Richard Hétu

Richard Hétu - Auteur
  • Richard Hétu, collaboration spéciale

    Richard Hétu est le correspondant de La Presse à New York. Il a fait paraître deux romans, Rendez-vous à l'Étoile (VLB éditeur, 2006) et La route de l'Ouest (VLB éditeur, 2002), ainsi que deux essais sur les États-Unis, Sexe, fric et vote : les clés de la Maison-Blanche (Les Éditions La Presse, 2012), co-écrit avec Alexandre Sirois, et Lettre ouverte aux anti-américains (VLB éditeur, 2003).
  • Lire la suite »

    Partage

    Vendredi 6 avril 2012 | Mise en ligne à 8h11 | Commenter Commentaires (18)

    Le bonnet d’âne pour Obama

    Barack Obama a enseigné le droit constitutionnel à l'Université de Chicago.

    Barack Obama a enseigné le droit constitutionnel à l'Université de Chicago.

    J’ai déjà fait allusion dans ce billet à la controverse autour de la déclaration de Barack Obama sur son espoir «que la Cour suprême ne prendra pas une décision inouïe et sans précédent qui consisterait à bloquer une loi (la réforme du système de santé) qui a été adoptée par une forte majorité d’un Congrès élu démocratiquement».

    Plusieurs élus républicains et commentateurs conservateurs ont critiqué cette déclaration faite lundi lors d’une conférence de presse, accusant le président d’avoir voulu intimider les juges de la plus haute juridiction américaine. Le juge Jerry Smith, de la Cour d’appel des États-unis pour le cinquième circuit, a également fait connaître sa désapprobation mercredi. Nommé en 1987 par Ronald Reagan, il a donné au ministre de la Justice Eric Holder moins de 24 heures pour lui remettre une lettre de trois pages à simple interligne clarifiant la position du président concernant le pouvoir des tribunaux d’examiner la constitutionnalité des lois.

    Il s’agissait d’une demande inhabituelle, qui a été critiquée par plusieurs observateurs, dont l’analyste juridique de CNN Jeffrey Toobin. Mais Eric Holder s’y est plié hier en reconnaissant l’incontestable : les tribunaux ont le pouvoir d’examiner la constitutionnalité des lois.

    Il aurait pu également ajouter que la Cour suprême ne prendrait pas une décision «sans précédent» en invalidant la réforme de Barack Obama sur l’assurance maladie en partie ou en totalité. La plus haute instance américaine a bloqué plusieurs lois adoptées par le Congrès depuis 1803, comme on peut le lire dans ce billet publié sur le site PolitiFact.

    Obama, un ex-professeur de droit constitutionnel, n’a lui-même pas tenté de défendre sa déclaration de lundi, se contentant de préciser le lendemain que l’attitude traditionnelle de la Cour suprême vis-à-vis du Congrès en était une de retenue et de déférence. Cette précision ne lui vaut pas moins un bonnet d’âne.


    • “No court has overturned a sitting president’s signature piece of legislation in at least 75 years.”

      http://www.huffingtonpost.com/2012/04/05/republicans-judges-supreme-court_n_1406580.html?ref=politics

    • Un Mitt Romney ne pourra jamais que se tranformer pas à pas, inéluctablement, en un (pauvre) cheval. Mais posez (temporairement) un bonnet d’âne sur le front d’un homme, il restera toujours un homme…
      Paul Laurendeau

    • Quant aux hauts cris des républicains :

      “Can we just point out that one of the central platforms [PDF] of Newt Gingrich’s presidential campaign was that he was literally going to arrest federal judges who issued rulings that he didn’t like and ignore Supreme Court decisions with which he disagreed?

      Oddly, nobody on the Right uttered a peep when Gingrich made those threats … nor did they voice any outrage back in 2007 when President George W. Bush addressed the Federalist Society and warned that unelected judges legislating from the bench represented a “threat to our democracy”"

      http://www.rightwingwatch.org/content/bush-2007-unelected-judges-making-law-are-threat-democracy

    • Obama n’est pas le premier à exprimer son point de vue.

      Gingrich : “Are we forced for a lifetime to keep someone on the bench who is so radically anti-American that they are a threat to the fabric of the country?” Gingrich

      *****
      In fact, presidents have a history of directly addressing and criticizing the Supreme Court
      Harding criticized the Supreme Court for overturning the Child Labor Law in his 1922 State of the Union. In 1922, the Supreme Court found the Child Labor Law of 1919 to be unconstitutional. In his State of the Union address, President Warren G. Harding criticized the court for putting “this problem outside the proper domain of Federal regulation until the Constitution is so amended as to give the Congress indubitable authority. I recommend the submission of such an amendment.”

