Nicolas Houle

Jeudi 16 octobre 2014 | Mise en ligne à 12h02 | Commenter Commentaires (2)

Austérité: Budweiser à la rescousse du Cercle

918285-directeur-general-cercle-rue-saint

Les diffuseurs de contenu culturel n’ont jamais eu la vie facile, mais depuis environ trois ans, on sent qu’on est sur une pente descendante à Québec. Après les belles années où le public avait développé de bonnes habitudes de sortie et où l’offre et était au beau fixe, le ciel est pas mal plus ennuagé.

Jetez un oeil du côté du Colisée: je ne sais pas si c’est volontaire, afin de marquer un «avant» et un «après» l’avènement du nouvel amphithéâtre, mais un seul show est prévu cet automne. Quelle grande vedette viendra donc? Un groupe hommage à Pink Floyd! Preuve que ça ne va pas particulièrement bien, on a décidé de déplacer ce spectacle au pavillon de la Jeunesse.

Quiconque suit un tant soit peu ce qui se passe dans le milieu culturel a de quoi s’inquiéter pour ce qui se brassera quand l’amphithéâtre arrivera: le public sortira-t-il encore moins dans les lieux autres que le vaste aréna? Est-ce que les salles se videront au profit de l’amphithéâtre et de ses configurations variables?

Ces questions, pertinentes, on les a déjà posées. On est rendu à un autre stade. Car si les Arts sont un miroir de la société, l’offre culturelle est un baromètre social: quand les gens sortent moins, ce n’est pas seulement parce que l’offre est moindre ou qu’elle leur semble moins attrayante, mais aussi parce qu’ils ont moins de sous à dépenser. Et c’est dans l’ordre de choses: les coûts des taxes et services, de même que des biens de consommation sont loin d’être à la baisse, tandis qu’il y a un climat d’austérité qui prévaut, coupures et fermetures étant devenu un vocabulaire utilisé au quotidien.

Le Cercle, lieu dynamique accueillant autant l’émergence musicale que l’underground et les figures de l’indie n’échappe pas à la morosité ambiante. Pour se sortir du pétrin, la salle de spectacles située sur Saint-Joseph a opté pour un partenariat avec Budweiser, comme le révélait ma collègue Valérie Gaudreau. Certains représentants de la gauche crieront au scandale, mais entre mourir ou survivre, pourquoi pas un partenariat, aussi singulier puisse-t-il paraître?

Évidemment, faut savoir lire entre les lignes. Budweiser a des intérêts à s’implanter dans le milieu et à se développer une nouvelle clientèle. Et derrière, il y a des géants qui aiment s’associer avec ce commanditaire, comme Live Nation ou AEG qui placent leurs billes. Traditionnellement Live Nation ne gère pas d’amphithéâtre. C’est plutôt sa rivale, AEG, qui s’y intéresse. Or comme Quebecor est en place pour le nouveau Colisée, les deux compagnies joueront du coude pour amener leur offre en ville et vendre leurs tournées.

Par ailleurs, Live nation est partenaire naturelle d’evenko —et donc du Centre Bell—depuis un bail et evenko ne veut certainement pas laisser Québécor lui faire de l’ombre. De toute évidence, chaque pièce dans l’échiquier du showbizz est importante pour ces gros joueurs, tandis que les plus petits chamaillent pour leur survie.

Bref, ça joue dur dans le milieu et ça ne fait que commencer. Il ne faut pas se leurrer, le Sommet Vision Culture 2025 tenu par la ville de Québec, fin septembre a pris l’allure d’une vaste entreprise de relations publiques pour calmer les inquiétudes du milieu et de la population. Or les pensées magiques et la poudre aux yeux ne pourront pas éternellement fonctionner. Il faut arriver avec des solutions concrètes rapidement et à ce chapitre, le Cercle a bien fait de réagir.

Pas sûr que Bud fracassera des records de vente au Cercle ou que cette bière deviendra soudainement attrayante ou plus comestible, mais je suis certain que les amateurs de musique seront heureux de remplir les lieux quand ils ont auront de la visite de bands qui nous visitent rarement comme ç’a été le cas avec Beach House, il y a peu… Reste juste à espérer que le Cercle ne perde pas son âme dans l’équation et conserve son ouverture envers les différents genres.

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article

 

Vendredi 10 octobre 2014 | Mise en ligne à 12h01 | Commenter Commentaires (4)

Les vagues de Beach House à Québec

En cette période où le public se fait prier pour sortir et apprécier l’offre culturelle, il faisait bon, jeudi, de voir le Cercle rempli à pleine capacité pour le passage du duo Beach House. Je ne m’attendais pas à moins, remarquez: le band est auréolé d’un buzz durable depuis la sortie de son troisième album, Teen Dream (2010) et de son arrivée chez Sub Pop. Et puis il était à sa toute première halte en ville…

J’étais bien curieux de voir la formation à l’oeuvre, d’autant qu’elle venait augmentée de trois musiciens: un batteur, un bassiste et un guitariste. J’ai apprécié ma soirée, mais je suis loin d’en être ressorti renversé.

D’entrée de jeu, Victoria Legrand (voix, claviers) et Alex Scally (guitare, basse, claviers, choeurs) ont rappelé qu’ils étaient d’abord un duo et ont donc lancé le spectacle à deux, armés de leurs boîtes à rythmes et de leurs programmations. Pour tout dire, ç’a débuté assez lentement.

