
«Un spectacle pour moi est improvisé dans le sens micro et macro : on planifie tout comme une intervention militaire, mais on sait que lorsqu’on met les pieds sur scène, il faut déchirer le plan d’attaque.»
Les mots, fort bien choisis, sont de Chilly Gonzales. En fin d’entrevue, il y a quelques jours, le pianiste m’expliquait combien il ne craignait pas de prendre des libertés sur scène. Tellement, que j’ai eu l’impression qu’il arriverait sans programme précis. Après tout, n’était-ce pas un one man show?
Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je me suis pointé au Petit Champlain dimanche, de constater qu’il existait ce qu’on appelle en bon français une setlist -une séquence de pièces- et que Gonzales l’a respectée à quelques nuances près. Des amis qui ont assisté à la deuxième représentation du concert m’ont confié que le programme était hautement similaire au premier, si ce n’est à la toute fin.
N’allez pas croire que je m’insurge contre Gonzales pour ça. Le show était-il bon? C’est à peu près la seule question qui compte. Trouver une bonne formule, de la même manière que dénicher la juste séquence de chansons pour un disque, peut prendre un certain temps et il est tout à fait normal d’être tenté de la respecter. Et puis, lors d’une représentation, il y a les techniciens et les éclairagistes avec lesquels l’artiste doit s’arrimer.
Or voilà, en 15 ans de métier, je ne compte plus les musiciens qui m’ont dit monter sur scène sans setlist ou qui prétendaient changer le menu d’une journée à l’autre, au gré de leurs humeurs. Comme s’ils tenaient à entretenir l’illusion d’une magie qui opérerait dans l’instant, sous les projecteurs. Il y en a assurément une, mais pour qu’elle soit au rendez-vous, ça prend beaucoup de travail en amont de la part de l’artiste ou du groupe, ainsi qu’une ligne directrice minimale. Et puis, si chaque pièce était choisie sur-le-champ, il y aurait passablement de temps morts entre chaque interprétation, non?
Beaucoup de musiciens sont désormais piégés par le Web: les fans compilent les setlists soir après soir. Du coup, on voit ceux qui jonglent véritablement avec ce qu’ils offrent. On peut aussi détecter les patterns qui s’installent: début et fin coulées dans le béton avec portion improvisée au milieu ou encore alternance entre deux types de spectacles…
Parmi ceux que j’ai vu le plus modifier les setlists, sans même que je sois capable d’identifier un pattern: les Decemberists, lors de leur dernière tournée. Je lève mon chapeau à la troupe, ça prend beaucoup de préparation, d’organisation et de flexibilité pour ça. Pour des formations bien établies, Green Day et Metallica n’ont visiblement pas perdu le plaisir d’être sous les feux de la rampe, s’assurant qu’à chaque soir il y ait quelque chose de spécial. Les vieux routiers de Marillion aussi sont comme ça, ce qui relativement étonnant de le milieu du prog, tout comme les gars de Wilco. Bref, on pourrait être tenté de conclure que c’est une dynamique qui est surtout propre aux groupes, aux musiciens qui ont l’habitude jouer ensemble, plutôt qu’aux artistes accompagnés de musiciens engagés – quoique certains s’offrent des segments solo pour se permettre cette liberté.
Que préférez-vous? Un band qui arrive avec un programme solide et bien établi, bref une formule gagnante, ou être surpris, au risque que le show ne soit pas parfaitement au point?

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toup2112
13 novembre 2012
12h08
Vous avez omis Pearl Jam à votre liste. C’est probablement le groupe qui modifie le plus sa setlist d’un spectacle à l’autre. Permettez-moi de diverger quelque peu de votre prémisse. Quelle est la dernière fois où vous avez assisté à un spectacle et que vous avez eu droit à un rappel digne de ce nom? Dans mon cas c’était au Colisée de Québec en 1991 quand les membres de Yes sont revenus sur scène après plusieurs longues minutes d’ovation de la foule et que les “roadies” aient débranché les instruments et les amplis. Ils avaient du tout rebrancher en catastrophe afin que le groupe puisse nous offrir un véritable rappel. Maintenant les artistes viennent faire leur(s) “rappels” à peine 3 minutes après la dernière chanson de la setlist. À ce compte ils pourraient jouer toutes les pièces dans l’ordre sans arrêt et surtout sans essayer de nous faire croire qu’ils nous offre un rappel en signe d’appréciation de la foule. S’il y a un moment dans un spectacle où j’aimerais être surpris c’est bien au moment du rappel.