      Reagan criticized the court for its ruling on school prayer. In his 1988 State of the Union address, Reagan expressed his displeasure with the court’s recent ruling on school prayer:

      And let me add here: So many of our greatest statesmen have reminded us that spiritual values alone are essential to our nation’s health and vigor. The Congress opens its proceedings each day, as does the Supreme Court, with an acknowledgment of the Supreme Being. Yet we are denied the right to set aside in our schools a moment each day for those who wish to pray. I believe Congress should pass our school prayer amendment.

      Reagan directly attacked the Supreme Court for Roe v. Wade. In his 1984 State of the Union address, Reagan attacked the 1973 Supreme Court ruling in Roe v. Wade, during a discussion on abortion:

      And while I’m on this subject, each day your Members observe a 200-year-old tradition meant to signify America is one nation under God. I must ask: If you can begin your day with a member of the clergy standing right here leading you in prayer, then why can’t freedom to acknowledge God be enjoyed again by children in every schoolroom across this land?

      [...]

      During our first 3 years, we have joined bipartisan efforts to restore protection of the law to unborn children. Now, I know this issue is very controversial. But unless and until it can be proven that an unborn child is not a living human being, can we justify assuming without proof that it isn’t? No one has yet offered such proof; indeed, all the evidence is to the contrary. We should rise above bitterness and reproach, and if Americans could come together in a spirit of understanding and helping, then we could find positive solutions to the tragedy of abortion.

      Bush condemned “activist judges” who are “redefining marriage by court order.” In his 2004 State of the Union address, Bush criticized “activist judges” who, according to him, were “redefining marriage by court order”:

      Activist judges, however, have begun redefining marriage by court order, without regard for the will of the people and their elected representatives. On an issue of such great consequence, the people’s voice must be heard. If judges insist on forcing their arbitrary will upon the people, the only alternative left to the people would be the constitutional process. Our Nation must defend the sanctity of marriage.

      The outcome of this debate is important, and so is the way we conduct it. The same moral tradition that defines marriage also teaches that each individual has dignity and value in God’s sight.

      http://mediamatters.org/research/201001290019

    • Il est dangereux, en effet, de donner autant de pouvoir à des gens qui ne sont pas élus, mais nommés. Nous avons le même problème au Canada, où les juges de la cour suprême ont abrogé certaines dispositions de la loi 101.

      C’est aux peuples à décider ultimement de la légitimité des lois, pas à des vieilles perruques.

    • C’est pas pcq les autres l’ont fait que c’est correct de le faire. Obama aurait dû se taire là-dessus.

      Oui, on sait, les Répub sont pas mieux, et en plus ils chiâlent, mais on est habitués à ce type de comportement de leur part, pas besoin de s’abaisser à leur niveau…

    • Si toute vérité n’est pas bonne à dire, quand alors l’est-elle ?

    • Selon le constitutionnaliste Lyle Denniston,, les cours fédérales ne devraient se permettre d’invalider des lois votées par la représentation populaire qu’en cas de nécessité absolue.
      http://clesnes.blog.lemonde.fr/2012/04/05/quand-un-juge-met-le-president-au-coin/

    • @candela

      On pense que c’est la vérité, et ça l’est probablement, mais il n’aurait pas dû s’en mêler. Je crois en tout cas que c’est donner des munitions à l’autre bord.

      Il y a un moment où il faut tenir sa langue. Surtout lui, spécialisé en droit constitutionnel, il devrait savoir ça. Surtout s’il a la conviction que, de toute façon (en tout cas je l’espère vivement), la Cour Suprême va valider la loi…

    • Reprenons la déclaration de l’ex-professeur de droit constitutionnel:

      «I’m confident that the Supreme Court will not take what would be an unprecedented, extraordinary step of overturning a law that was passed by a strong majority of a democratically elected Congress.»

      Concentrons-nous sur «unprecedented». Essayez de ne pas rire. La tâche centrale de la Cour Suprême, sa job la plus importante, celle qui prime sur toutes les autres, celle qui érige la Cour Suprême comme gardien de la Constitution, afin d’empêcher les branches exécutives et législatives d’abuser de leur pouvoir et elle le fait depuis plus de 200 ans.

      Passons maintenant à «strong majority». Ici on peut rire sans retenue. Pas un seul vote du parti d’opposition ne fut requis pour passer une loi de 2700 pages qu’aucun législateur n’a compris ou même lu. Traditionnellement les lois de ce type sont votées avec la participation et l’accord général des deux partis.

      Ensuite, les critiques de la Cour Suprême se font entendre après un jugement, pas avant, expliquant les commentaires décrivant la déclaration comme de l’intimidation.

