Nicolas Houle

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Vendredi 20 septembre 2013 | Mise en ligne à 9h16 | Commenter Commentaires (17)

Vincent Vallières, Fermont et l’analphabétisme

Vous avez sûrement entendu parler de la petite polémique entourant la nouvelle chanson de Vincent Vallières, Fermont. Ou plutôt lu – ça se passe surtout dans les médias sociaux… Vous pouvez l’entendre, ci-haut, dans cette performance enregistrée pour Le Soleil.

La petite polémique. J’insiste sur l’épithète, car cette affaire a pris une enflure démesurée, propre aux médias sociaux.

Mais commençons par le début: Vallières décide de chanter le coeur brisé d’un homme forcé de s’exiler à Fermont pour travailler. Après avoir écoutée la pièce, quelques habitants des lieux s’offusquent dans Facebook, estimant qu’on fait passer leur ville pour fantôme et leur vie là-bas comme un calvaire, alors qu’elle est paisible. La mairesse en rajoute une couche dans les médias en souhaitant s’expliquer avec le chanteur, car la pièce ne reflèterait pas la réalité des habitants.

On estime le nombre d’analphabètes au Québec à près d’un million. Cette statistique est alarmante. Mais si on doit ajouter à cela que certains savent écrire, mais ne savent pas lire, ou, à tout le moins comprendre un texte, je n’ose imaginer à combien ces chiffres peuvent grimper.

Car c’est bien de mauvaise compréhension dont il s’agit. Vallières n’a pas enregistré une infopub sur Fermont. Il s’est servi de la ville comme décor. Il relate le quotidien déchirant d’un homme forcé de s’expatrier de Trois-Rivières, loin de sa blonde et de ses enfants, pour gagner sa croûte. Et il s’ennuie. Vallières aurait pu le faire partir pour le Grand Nord, le Saguenay ou le Labrador, or il a atterri à Fermont.

Dans une grande entrevue accordée à ma collègue Geneviève Bouchard, le chanteur racontait combien il tient à son quotidien “ordinaire” et à quel point il n’est pas “star système”. Il ne doit pas être très heureux de ce qui passe en ce moment. Néanmoins, il a agi en bon gars dans Facebook:

«Je suis sincèrement désolé si le propos de la chanson a pu offenser quelques personnes, ce n’était évidemment pas mon but en l’écrivant.»

Incroyable qu’on se soit rendu là.

S’il avait fallu que Jonquière s’insurge devant la pièce de Plume et Cassonade, que Québec se mette à râler après Charlebois, que l’Algérie bloque le passeport de Jean Leloup à cause d’Alger ou encore que la province toute entière de la Saskatchewan poursuive les Trois accords, notre répertoire musical se mettrait à fondre dangereusement… Ça, c’est sans compter les chansons que les artistes d’ailleurs ont signé en s’inspirant de diverses villes.

Il ne faut pas oublier qu’il y a ça de bon avec les chansons qu’on n’aime pas: on peut toujours peser sur “skip” ou baisser le volume lorsqu’elles passent à la radio.

Sur ce, je vous laisse sur la magnifique Schefferville, le dernier train, de Michel Rivard, tirée de ce qui reste, à mes oreilles, son meilleur album: Sauvage. Je me demande comment Fermont l’aurait accueillie, celle-là, qui figure parmi les grandes chansons du répertoire québécois.


  • cette micro-polémique est tellement ridicule. Ne nous demandons pas pourquoi les artistes populaires québécois chantent un répertoire aussi «beige». La moindre insignifiance se termine par un topo aux bulletins de nouvelles. C’est le bon fond de commerce québécois : ne parlons d’absolument rien qui puisse demander une lecture second niveau, exiger un débat ou tout simplement, comme dans le cas présent, prendre une image et l’observer à l’intérieur d’un ensemble. Rions de blagues sous la ceinture ou écoutons le xième album de reprises de Monsieur C., mais surtout demeurons inoffensif.

  • @morten505

    Le problème c’est qu’il n’y a pas grand monde qui peut le lire le second niveau. Habituellement ils se sont fait une idée au (gros) titre de leur Jounal de …… ou bien selon l’opinion du faiseux d’opinion souvent rattaché au dit Jounal.

  • Je crois plus que c’est un certain chauvinisme que l’analphabétisme qui est en cause ici…

    C’est leur ville et ils en sont fiers ce qui est correct et trouvent que la chanson n’est pas le reflet de tous les habitants, c’est bien certain mais c’est le plein droit de Vallières.

    On parle de la Manic ? Mais c’était une réalité pour de nombreux travailleurs.

    C’est un chauvinisme un peu mal placé mais compréhensible, rien n’interdit à un autre artiste de faire une chanson portant le même titre et parlant de la ville plus en profondeur. Un natif de la place ou un résident permanent plutôt qu’un amoureux en exil.

