Nicolas Houle

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Lundi 10 décembre 2012 | Mise en ligne à 16h33 | Commenter Un commentaire

Albums de l’année: première fournée

Avec la fin de l’année vient les incontournables palmarès d’albums. Exercice toujours agréable -quoique parfois déchirant- qui permet de passer au tamis ce qui va rester dans notre discographie. Du moins, c’est ainsi que je l’entrevois. Très peu pour moi les albums hautement cotés pour leurs qualités artistiques, mais qui, curieusement, ne tournent pas dans le lecteur…

Que me reste-t-il de 2012? Je vous propose une liste en deux temps (la suite demain). Comme ces enregistrements sont parfois fort différents les uns des autres, j’ai assez de mal à leur apposer un chiffre. Le qualificatif me paraît plus approprié. Voici donc ma première fournée.

Le meilleur album solo d’un gars de band | Jack White – Blunderbuss

Depuis les belles années des White Stripes, aucun projet de Jack White n’a été réussi comme celui-là. C’est comme si, pour la première fois, tout le génie de l’artiste, qu’il s’agisse d’écriture, d’orchestration ou d’interprétation apparaît au grand jour. Mieux, on n’a pas que le Jack White fougueux et abrasif ici, il y a aussi celui qui sait se faire plus subtil et délicat. Aurait-on, pour la première fois, accès à ce qui se cache sous la coquille extérieure?

Le meilleur album en duo d’artistes solo | St. Vincent et David Byrne – Love This Giant

Un album en duo? Ce peut-être une très belle occasion pour rater son coup. Parlez-en à Metallica et à Lou Reed… Mais St. Vincent, alias Annie Clark, et David Byrne ont su trouver un étonnant terrain d’entente sur Love This Giant : une riche section de cuivres, tantôt omniprésente, tantôt subtile. Dans ce décor, le duo ne craint pas de recourir à des programmations modernes, des grooves funk, des segments pop ou des lignes classiques. Rarement entendu un album pop avec une signature aussi forte et éclatée qui sait demeurer accrocheur.

L’album le plus achevé | Patrick Watson – Adventures In Your Own Backyard

Patrick Watson et ses complices n’ont pas tenté de se réinventer avec Adventures in Your Own Backyard. Ils ont plutôt continuer d’affiner leur démarche artistique et y sont parvenu avec beaucoup d’adresse. Il y a ici tout ce à quoi on s’attend de Patrick Watson et de ses trois complices : une voix de fausset parfaitement maîtrisée, des atmosphères vaporeuses, des textures sonores recherchées. L’album affiche une grande cohérence. Les pièces s’enchaînent de manière naturelle, certaines se font écho et, bien sûr la thématique de l’arrière-cour s’immisce et peu partout. Un band au sommet de son art.

La plus belle découverte | Dry The River – Shallow Bed

Dry The River, c’est le pendant britannique de The National. Un heureux mélange de folk et de rock, servi dans des emballages riches et défendu par un leader ayant une voix unique ainsi qu’un don certain pour la poésie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le réalisateur Peter Katis, qui a apposé sa griffe sur les deux derniers albums de The National, a décidé de s’associer au groupe. Cela dit, c’est loin d’être une copie de ce que font les Américains. Un disque que j’ai fait tourner sans avoir la moindre idée de ce que j’écouterais et auquel je suis devenu rapidement accroc…

L’album le plus authentique | Fiona Apple – The Idler Wheel…

Sept ans à l’attendre, cet album de Fiona. Heureusement, il est aussi bon que son titre est long. Sa voix passionnée, chaude, brisée ou délicate, se retrouve à l’avant-plan, secondée par un piano minimaliste, des rythmiques inventives et quelques subtils ajouts. Pour partager ses textes introspectifs, traitant d’amour ou de maladie mentale, Apple ne semble jamais emprunter le chemin le plus évident, mais ne sombre pas d’hermétisme pour autant. Aussi costaud que touchant.

