Nicolas Houle

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Mercredi 23 janvier 2013 | Mise en ligne à 12h12 | Commenter Commentaires (13)

Pourquoi se parler en français quand on peut le faire en anglais?

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Les artistes québécois qui font carrière à l’extérieur des frontières perdraient-ils leur français plus facilement que ceux qui baragouinent les mots de Molière en langue seconde? Voilà une question qu’on pouvait se poser, hier, après la première partie du spectacle The Queen Extravaganza, au Capitole. Le chanteur Marc Martel, qui a poussé à Montréal, s’est adressé au public uniquement en anglais.

Pas de salutation ou de merci en français. Après un certain temps, on sentait un sérieux malaise dans la salle, d’autant que Martel nous servait des anecdotes ou des faits historiques sur Queen. Même les musiciens américains qui ne comprennent rien à notre langue font davantage d’efforts…

Au dernier passage de Queen Extravaganza, en 2012, Martel s’était adressé à la foule en français et quand je lui ai parlé, il y a quelques semaines, il maîtrisait parfaitement la langue, même s’il pouvait chercher certains mots – normal, ça fait un certain temps qu’il est établi aux États-Unis.

J’ai l’impression que les promoteurs ont senti la soupe chaude et lui ont fait la remarque durant l’entracte, car il a fait des efforts par la suite. Après tout, l’Extravaganza créchera au Capitole pour un total de 25 dates (plus de la moitié de toute la tournée et donc des revenus) et le succès de l’aventure tient en partie à la présence québécoise dans l’équipe. Ce n’est pas le temps de froisser le public…

Cet épisode n’est pas sans rappeler celui de Charles Aznavour, en 2002. Durant ce qui est devenue sa première tournée d’adieu, il avait décidé de donner un concert bilingue: chansons surtout en français, interventions en anglais. À Ottawa, en dépit d’une forte présence du public francophone, il s’était entêté à parler en anglais au point où il y avait eu protestations dans la salle et impatience du chanteur, qui avait persisté en disant que tout le monde comprenait de toute façon… Nul besoin de dire que certains sont sortis, d’autres ont hué.

Je peux comprendre jusqu’à un certain point qu’un artiste francophone ait diverses motivations pour s’exprimer musicalement en anglais -quoiqu’il est toujours étrange de passer par une langue seconde pour s’adresser à ses pairs, dans la belle province- mais je comprends mal qu’on en vienne à ignorer complètement une langue qu’on a parlé de façon courante, même durant les interventions.

Quand des noms comme Roger Waters, Peter Gabriel ou encore Paul McCartney viennent chez nous, ils se font un honneur de sortir leur français et s’excusent lorsqu’ils ne peuvent le parler davantage. Idem pour nos anglos de Montréal, comme Patrick Watson ou Gonzales…

Cela étant dit, je ne lance pas de tomates à Marc Martel pour autre chose que cette amnésie lexicale momentanée. Il est impressionnant, le gars. Quelle voix il a et quel show il a donné avec ses comparses (ma critique ici) – et dieu sait qu’on me gagne difficilement avec les concerts hommage. Ç’a permis de mieux faire passer la pilule. Martel ne s’attirera que plus de sympathie en s’adressant à des francophones en français. Il ne faut jamais fermer la porte: peut-être un jour fera-t-il comme The Box et chantera-t-il en français…


  • Bravo pour votre commentaire fort pertinent, M. Houle.

    Le colonialisme est une maladie mentale qui fait malheureusement des ravages auprès de milliers de Québécois rampants et sans colonne.

    Il suffit de voir les nombreux invertébrés qui échangent entre eux en anglais sur Facebook. Sans oublier les animateurs de télé et les petits artistes locaux qui vomissent des anglicismes à la tonne.

    Et on ne parlera même pas des simples d’esprit qui écrivent sur des blogues sportifs et qui y dégueulent des termes anglais afin de compenser pour leur manque cruel de vocabulaire, de jugement et de profondeur.

    Une belle bande de minables et de méprisables.

  • Pas fort, effectivement…..à Montréal passe toujours car c’est plutôt 50/50 côté langue, mais à Québec, une vraie ville francophone?

