Nicolas Houle

Archive du 8 avril 2011

Vendredi 8 avril 2011 | Mise en ligne à 10h57 | Commenter Commentaires (11)

Cantat: l’histoire se répète

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La possible -pas tant que ça, finalement- présence de Bertrand Cantat sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, a fait couler de l’encre toute la semaine, venant même teinter la campagne électorale. Impression de déjà vu? En 2008, quand Cantat rejoignait les rangs de son groupe Noir Désir, le même genre de débat faisait rage. Tellement, que tout au long de la semaine, j’ai hésité à écrire sur le sujet, ayant l’impression que je me répéterais. J’ai fouillé dans mes archives et ressorti cette chronique de 2008, où je me demandais si Noir désir pourrait renaître.

Cette histoire soulève une foule de questionnements quant au pardon. Quant au fonctionnement de notre société, aussi. Pourtant, Cantat est loin d’être le premier artiste a avoir commis un crime et à tenter de vouloir se refaire une vie en faisant ce qu’il sait faire de mieux. Or sous les feux de la rampe, le pardon semble plus difficile à accorder que dans l’ombre…

Tiré des archives du 15 novembre 2008, donc:

Noir Désir : le possible retour

Nicolas Houle

En moins d’un après-midi, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : Noir Désir est de retour. Oui, oui, la formation menée par Bertrand Cantat reprend du service. Encore incrédule? Allez télécharger les deux chansons disponibles dans le site officiel du groupe, le Noirdez.com, pour vous en convaincre.

“Un assassin qui reprend le micro”, s’inquiètent les uns. “Un homme qui a purgé sa peine”, corrigent les autres. Entre les deux, des fans partagés, qui ne savent pas s’il est permis d’échapper un “hourra” à l’idée de renouer avec le groupe-phare du rock français. Malaise il y a. Forcément. Le chanteur-vedette Bertrand Cantat, on s’en souvient, avait été condamné à huit ans de prison pour avoir frappé à mort sa compagne, la comédienne Marie Trintignant, à la suite d’une dispute, en 2003. L’an dernier, après avoir purgé plus de la moitié de sa peine, il a eu droit à une liberté conditionnelle.

Cantat n’est pas le premier artiste à faire un détour par la prison pour des actes de violence. On n’a qu’à songer aux déboires du défunt roi du funk, James Brown, par exemple. Les affaires de meurtre, cependant, sont moins communes. Or là non plus, Cantat n’est pas en train d’écrire une page d’histoire. Prenez Huddie Ledbetter (1888-1949), mieux connu sous le surnom de Lead Belly. Cette légende américaine du folk et du blues a inspiré une panoplie d’artistes, de Bob Dylan aux Rolling Stones, non sans avoir été un habitué des pénitenciers. Un mauvais garçon, ce Lead Belly. Mais un artiste d’exception. Après avoir été condamné à 30 ans de prison en 1918 pour avoir tué un homme lors d’une rixe, il a obtenu sa libération en écrivant une chanson qui aurait convaincu le gouverneur du Texas de le gracier. De retour derrière les barreaux en 1930, à la suite d’une tentative de meurtre, il est visité par les musicologues John et Alan Lomax. Ceux-ci, subjugués par son talent, enregistrent une centaine de ses chansons pour la librairie des Congrès et font signer une pétition qui permettra à Lead Belly d’être gracié une seconde fois. Comme quoi le pire n’a pas toujours raison du meilleur.

Si Cantat était plombier ou vendeur de chaussures, le voir reprendre son boulot laisserait tout le monde indifférent. Ou presque. C’est plutôt le fait qu’il puisse retourner sur scène, adulé par la foule, qui dérange. Pourtant, comme tout artiste qui se respecte, il est une sorte de miroir de société. Une société où existe une violence conjugale qui peut mener au pire. Une société qui punit ces manifestations de violence. Et, enfin, une société qui donne une seconde chance aux fautifs. Cantat l’a prise, cette deuxième chance, en décidant de continuer de faire ce qu’il sait faire de mieux. Au final, c’est le public qui tranchera à savoir s’il a fait le bon choix ou non.

Je ne sais trop si Noir Désir a longuement mûri sa stratégie de retour, mais elle est habile. Dans le site Web, où l’on offre la composition Gagnants/ Perdants ainsi qu’une reprise du Temps des cerises, on explique que ces titres ne pouvaient attendre avant d’être mis à la disposition des fans, le premier étant “en réaction au contexte actuel”, le second étant né dans “l’urgence”.

Cette invitation, aussi sobre que gratuite, à télécharger musique, livret et textes fait mouche : le serveur est saturé de visites. Il faut dire qu’outre l’effet de curiosité, les pièces sonnent plutôt bien. Si le spectre du passé de Cantat demeure, il reste que la frénésie a même gagné certains médias. “Pour une surprise, c’est une surprise, et une belle, et une grosse, et une heureuse”, écrit-on chez les Inrockuptibles.

Nul doute : Noir Désir et le public sont en train de s’apprivoiser en vue d’un grand retour qu’on croyait impossible, il y a peu. Un retour qui mettra les idéaux sociaux à l’épreuve. Et qui ne laissera personne indifférent.

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