Nicolas Houle

Archive du 25 février 2013

Lundi 25 février 2013 | Mise en ligne à 16h27 | Commenter Commentaires (14)

Steven Wilson : un troisième album à la manière Zappa

Steven Wilson est un artiste pour le moins fascinant. Non seulement est-il prolifique et doué, ayant mené de front les pertinents Porcupine Tree, No-Man, Blackfield et Bass Communion, pour ne nommer que ceux-là, mais c’est aussi un redoutable ingénieur de son, qui a donné un second souffle à bien des classiques du rock, en les remixant et les remastérisant.

Or voilà, Wilson se sentait à l’étroit dans Procupine Tree, comme il me le confiait dans cette entrevue. Et à vrai dire, ça paraissait un peu, le groupe commençant à se répéter à partir de Deadwing, sans pour autant être inintéressant…

On sentait avec Insurgentes (2009), son premier album solo que Wilson réalisait toutes les idées qui lui passaient par la tête au risque de mal les canaliser. Avec l’excellent Grace For Drowning (2011), il avait de toute évidence retrouvé son inspiration des belles années. Et avec The Raven That Refused To Sing, en magasin mardi, il apparaît de nouveau au sommet de son art.

Contrairement à ses deux albums précédents, où il avait invité divers instrumentistes, The Raven… a été enregistré en compagnie de la formation avec laquelle il était parti en tournée pour Grace For Drowning. Le band réunit le bassiste Nick Beggs, le guitariste Guthrie Govan, le claviériste Adam Holzman (qui a déjà fait partie du groupe de Miles Davis), le batteur Marco Minnemann et Theo Travis aux instruments à vent. Dès Luminol, en ouverture, on réalise qu’on a affaire à des musiciens de haut calibre. Le risque? Qu’on sombre dans la technique et la froide démonstration. Heureusement, ce n’est pas du tout le cas.

À la manière de Zappa, Wilson se fait chef d’orchestre-directeur artistique. Et de toute évidence, il est à l’aise dans ce rôle et sait tirer sur les bonnes ficelles. L’album lui ressemble et, en même temps, exploite d’autres territoires, en particulier celui du jazz, grâce à l’apport de Travis et d’Holzman. Govan, pour sa part, permet à Wilson d’offrir des envolées de guitares qu’il ne pouvait livrer (il faut l’entendre dans The Watchmaker), même s’il se défend très bien sur la six cordes. Les gars jouent vraiment bien, sachant se laisser aller lorsque nécessaire et faire dans la subtilité quand les pièces le commandent.

Fidèle à lui-même, le leader se repose sur un concept: des histoires de fantômes, racontant la disparition de proches. Pour les partager, les textes autant que les passages instrumentaux sont mis à contribution. Mais ici, plus que sur d’autres projets, Wilson entre entièrement dans le territoire du progressif avec six titres qui débobinent longuement. Rock mordant, envolées planantes, segments jazzy, mélodies recherchées et orchestrations raffinées sont les principaux ingrédients de cette aventure réussie.

Et comme Wilson a tenu à enregistrer l’album live en studio et ne pouvait donc être derrière la console, il a fait appel à Alan Parsons (Beatles, Pink Floyd, Alan Parsons Project) à titre d’ingénieur de son. Est-ce nécessaire de dire que ça sonne en diable?

L’une des grandes qualités de Wilson a toujours été d’explorer la veine art rock avec ambition, mais sans sombrer dans le prétentieux, le pompeux ou le kétaine qui caractérise certains bands du progressif. Nul doute qu’il est à la hauteur une fois de plus.

Vous avec suivi Wilson au fil des ans?

Vous l’attendiez, ce Raven?

Assisterez-vous au show à Montréal, le 25 avril, où Wilson sera avec son band, avec sono en quadriphonie?

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