nicolas.houle
13 novembre 2012
12h20
@toup2112 Effectivement, pour Pearl Jam. Mes exemples ne se veulent pas exhaustifs, je compte sur vous pour les enrichir! Les rappels sont également très calculés. La pièce la plus intéressante à arracher à un artiste est celle qui n’est vraiment pas prévue…
Peter_Anton_Marian
13 novembre 2012
12h40
Ça dépend du groupe en ce qui me concerne. Par exemple, je vais voir Bon Jovi à Ottawa en février. Je n’ai pas acheter un seul de leurs disques depuis New Jersey. Mettons que j’espère qu’ils vont s’en tenir au hits! Par contre, lorsqu’il s’agit de mes groupes préférés, par exemple Dream Theater, j’adorait le fait qu’à l’époque de Mike Portnoy les setlists étaient très différent d’une ville à l’autre et d’une tournée à l’autre. MP essayait de ne pas répéter ce que les gens d’une ville avait vu lors du spectacle précédent dans une même ville. Et ça permettait d’aller voir DT d’une ville à l’autre et d’avoir un spectacle différent. Impossible de prévoir ce qui allait se jouer, sauf la pièce d’ouverture du show. Ça gardait sur les talons!
raoul2008
13 novembre 2012
12h40
Je pense que Bob Dylan est assez imprévisible. J’ai lu que ses musiciens doivent apprendre une liste de plusieurs dizaines de chansons et que le soir même Dylan les informent des pièces qu’il interprêtera.
fordan
13 novembre 2012
12h56
Aussi intéressant que pertinent votre article monsieur Houle. Cela rejoint mes expériences de show ou les ‘re-usable shows’ si chers à Roger Waters. Il y a des exceptions, Pear Jam mérite pleinement cette mention. Peu amateur de bootlegs, j’en ai tout de même quelques-uns et c’est l’improvisation que je recherche dans ces bootlegs et ma palme, à cet égard, revient à King Crimson. La tournée Islands, avec Boz Burrell, Ian Wallace, Robert Fripp et surtout Mel Collins est renversante. J’ai six bootlegs de cette période et ça change tout le temps, en particulier Mel Collins qui joue un saxo déjanté imprévisible. Je peux dire la même chose de la tournée Lark’s Tongue, Fripp s’éclate, la pièce ‘Fracture’ est reprise tellement de fois, jamais de la même façon (réf. les quatre albums de Great Deceiver et les bootlegs).
@toup2112
Toujours le fun d’entendre évoquer Yes, quel band!
livebabylive
13 novembre 2012
12h58
Pearl Jam est un bon exemple, mais avant 1998, ils fonctionnaient vraiment sans setlist. Maintenant, Vedder choisit la plupart des chansons (sauf le rappel, mais il le pige souvent d’une liste pré-établie en finissant presque toujours par Yellow Ledbetter) en après-midi, tentant de différencier les chansons non seulement du show de la veille, mais aussi de la dernière apparition dans la ville où il est. Ce qui reste remarquable.
Par contre, j’aime aussi la façon de procéder de Jean Leloup: apprenez toutes mes tounes, mon setlist est de 5 tounes, après, je verrai avec (l’énergie de) la foule ce qu’on fera, tout peut y passer, même une chanson pas jouée depuis 10 ans.
nicolas.houle
13 novembre 2012
12h59
@raoul2008 Vrai. À une certaine époque, Peter Hammill se targuait aussi de faire ça et de décider quelques minutes avant de monter sur scène ce qu’il ferait, mais il avait pas mal moins de musiciens que Dylan avec lui.
jacquesboivin
13 novembre 2012
13h08
Radiohead est un groupe qui varie beaucoup ses setlists. Il y a bien un noyau dur de pièces (ils ont du “nouveau” matériel à présenter), mais dès qu’on entre dans les “classiques”, tout peut se produire (sauf Creep). Le spectacle que le groupe a donné au Centre Bell en juin était assez différent de celui que j’avais vu une semaine plus tôt au Tennessee.
Mais c’est un domaine où je ne suis pas difficile. Tant que les émotions sont là, je suis heureux.
jeanji
13 novembre 2012
13h15
Pearl Jam, dans le fond Eddie Vedder seulement nous a déja gardé à Ottawa jusqu’à 2ham, avec sa guitare et ses histoires. à répondre aux demandes de la foule qui restait. Moment magique …
nicolas.houle
13 novembre 2012
13h25
@jacquesboivin Radiohead? Tout à fait! Je me souviens du show que j’avais vu à Wilfrid Pelletier (oui, j’ai fait partie de ces chanceux). La première soirée à laquelle j’ai assisté n’avait rien à voir avec la deuxième…
Peter_Anton_Marian
13 novembre 2012
14h04
Mon blus beau moment de rappel: Rik Emmett dans un défunt bar de Québec. Il venait de quitter Triumph. Il a fait son show, premier rappel et thank you, good night. On a demandé son retour pendant 30 min. Il est revenu et a expliqué que son groupe n’était ensemble que depuis 6 semaines, il ne connaissait pas d’autres pièces, mais ils en on refait quelques unes et jammés sur du Led Zep. Magique!
blackened
13 novembre 2012
14h11
@toup2112
Ben coudonc… Yes avait fait la même chose au Forum en 1991. Se pourrait-il que ce rappel était planifié aussi???
