Nicolas Houle

Jeudi 28 mai 2015 | Mise en ligne à 10h28 | Commenter Commentaires (5)

La fin pour Sillons, la fin d’une époque

sillons

Sillons le disquaire tire sa révérence. Comme on peut le lire ici, les proprios ont décidé fermer leurs portes à l’automne. Ils partent la tête haute, prenant le temps de faire les choses en bonne et due forme et continuant de servir leur clientèle jusqu’à la toute fin.

Avec Sillons s’envole un des derniers disquaires indépendants et «physiques» se consacrant uniquement au neuf au Québec. Si elle est regrettable, cette fermeture annoncée n’est pas forcément étonnante. Ce qui est surprenant, c’est que la boîte appartenant à Denis Jodoin et à Guy Piché ait su durer si longtemps dans l’adversité, devant l’effondrement de l’industrie du disque.

En effet, on voit bien dans le milieu que les rares disquaires restants ont soit considérablement varié leur contenu, comme HMV, soit opté pour le volume, soit tout simplement fermé leurs portes. Même la chaîne Archambault, qui pouvait aussi miser sur la vente d’instruments, de DVD, de livres et de jouets, devrait passer dans le giron de Renaud-Bray, si la transaction est approuvée.

Nul doute que la culture en prend une fois de plus pour son rhume. Vous me direz qu’on écoute autant de musique qu’avant, que la façon de la consommer s’est simplement transformée et c’est très vrai. Loin de moi l’idée de tenir un discours passéiste, or il reste qu’en troquant la qualité pour la quantité, on est loin d’être gagnant au change. En effet, la musique ne coûte plus rien, mais devant la surabondance de l’offre, qu’il s’agisse de streaming ou de téléchargement -à bas pris ou pirate, car on est loin d’avoir enrayé le piratage- on n’écoute plus la musique avec la même oreille.

vinyl-record

D’ailleurs, dans le vaste édifice du streaming, avec sa qualité sonore très imparfaite, vers quoi la plupart se tournent? Trop souvent vers ce qu’ils connaissent déjà. Sinon, devant les milliers de titres que contiennent le lecteur MP3, lequel choisir? Beaucoup tranchent avec la lecture aléatoire. Du reste, la musique est devenue une trame de fond tandis qu’on fait autre chose. Évidemment on peut marcher et mâcher de la gomme, mais qui, aujourd’hui fait tourner une deuxième fois un album qui l’a rebuté à la première écoute — nombreux sont ceux qui se privent de découvrir un artiste simplement parce qu’ils n’étaient pas dans le bon état d’esprit au bon moment…

Pas pour rien que le vinyle a connu un second souffle. Car en musique comme ailleurs, less is more. Oui, gérer correctement une table tournante, dans toutes ses subtilités peut être un cauchemar et oui, certains des “nouveaux” vinyles sont une imposture et sonnent le derrière.

Mais il reste que c’est un bel objet qui force au respect, contrairement à ses successeurs – le mp3, dans son immatérialité et dans sa grande limite sonore est une insulte autant au créateur qu’à l’auditeur. D’autre part, le vinyle implique vraiment celui qui le fait tourner et le force à une écoute attentive.

Et puis, avant de l’acheter et de mettre le prix -comme on a déjà fait avec le CD-, on consulte afin de savoir ce qu’en pense la critique ou ce qu’en pense le disquaire. Car oui, il est encore temps de passer pour une petite consultation. Y compris chez Sillons, même si les heures sont désormais comptées…

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Depuis ses débuts, Patrick Watson a été en ascension constante, peaufinant son art d’un album à l’autre, jusqu’à l’immense Adventures in Your Own Backyard (2012).

Comment donner suite à pareil enregistrement? En se renouvelant ou en continuant dans la même voie ? Le Montréalais semble avoir eu du mal à trancher. D’une part, il y a quelques changements notables au plan sonore, dus au départ du fidèle guitariste Simon Angell, remplacé par Joe Grass, ainsi qu’à la présence de François Lafontaine (Karkwa) aux claviers, mais de l’autre, Watson continue de privilégier des aventures aériennes, où sa voix de fausset est parfois si haute, qu’il n’en reste qu’un filet.