La plus belle surprise | ∆ (Alt-J) – An Awesome Wave

Avec ce premier album, les membres de ∆ (Alt-J) s’imposent comme des musiciens et des compositeurs de premier ordre. S’abreuvant autant du côté de l’électro que de la folk, ils charment les tympans avec leurs mélodies adroites, la voix atypique de Joe Newman et leurs expérimentations. Certes, on peut repérer des influences de Radiohead côté guitares, de Fleet Foxes pour les chœurs ou même de Gentle Giant dans les envolées vocales complexes, mais par dessus tout, cet album brille par sa signature forte et son bel équilibre entre sonorités électriques, électroniques et acoustiques.

L’album jazz qui ne s’en tient pas au jazz – Erik Truffaz – El Tiempo De La Revolucion

En compagnie de son quartette, Erik Truffaz a développé une signature unique, où sa trompette aérienne ne se limite jamais au jazz. Ce dixième album pour l’étiquette Blue Note n’est pas tant une rupture qu’une continuité dans la discographie de l’artiste. Avec sa touche poétique et souvent économe, Truffaz s’abandonne dans des ballades bien senties, touche au funk et propose un monologue comme le superbe Un souffle qui passe.

L’album le plus mal aimé | Lana Del Rey – Born To Die

Portée aux nues, puis dénigrée avant même que Born to Die ne paraisse, Lana Del Rey est un phénomène fascinant. Devant l’engouement suscité par le simple Video Games, tout chez la musicienne de 25 ans a été scruté à la loupe au point où l’on a souvent perdu de vue l’essentiel: sa musique est-elle bonne ou non? Même si, çà et là, on sent que certaines de ses intonations sont empruntées, cet album compte son lot de moment fort et fusionne adroitement tradition et modernité.

Les jeunes albums au vieux son | Alabama Shakes – Boys & Girls et Rival Sons – Head Down

Dans le milieu de la musique où le goût du jour règne au point d’éclipser ce qui est excellent mais qui peut être associé, à tort ou à raison, à une autre époque, il est toujours intéressant de voir des formations se tailler une place simplement par la qualité de leur matériel et par leur grand talent. C’est le cas de Rival Sons avec Head Down, carburant à un blues rock dans la lignée de Led Zep. Et c’est tout autant le cas de Alabama Shakes, avec son Boys & Girls fondu dans un rock sudiste, dans la soul et le blues rétro, défendu avec adresse et bon goût. Une très belle parution dans laquelle j’ai plongée avec un peu de retard, mais beaucoup de plaisir…

Le meilleur retour | Godspeed You ! Black Emperor – ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend!

Premier album de Godspeed You ! Black Emperor en un peu moins de dix ans, ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend! s’ouvre sur des chapeaux de roue avec Mladic, qui ronronne de toutes les manières possibles – accélérations rythmiques et efficace passage à teneur moyen-orientale inclus. Toujours en forme le collectif montréalais? Assurément, comme on peut l’entendre aussi sur We Drift Like Worried Fire. Un cadeau pour les fans.


  • Je dois être né à la mauvaise époque! lol J’ai 28 ans et j’adore Rival Sons!! (ainsi que Alabama Shakes…même si après avoir écouté 2-3 chansons, je m’étais fait des attentes plus élevées)

    Jack White, je le surkiffe depuis des années…rien de nouveau!

    St. Vincent, je l’épouserais (si elle voulait! :-P )

    Pat Watson a l’envergure d’une carrière internationale…il passe encore trop sous le radar pour le moment. (Je m’en plaindrai pas…c’est juste dommage pour lui, ave tout son potentiel)

    GY!BE: Je suis la musique…mais ça ne fait pas si longtemps…j’ai découvert ce groupe dans les derniers mois…et toute qu’une découverte!! C’est très réussi (et peu conventionnel) comme musique.

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