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2013/09/19/001-vincent-vallieres-fermont.shtml

    S’il avait écrit sur les travailleurs allant gagner leur croûte en Alberta cela aurait pas offusquer les habitants de Fermont…

    Pour revenir à la Manic, Georges D’Or faisant un peu disons contrepoids avec son histoire à toute la symbolique nationaliste, à la réussite de l’Hydro-Québec, bref à la propagande économique et politique.

    Puis le disque vient juste de sortir… Il y a toujours eu des réactions, c,est juste que de nos jours avec les médias sociaux,elles sont montées en épingle.

  • Pour Jonquière, les habitants sont fiers d’être des grands buveurs cela fait partie de la légende et du cliché et repris par de nombreux artistes.

    C’est un part de leur fierté.

  • Tout le monde a raison et tout le monde a tort dans cette affaire mais surtout on a la couenne sensible en TA !

    C`est certain que Vallieres ne voulait en rien affubler Fermont d`une valeur péjorative tout comme les fermontois sont fiers d`y demeurer et heureux de leur qualité de vie.
    Reste que pour Fermont et pour combien d`autres villes éloignées des grands centres ces exodes forcés pour raisons professionnelles existent vraiment. Qui parmis nous n`a pas connu dans son entourage immédiat quelqu`un qui a travaillé à la baie James par exemple ?

    C`est une chanson qui dépeint une réalité triste et mélancolique mais qui parle des vraies choses et du tissus québecois . Je trouve tres dommage qu`on en fasse tout un plat et pour une fois j`espere sincerement que cette publicité soit elle négative bénéficiee à un maudit bon gars qui n`a pas un iota de méchanceté en lui.

  • http://www.985fm.ca/national/nouvelles/la-ville-de-fermont-indignee-par-une-chanson-de-vi-267185.html

    «Ça ne parle pas des gens qui habitent à Fermont»…

    C’est cela qui désolent ces gens tout simplement et ils ne diffèrent pas tellement des autres québécois qui veulent avoir le regard approbateur de l’étranger, des artistes en tournée ou des sportifs.

    C’est une part du même complexe, on recherche à être aimé. Donc ces résidents ne sont pas plus analphabêtes que le reste de la province juste aussi dépendants affectifs et un peu complexés tout en étant fiers en même temps. C’est la fierté locale mais un peu mal canalisée.

  • Intéressant.

  • Drummondville s’est fait ridiculiser durant des années et personne ne s’est vraiment offusqué mais c’était avant les média sociaux

    Au Québec on est tellement sensible, pointilleux etc

  • Moi qui me cherchais justement de quoi à écouter en ce vendredi après-midi… Sauvage va faire la job.

    Merci, Nicolas!

  • Parlant de Rivard, son beau-frère est dans les news à matin

  • ..Attention vous là. A-t-on idée de traiter ainsi les Fermontois d’analphabètes? Vous risquez l’anathème vous aussi.

    Vous avez donné toute une liste d’exemple. Plume a fait bien pire avec son «Le jour du chèque».
    Mais s’agissant de Charlebois, ce n’est pas Québec qui aurait pu se plaindre mais plutôt Saint-Jérôme. Voyez vous-même en consultant le site ci-dessous. Tordant.

    Bref, quoi qu’on fasse il y a toujours quelqu’un pour s’offusquer et s’adonner à ce nouveau sport national: Exiger des excuses.

    http://www.frmusique.ru/texts/c/charlebois_robert/unevillebienordinaire.htm

  • Zut! Ma conclusion a sauté: Et quant aux médias dits «sociaux», voilà bien une autre preuve qu’ils sont à la communication ce que la poutine est à la gastronomie.

  • Je viens de comprendre, c’est tout simple, la mairesse se sert de la chanson de Vallières comme prétexte pour faire de la politique.

    Vincent parle du travailleur qui s’ennuie mais elle avait parlé avant la sortie de l’album de la pression exercée par l’arrivée de ces travailleur sur les services municipaux…

    Ils ne payent pas de taxes à la ville …

    http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201309/03/01-4685735-le-boum-minier-de-fermont-cree-des-tensions-sociales-selon-la-mairesse.php

    La chanson parle du gars qui s,ennuie de sa blonde mais oublie de parler des tensions sociales créées par le boom minier… Mais oui…

    C’est une belle chanson pareil…

    C’est juste que les travailleurs en exil à fermont sont pas nécessairement appréciés par les locaux. La ville voudrait une compensation. Ils se servent de la chanson comme un rappel de leur cause.

  • @Lecteur_curieux,

    Vous oubliez de mentionner que les travailleurs de Fermont gagnent pas mal plus que les gens du sud.

  • la nouvelle devise du québec , ”Je suis fâché donc je suis important”

  • Non mais… d’un ridicule!! On fait pitie…

  • —-

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