Victoria Legrand, charismatique sous sa longue tignasse, a noué contact adroitement en causant avec le public en français et en racontant quelques anecdotes, notamment sur sa grand-mère, originaire de Sherbrooke.

Quand le batteur s’est joint à la bande, une dynamique plus intéressante s’est installée. Parmi les titres convaincants, il faut souligner l’excellent A Walk in the Park. On appréciait le travail minutieux de Scally côté son ainsi que la voix riche et assurée de Legrand. Par contre, il y avait une retenue constante et on ne sentait pas que les pièces s’imbriquaient de manière à créer un momentum. Autrement dit, on avait des vagues et des creux de vagues…

Environ à mi-chemin, l’arrivée d’un bassiste et d’un autre guitariste a permis d’enrichir passablement la proposition. Les bons coups ont été plus nombreux, mais là encore, c’était en dents de scie: on accélérait souvent pour revenir au neutre…

On peut blâmer la séquence choisie -le pacing, en bon français- mais il y a d’autres éléments. D’abord, la dream pop de Beach House gravite toujours autour des mêmes tempo, ce qui ne permet pas de grandes variations. Ensuite, le duo tient à rester collé aux moutures de base de ses chansons: les boîtes à rythmes et les pistes enregistrées sont toujours présentes, même quand ils sont cinq sur scène, ce qui tient les musiciens en laisse. Les pièces auraient pu être amenées ailleurs et auraient pu bénéficier d’un peu de variantes ou d’improvisation…

Cela dit, la bande savait où elle s’en allait. Et hormis quelques notes mal placées du côté de la voix -attribuables peut-être aux harmonies ou aux effets de flanger qu’affectionne Legrand, je n’ai pas parfaitement réussi à mettre le doigt dessus- il n’y avait pas grand chose à redire de l’exécution.

Donc quand ça fonctionnait, ça fonctionnait vraiment bien: je pense à 10 Mile Stereo, solide, avec un crescendo senti ou à Myth, qui a conclu le spectacle de manière impeccable.

Bien content d’avoir eu la chance de voir le band à Québec, mais pour ratisser un peu plus large, Beach House aurait intérêt à varier un peu sa proposition, sans quoi il risque de plafonner.

Vous y étiez?

Lire les commentaires (4)  |  Commenter cet article

 

Mercredi 8 octobre 2014 | Mise en ligne à 12h06 | Commenter Commentaires (2)

Radiohead: l’électro de Yorke vs. l’art rock de Selway

Il y a quelques jours, on apprenait que les gars de Radiohead se réunissaient en studio pour un possible nouvel album. Entre-temps, on a deux membres qui viennent de nous offrir de quoi patienter… ou s’impatienter, c’est selon.

Thom Yorke nous a fait la surprise d’un album électro minimaliste. Surprise? La parution soudaine en était une, oui. Le côté électro, pas vraiment. Avec The Eraser, Yorke avait laisse libre cours à ses intérêts pour cet emballage musical, qui s’était d’ailleurs transporté partiellement sur King of Limbs, le plus récent Radiohead. Même avec son band Atoms for Peace, on remarquait un certain moule: approche sonore exploratoire, structures en spirale, grooves dansants, chant aérien.

On sent que, de la même manière que Yorke cherche à trouver une nouvelle manière de mettre sa musique en marché, il cherche à secouer les conventions musicales, côté structures et rythmiques. Mais à vrai dire, il ne nous étonne pas tellement sur Tomorrow’s Modern Boxes.

L’ensemble est linéaire, la variation de la palette sonore presque inexistante et le chant de Yorke ne défend pas toujours des mélodies fortes, à quelques exceptions près. Dans l’ensemble, c’est la brève ballade Interference, ainsi que Nose Grows Some, en fin de parcours, qui ressortent du lot. Pour les amateurs d’expérimentation, la longue There Is No Ice (For My Drink), instrumentale, aux tendances ambiantes, en dit long sur les intérêts actuels de Yorke, qui résident dans les boucles de rythme et les nappes sonores — mais ça, on le savait déjà…

Philip Selway, pour sa part, opte pour une approche art-rock, avec des orchestrations recherchées, parfois riches, parfois plus dépouillées. Il ne lève pas le nez non plus sur une petite touche d’électro ici et là.

Weatherhouse débute de manière prometteuse avec Around Again et son riff de basse très efficace. Il se plaît par la suite à développer des titres plus atmosphériques, ainsi qu’acoustiques.

Alors que chez Yorke on sent une certaine volonté de réinventer la roue, chez Selway, on souhaite visiblement façonner des titres de manière plus traditionnelle, avec minutie. Toutefois, arrivé à mi-parcours, Selway ne semble plus trouver les accroches nécessaires pour tenir l’auditeur, ce qui est dû le plus souvent à ses lignes vocales, qui tendent à être interchangeables, monocordes, voire plaintives. Et si, sur certains titres, ses orchestrations sont réussies, sur d’autres, comme Draw To The Lights, elles deviennent empesées.

Au final, deux albums qui comptent des éléments intéressants, mais qui ne tourneront pas aussi longtemps dans le lecteur que je l’aurais souhaité…

philip-selway-Weatherhouse

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mars 2013
    D L Ma Me J V S
    « fév   avr »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité