Les médias ont abondamment parlé de pillage et de violence à Port-au-Prince. Ils n’ont pas non plus manqué de mentionner l’effondrement de la principale prison de Port-au-Prince. «C’était un bon sujet d’article, mais pas pour les raisons mises en avant», a critiqué jeudi le journaliste et animateur de radio anglais Andy Kershaw, qui connaît bien Haïti. Il a signé un texte qu’on peut consulter dans le quotidien britannique The Independent, article qui a été traduit en français dans le Courrier international de cette semaine.
Extraits:
«Par leur inexpérience, pour ne pas dire leur arrogance, tous les journalistes qui ont attiré notre attention sur cette prison sont passés à côté de la signification réelle de sa destruction. On nous a dit que des «criminels notoires», des «assassins», des «chefs de bande», des «dealers» s’étaient «évadés par la grande porte».
Ce qu’il aurait fallu dire sur cette prison, c’est ce qu’elle représentait pour l’Haïtien moyen. Comme celle du palais présidentiel et des anciennes casernes centrales de la ville, cette destruction était une vraie revanche sur les grands symboles de décennies d’oppression.
De plus, une bonne partie des détenus de la prison ne correspondaient certainement pas aux stéréotypes qu’ont véhiculés les journalistes. Il est de notoriété publique que les prisons d’Haïti étaient pleines de petits délinquants et autres malheureux qui n’auraient pas dû être derrière les barreaux. Comme leurs collègues arrivistes des ONG, la plupart des journalistes présents dans le pays en ce moment n’ont jamais vu Haïti dans son état quotidien de chaos et de délabrement. Ils n’ont tout bonnement pas compris que, si le tremblement de terre a aggravé leur malheur, les Haïtiens sont les champions du monde de la survie. Les pénuries, les souffrances, l’absence d’infrastructures et l’incurie des autorités y sont la règle.»
- Judith Lachapelle










montrealaise
24 janvier 2010
15h35
Je reprends ici le texte que j’ai écrit sur le blogue de Lagacé le 22 Janvier à 14h08
Les prisonniers “évadés”.
Auraient-ils dû rester dans leurs cellules et attendre qu’une âme charitable leur apporte de l’eau et du pain sec? Ou attentre un 2e, 3e, 4e tremblement de terre qui les tue?
TOUS les détenus sont-ils forcément des personnes dangereuses?
Bizarre cette façon de voir quand TOUS sont en mode survie là-bas.
numero6
24 janvier 2010
15h43
Voila encore un jugement lapidaire, sans fondement sérieux.
Des journalistes et d’autres qui répètent que la prison était pleine de bons gars, sans avoir consulté leur dossier criminel.
Dans toutes les prisons du monde, on peut trouver un gars qui pourrait ou devrait être ailleurs, mais dans des pays relativement démocratiques, comme l’est Haiti depuis quelques années, il est faux de prétendre que les prisons sont remplis d’innocents.
Je doute qu’Haïti, avant le tremblement de terre, s’amusait à dépenser ses faibles ressources à emprisonner des innocents… on en aurait entendu parler. Des Haïtiens de Montréal auraient dénoncé la situation et demandé l’aide du Canada.
montrealaise
24 janvier 2010
16h22
Les textes du Courrier international et de The Independent sont à lire absolument à quiconque désire qu’on lui mette en perspective ce qui se passe en Haiti.
Merci, Judith Lachapelle de nous avoir donné les liens.
Je me questionne encore sur la qualité de certains journalistes envoyés là-bas. Je vais taper encore sur Richard Latendresse (TVA) mais il est l’illustration meme de celui qui court après la facilité et le sensationalisme. À chaque reportage il nous montre des gens (affamée depuis 5 jours) se battant pour un sac de riz alors qu’ils sont des milliers d’autres à s’organiser avec courage et dans la dignité. Ce genre de reportage nourrit et RASSURE les esprits étroits, les ignorants qui ne veulent voir chez les haitiens qu’une gang de sauvages.
«Nous ne sommes pas des animaux!» ont crié des sinistrés aux caméramen. Elles voient clair, les victimes du tremblement de terre. Elles comprennent en 2 secondes avec qui elles ont affaire.