    Je me disais en débutant la lecture que Martel était peut-être originaire du West Island, car même avec un nom francophone, j’en connais plusieurs qui ne parlent pas un mot de français (ou qui font semblant, tout en avouant qu’ils comprennent à peu près tout), mais non, vous dites vous-même que vous lui avez parlez il y a quelques semaines….surprenant et désolant à la fois.

  • Ayoye ! Faut être un méchant taouin imbu de soi même pour ignorer ses racines et son public !

    Tant mieux si le produit est adéquat mais je crois qu`un moment donné ,sans être un intégriste de la langue , il faut mettre son poing sur la table et s`exprimer . Et oui je crois que dans ce cas c`est plus important que le produit lui-même. C`est ca qui est pas correct dans le débat linguistique. Combien d`excuses ,de prétextes on donne pour excuser ce manque élémentaire de courtoisie ? Par un gars d`ici en plus !

    Je pense qu`il est important qu`on le dise mais surtout qu`on lui dise. Ca fait pas de lui un mauvais gars,un mauvais artiste ca fait juste de lui un gars qui visiblement ne réfléchit pas à l`essentiel et à la chance qu`il a.

  • On appelle ça de l’assimilation.

    theblob en donne une définition très juste.

    Tant qu’il y aura des malaises, il y a encore de l’espoir.
    ..

    Quant à Aznavour, si mes souvenirs sont justes, je crois qu’il avait profité de son passage à Montréal pour roder son spectacle newyorkais, d’où l’utilisation de l’anglais. Évidemment, il était de bon ton de sa part de se défendre sous le thème de la fermeture d’esprit des gens face à l’anglais. Il ne lui serait jamais venu en tête qu’il avait manqué de classe. Ni que les newyorkais venus l’entendre chanter et s’exprimer en anglais l’auraient applaudi tout du long s’il était exprimé exclusivement en français.

  • Le gars se prend peut-être VRAIMENT pour Freddie Mercury!!

  • @rogiroux Peut-être, mais ce n’est pas un show où il est imitateur. Et je suis persuadé que Freddie Mercury aurait pris la peine de saluer la foule en français, comme n’importe quel Metallica, Green Day ou Paul McCartney de ce monde…

  • J’ai un triste message…Au dernier référendum la région de Québec,tres majoritairement francophone, a voté pour le non.Pour cette raison,le oui a perdu,et la possibilité historique UNIQUE,pour les Québécois d’avoir un pays,et d’assurer ainsi la survie de leur langue s’est volatilisée pour toujours.
    C’est pour ca qu’a Québec,Marc Martel ne parle qu’anglais…il sait que c’est le désir profond de la population et le destin inévitable des québécois…
    C’est un visionnaire ,en fait!!!

  • mariolaj : Québec a voté pour le OUI à 54 %.

    Maintenant que c’est dit, est-ce qu’on peut laisser faire la politique? On parle d’une simple question de respect, ici, pas de faire un pays.

  • Notre langue,c’est notre sang,notre oxygène;la dévaloriser,de quelque façon que ce soit,est une forme de mépris.

  • il ne savait peut-être même pas qu’il était à Québec….des rock star sur la débauche ça peut être mêlé j’imagine

  • Les plus jeunes sont fascinés par l’anglais. Ils n’ont pas la fibre francophone très développée comme nous à leur âge. (Je suis un babyboomer) Faut-il s’en surprendre quand la culture anglo-saxonne domine autant la planète?

    Nous avons encore beaucoup de boulot devant nous pour donner le goût du français à nos jeunes. Et je commencerais en suggérant aux commentateurs sportifs de ne plus prononcer les patronymes est-européens avec leur fichu accent anglais. Ça sonne tellement con!

  • Probablement que c’est juste un erreur de “rodage” parce que Dimanche soir il n’a parlé qu’en français…

    Mais ça, pas de chance que se soit mentionné qu’il a corrigé le tir! Essayez de soulever un scandale où il y en n’a pas vraiment…

  • @benoitb Tant mieux si Marc a corrigé le tir, je n’ai jamais douté qu’il puisse le faire. Scandale? Ben voyons! Je ne réécrirai pas le billet, vous pouvez le lire ci-haut. Je n’ai rien contre Marc, bien au contraire. Il est hyper talentueux et sympathique. Peut-être était-il tout simplement trop nerveux, or c’était une question de respect envers le public et ça méritait d’être soulevé. Tout le monde ne parlait que de ça à l’entracte, lors du premier soir.

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