide que lorsque je l’ai vu la dernière fois, au Festi Jazz de Rimouski. Dave King, à la batterie demeure terriblement impressionnant, en dépit de sa raideur -remarquez comme il est crispé derrière ses fûts- et Reid Anderson est au diapason, à la contrebasse. Mes seules réserves sont du côté d’Ethan Anderson. Il n’a jamais été un virtuose, ce n’est pas un mal, or dans ce répertoire se concentrant sur du matériel original, on sent davantage ses limites qu’avec les reprises qui ont fait la réputation de The Bad Plus, à ses débuts. Cela dit, le groupe était franchement «tight» et on a eu quelques pièces aux détours surprenants.

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J’étais terriblement partagé jeudi: où devais-je atterrir? Chez Tigran ou chez le vétéran du rock, Eric Burdon, qui m’offrait sans doute la dernière -et seule, dans mon cas- occasion de le voir à l’oeuvre. Quand j’ai su qu’il y avait une première partie au show de Burdon, j’ai tranché: je suis allé voir une heure de Tigran au Grand théâtre, puis j’ai mis le cap au Palais Montcalm.

Bien que Tigran était au tout début de sa tournée américaine, sa formation affichait une belle cohésion. Certes, il a peut-être fait dans la surenchère de gadgets, à force de bidouiller les effets permettant de jouer avec les sons du piano, mais dans l’ensemble, la proposition avait de quoi charmer. Son jeu virtuose et fougueux, de même que ses racines arméniennes se fondaient dans un ensemble qui pouvait avoir des couleurs tour à tour progressives, jazz, voir métal, pour certains aspects rythmiques. Ajoutez à cela le travail d’une chanteuse à la voix angélique, de beaux jeux de contrastes et vous avez là un concert relevé. Le jeune pianiste continue de marquer des points.

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Est-ce bien nécessaire de préciser qu’Eric Burdon n’était pas en ville dans le cadre du Festival de jazz? Eh oui, la programmation régulière continue durant l’événement… Je craignais fort d’être déçu par l’ancien des Animals. Aurait-il encore vraiment toute sa voix? Arriverait-il avec un band de musiciens engagés sans grande personnalité? Je me suis dit qu’au pire je quitterais au beau milieu si c’était moche. Eh bien je suis resté jusqu’à la fin sans ne jamais trouver le temps long. C’est sûr qu’avec un petit bonhomme bedonnant à la tête blanche devant nous, qui bouge bien peu, on réalise qu’on est dans le 3e âge du rock, mais il a encore une voix puissante et, du haut de ses 72 ans, sait en faire bon usage. Et il avait autour de lui une solide formation de six musiciens, dont un joueur d’orgue Hammond en verve, un percussionniste et deux guitaristes inspirés. Burdon a sorti toutes sortes de titres de sa besace, vieux et moins vieux, a touché au blues avec un plaisir évident et a ainsi aisément conquis la salle.

Étiez-vous à un de ces trois concerts?

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