Le pire, c’est que j’ai quelquefois vu des artistes garder leur plus gros hit pour le rappel. C’est quoi ça? Ils ont peur que la foule ne leur en demande pas?
jacquesboivin
13 novembre 2012
15h06
@blackened : on s’entend qu’il ne s’agit plus de rappels, mais de courtes pauses?
D’ailleurs, certains artistes l’assument. Metric nous même fait le coup du décompte, maintenant! D’autres nous disent carrément : “On va se rafraîchir un peu, pis on vous pousse nos grosses tounes tout de suite après!”
Les *vrais* rappels sont rares.
ace4kiss
13 novembre 2012
15h49
Pour ma part, le même phénomène ” Yes ” auquel je n’avais pas assisté malheureusement en 91, c’était produit avec le show de Roger Waters de la tournée Radio Kaos au colisée de Québec !
Un de mes plus beaux souvenirs , musicalement parlant, que de revoir M. Waters sur une scène presque entièrement déserte avec les lumières blanches de l’amphithéatre toutes ouvertes, revenir comblé son public qui en demandait encore et encore !
born2run
13 novembre 2012
16h47
Un autre maitre des setlists est Springsteen. Pour sa tournée actuelle, accompagné d’un band de 16 musiciens, plus de 170 chansons différentes ont été jouées dont plusieurs pour la première fois. Hier soir, Devils and Dust de son album solo du même nom joué Full Band pour la première fois, d’obscurs B-sides qui font surface le temps d’une soirée, des requests de la foule et des covers qui vont de Dylan en passant par les Stones, The Band, les Yardbirds, etc,
ace4kiss
14 novembre 2012
02h36
@ born2run
J’ai assisté au spectacle du Boss à Dublin cet été, et c’était vraiment magique, pleins de rappels, et bcp d’inédits selon mes pôtes qui sont de plus grands fans que moi de M. Springsteen, et un public à fond la Guinness survolté !
Un véritable orgie musicale de très grande qualité !
Un rêve que j’ai finalement réalisé et que je ne suis pas prêt d’oublier !
born2run
14 novembre 2012
10h51
@ace4kiss
Je viens de le voir à Ottawa le mois dernier. Mon 10è show du boss (tu peux comprendre mon username). Il nous a emmené encore une fois dans des territoires inconnus avec un choix brillant de chansons, du crowd surfing (à 63 ans!) et des audibles. En rappel, un request d’une fille à qui il mentionne : we never ever get this one, I’m gonna play it solo! Et il se lance dans une version acoustique de Queen of the supermarket, chanson bien ordinaire de son opus précédent mais magnifique en version acoustique solo guitare.
seagull
14 novembre 2012
12h53
The Tea Party, à une certaine époque, à défaut de savoir s’il variait le setlist, savait inclure des jams et des extraits d’autres pièces à même les leurs. Je cite ici : Jeff Buckley, U2, Moby, Nine Inch Nails, Led Zeppelin (ben voyons donc, l’évidence!), Leonard Cohen, David Bowie, et tutti quanti.
Pour Pearl Jam, c’est l’instinct de Mr. Vedder qui est l’élément-clé. Et il est rarement en défaut…
bandit_boy
14 novembre 2012
14h20
Je me souviens des Ramones dans le temps qui changeaient leur set list à chaque concert! À chaque soir les spectateurs étaient plongés dans l’inconnu et ne savaient à quoi s’attendre…
benoitb
19 novembre 2012
13h18
Je dirais que Jack White nous suprend régulièrement avec une ou 2 chansons (Si vous vous attendiez à Two against One lors de sa dernière visite au Qc, vous n’êtes pas honnêtes!)
Sinon, comme mentionné…Pearl Jam!
On parlait justement du sujet des “rappels” dernièrement…c’est rendu du n’importe quoi. Pourquoi il n’y a pas des artistes qui font des rappels que lorsqu’ils le “sentent” vraiment?
sarahdumi
19 novembre 2012
14h15
J’ai déjà été une immense fan de Simple plan (devrais-ja voir honte, peut-etre, mais j’assume)
Pour les avoir vu de nombreuses fois, je peux vous dire qu’ils ont une setlist coulée dans le béton, et que même leurs jokes sont préétablies. Ça en est lassant, et très décevant ! C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle j’ai perdu beaucoup d’intérêt pour eux. Ça et le fait que j’ai développé mes connaissances musicales