Nicolas Houle

Archive du 13 novembre 2012

Mardi 13 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h14 | Commenter Commentaires (21)

Ces «setlists» qu’on prétend improvisées

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«Un spectacle pour moi est improvisé dans le sens micro et macro : on planifie tout comme une intervention militaire, mais on sait que lorsqu’on met les pieds sur scène, il faut déchirer le plan d’attaque.»

Les mots, fort bien choisis, sont de Chilly Gonzales. En fin d’entrevue, il y a quelques jours, le pianiste m’expliquait combien il ne craignait pas de prendre des libertés sur scène. Tellement, que j’ai eu l’impression qu’il arriverait sans programme précis. Après tout, n’était-ce pas un one man show?

Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je me suis pointé au Petit Champlain dimanche, de constater qu’il existait ce qu’on appelle en bon français une setlist -une séquence de pièces- et que Gonzales l’a respectée à quelques nuances près. Des amis qui ont assisté à la deuxième représentation du concert m’ont confié que le programme était hautement similaire au premier, si ce n’est à la toute fin.

N’allez pas croire que je m’insurge contre Gonzales pour ça. Le show était-il bon? C’est à peu près la seule question qui compte. Trouver une bonne formule, de la même manière que dénicher la juste séquence de chansons pour un disque, peut prendre un certain temps et il est tout à fait normal d’être tenté de la respecter. Et puis, lors d’une représentation, il y a les techniciens et les éclairagistes avec lesquels l’artiste doit s’arrimer.

Or voilà, en 15 ans de métier, je ne compte plus les musiciens qui m’ont dit monter sur scène sans setlist ou qui prétendaient changer le menu d’une journée à l’autre, au gré de leurs humeurs. Comme s’ils tenaient à entretenir l’illusion d’une magie qui opérerait dans l’instant, sous les projecteurs. Il y en a assurément une, mais pour qu’elle soit au rendez-vous, ça prend beaucoup de travail en amont de la part de l’artiste ou du groupe, ainsi qu’une ligne directrice minimale. Et puis, si chaque pièce était choisie sur-le-champ, il y aurait passablement de temps morts entre chaque interprétation, non?

Beaucoup de musiciens sont désormais piégés par le Web: les fans compilent les setlists soir après soir. Du coup, on voit ceux qui jonglent véritablement avec ce qu’ils offrent. On peut aussi détecter les patterns qui s’installent: début et fin coulées dans le béton avec portion improvisée au milieu ou encore alternance entre deux types de spectacles…

Parmi ceux que j’ai vu le plus modifier les setlists, sans même que je sois capable d’identifier un pattern: les Decemberists, lors de leur dernière tournée. Je lève mon chapeau à la troupe, ça prend beaucoup de préparation, d’organisation et de flexibilité pour ça. Pour des formations bien établies, Green Day et Metallica n’ont visiblement pas perdu le plaisir d’être sous les feux de la rampe, s’assurant qu’à chaque soir il y ait quelque chose de spécial. Les vieux routiers de Marillion aussi sont comme ça, ce qui relativement étonnant de le milieu du prog, tout comme les gars de Wilco. Bref, on pourrait être tenté de conclure que c’est une dynamique qui est surtout propre aux groupes, aux musiciens qui ont l’habitude jouer ensemble, plutôt qu’aux artistes accompagnés de musiciens engagés – quoique certains s’offrent des segments solo pour se permettre cette liberté.

Que préférez-vous? Un band qui arrive avec un programme solide et bien établi, bref une formule gagnante, ou être surpris, au risque que le show ne soit pas parfaitement au point?

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