    • On en est rendu à devoir coiffer du bonnet d’âne un président dont la faute revient d’avoir très à coeur, avec la fermeté légitime de ses nobles convictions, l’amélioration du sort des précarisés.

      Bon! Allons-y techniquement pour le bonnet d’âne. Pour ma part jamais celui-ci aura autant ressemblé à une couronne sertie de précieux joyaux!

      L’authenticité d’un coeur qui parle fait paraître sa robustesse anodine et accessoire. Comme un médecin qui réprimande un patient qui n’a pas suivi ses recommandations. Ça prend un politicien pour lui reprocher son mouvement d’humeur.

    • @stridulation

      Je donne un exemple. A cause d’une grande peur d’intégrisme religieux, le peuple approuve une loi interdisant la construction de nouveaux lieux de cultes d’une religion donnée par reférendum. Cependant, des citoyens font appels devant la cour suprême composée de juges nommés parce qu’ils estiment que cette loi ne respecte pas la liberté de culte promue par l’état. la cour suprême rend son verdict et annule la loi parce qu,elle estime qu’elle ne respecte pas la constitution en vigueur.

      Parfaites ou non, les cours suprêmes permettent de contrôler, valider ou non certaines lois.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Cour_supr%C3%AAme_des_%C3%89tats-Unis_d%27Am%C3%A9rique

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Pouvoir_judiciaire

      je me demande où irions nous si la cour suprême n’est pas présente.

    • infophile …. avoir très à coeur, avec la fermeté légitime de ses nobles convictions ….

      Heu… lisez plutôt ceci et vous verrez que les nobles convictions de M. Obama prennent le bord…
      Obama Administration Refuses to Release Milestones Missed by Fisker under Conditions of Auto Manufacturer’s $528.7 Million Government Loan
      http://www.judicialwatch.org/press-room/press-releases/obama-administration-refuses-to-release-milestones-missed-by-fisker-under-conditions-of-auto-manufacturers-528-7-million-government-loan/

    • douche et decembre, même combat !

      HéHéHé.

    • decembre

      Provenant de votre lien:

      «the Obama Department of Energy (DOE)» !

      Eh ben! Tu parles! Je veux bien croire que le président est ultimement imputable de tout, ça demeure une formulation révélatrice des intentions qui la sous-tendent.

      Il eut sied de parler de : the Steven Chu Departement of Energy(DOE).
      Ou plus précisément de David G. Frantz, Acting Executive Director Loan Program Office US Department of Energy. Mais non! Il faut se saisir de ce cas méconnu pour illustrer vos doutes quant à ses nobles convictions. Si je ne vous connaissais pas un peu mieux, ça me porterait à m’interroger sur la noblesse de vos propres convictions.

      Voici ce qu’on peut lire sur le site que vous avez mis en lien: (judicialwatch.org)

      «President Barack Obama: President Obama makes Judicial Watch’s “Ten Most Wanted” list for a fifth consecutive year. (The former Illinois Senator was also a “Dishonorable Mention” in 2006.) And when it comes to Obama corruption, it may not get any bigger than Solyndra. »

      Vous ne trouvez pas ça un peu “gros”? D’ailleurs, la principale cause de la faillite de Solyndra, ça reste les énormes subventions chinoises au bénéfice des concurrents directs de Solyndra.

      S’il y a le moindrement de la substance dans l’affaire que vous soulevez, elle sera sûrement l’objet d’une enquête en bonne et due forme des autorités et des médias. À moins que tous soient corrompus. Pensez-y, quel journaliste ne voudrait pas auréoler sa réputation en grugeant l’os jusqu’à la moelle? Si os il y a, bien sûr!

    • Vous êtes à l’envers M. Hétu, peut-être? (Oubedon c’est moi qui suis bouchée.)

      L’attitude du Congrès envers la Cour suprême est la retenue et la déférence.

      Bien entendu j’imagine que la Cour suprême se mêle aussi de ses affaires vis-à-vis du Congrès.

      «En est une de» est un calque (mot à mot) de l’anglais is one of. Je m’excuse. pas facile quand on vit dans un pays anglais.

    • @stridulation

      6 avril 2012
      09h24
      Il est dangereux, en effet, de donner autant de pouvoir à des gens qui ne sont pas élus, mais nommés. Nous avons le même problème au Canada, où les juges de la cour suprême ont abrogé certaines dispositions de la loi 101.

      C’est aux peuples à décider ultimement de la légitimité des lois, pas à des vieilles perruques.

      __________________________________________________________

      Et d’autres gauchistes vont dirent qu’il ne faut pas laissé la légitimité des lois entre les mains du peuple, parce que ce même peuple pourrait a la limite légalisé la peine de mort comme exemple.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

  • Archives

  • publicité