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Si l’album démarre de manière prometteuse avec la pièce-titre, Good Morning Mr. Wolf ou Hearts et ses harmonies vocales réussies (un des aspect intéressant de l’album, d’ailleurs), par la suite on s’enlise peu à peu dans des titres de facture sonore, orchestrale et structurelle similaires, où la retenue frôle l’excès et où l’on cherche la puissance mélodique à laquelle Watson nous a habitués.

Le mixage, qui manque sérieusement de relief et tend à étouffer les crescendos, n’aide en rien.

Love Songs For Robots est un album feutré, assez linéaire, qui compte assurément de bons passages, mais qui souffre au jeu des comparaisons avec ses prédécesseurs.

J’avais déjà quelques réserves lorsqu’on a annoncé qu’on offrait une carte blanche sur les plaines d’Abraham à Patrick Watson pour le prochain Festival d’été – sa place est assurément au Pigeonnier. À l’écoute de cet album, j’en ai encore davantage.

Évidemment, Watson et sa bande pourront donner plus de mordant aux pièces sur scène, mais je ne suis pas sûr qu’il a là la meilleure collection de compositions pour un gros show extérieur. Il devra se faire créatif. Mais en ce domaine, il est habituellement en contrôle…

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Visiblement, Ian Anderson tient à ce que les albums de Jethtro Tull résistent à l’usure du temps. Après avoir réédité l’ensemble du catalogue du groupe il y a une douzaine d’années, il refait l’exercice, cette fois avec la complicité de Steven Wilson (Porcupine Tree).

Plusieurs titres ont déjà été dépoussiéré avec un traitement royal, dont l’inévitable grand classique qu’est Thick As A Brick. Pas sûr que tous méritent des éditions de luxe, par contre… Certains, comme Warchild, sont nettement moins forts et ont moins bien vieilli, mais en bon père de famille, Anderson ne semble pas vouloir commettre d’injustice…

Donc pour dépoussiérer Minstrel in The Gallery, paru en 1975, Anderson a fait les choses en grand : Steven Wilson signe un nouveau mixage superbement équilibré, ramenant le chant, éclairci, à l’avant-plan, donnant plus de mordant aux guitares et à la basse et retranchant les effets d’écho trop prononcés. À cela s’ajoutent des enregistrements de la BBC, des versions alternatives inédites ainsi qu’un concert de l’époque.

Le tout est offert en stéréo, ainsi qu’en 5.1. Un transfert sans compression de la version originale est aussi inclus. Un costaud livret de 80 pages, richement documenté, couronne le tout.

La parution serait d’un intérêt limité si la musique n’était pas à la hauteur, or voilà, les pièces rassemblées ici figurent parmi le meilleur ce qu’a enregistré Jethro Tull : les compositions sont brillantes, les orchestrations, qui mettent à contribution une section de cordes, étoffées, et l’exécution impeccable.

Fait intéressant, il n’y a pas de baisse de régime ou de creux vague. Chaque piste est à sa place et le produit final apparaît moins figé ou forcé que sur une parution comme A Passion Play (dont la la version préliminaire, qui figure en pièces détachées sur Night Cap, m’apparaissait plus intéressante).

D’autre part, après l’utilisation du saxophone qui ne réussissait pas tellement bien au Tull, le groupe a sagement laissé de côté l’instrument sur Minstrel. Enfin, le chant d’Anderson -qui n’a jamais été, faut bien le dire, exceptionnel- apparaît assuré et fluide ici.

À mon sens, il s’agit du dernier grand album de Jethro Tull, avec une équipe de musiciens de premier ordre qui formaient vraiment un groupe, plutôt qu’une équipe engagée et interchangeable comme c’est devenue le cas à partir des années 80.

Certes, les Too Old to Rock’n'roll…, Songs From The Wood, Heavy Horses comptent aussi des moments forts, mais jamais le band n’a signé, par la suite, d’autres albums aussi réussis que celui-là.

Cette réédition, baptisée «La Grande Edition» est une belle occasion de redécouvrir cet enregistrement.

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