Dur retour au blogue aujourd’hui, que j’allais reprendre la semaine prochaine. Je suis bouleversée par la nouvelle du suicide de Nelly Arcan. Et épuisée par une journée de téléphone, à recueillir des témoignages.
Hier soir, vers 22h30, nous avons reçu un appel anonyme au journal, qui nous annonçait la terrible nouvelle. Or, comme en tout ce qui touche Nelly Arcan en général, je me suis méfié. Il y avait déjà eu de faux blogues àson nom. Plusieurs coups de fil à des personnes qui pouvaient confirmer la nouvelle mais tout le monde était sous le choc et ne voulait pas commenter.
La confirmation est arrivée juste avant 1h du matin, par un communiqué des 400 coups, où Nelly Arcan allait publier son prochain roman, Paradis clef en main. Il le fallait puisque la rumeur commençait déjà à courir sur Facebook et Twitter.
Consternation. Tristesse. Ce qu’il en faut de souffrance aiguë «pour décider de partir à 36 ans – et dieu sait qu’en lisant les romans de Nelly Arcan, on ne pouvait que constater le volcan qui couvait.
J’ai toujours eu une grande admiration pour son écriture. Malgré toutes les irritations qu’elle pouvait provoquer par son image médiatique, rien ne pouvait infirmer la force de son écriture. Putain, c’était magistral. En ce qui concerne les obsessions féminines, elle avait une approche frontale, elle allait au bout d’une logique complètement tordue d’avance, délaissant les sentiers amusants de la chick-lit ou revendicateurs du discours féministe. Elle écrivait sur ce qui n’allait pas chez la femme et comment on percevait la femme, en poussant cela à des extrémités épouvantables. Chaque fois que je lisais du Nelly Arcan, ça provoquait des chicanes de couple à la maison…
Je l’ai croisée dans quelques lancements, sans vraiment lui parler, parce qu’elle me semblait plutôt intimidante. Cette beauté froide des films de Hitchcock… Et pourtant, tout le monde le dit, il n’y avait personne de plus vulnérable. L’image était une obsession chez elle, certes, mais aussi une forme de protection bizarre. Trompeuse, puisqu’elle était constamment blessée par cette image qu’elle peaufinait sans cesse.
J’ai conservé un courriel d’elle, au lendemain de notre entrevue pour la sortie d’à ciel ouvert, où elle me suppliait de ne pas utiliser une photo précise que nous avions en archives, parce qu’elle avait eu des commentaires négatifs à son sujet. C’était une vraie panique.
Je ne l’ai pas publiée. Je le fais aujourd’hui, sans avoir l’impression de la trahir. Parce que Nelly Arcan se trompait: elle était belle sur cette photo. Mais elle était incapable de le voir, trop facilement déformée par le regard des autres.
Ayant lu et aimé tous ses livres, je me demandais souvent ce qu’allait devenir son écriture, une fois qu’elle aurait dépassé pour de bon la jeunesse. J’avoue que je ne croyais pas à sa guérison, mais je me l’imaginais devenir comme une espèce de Greta Garbo des lettres, peut-être recluse, mais sortant régulièrement des romans renversants, le regard encore plus profond sur le temps qui passe.
Je n’avais pas compris qu’elle était dans le deuil de sa jeunesse depuis longtemps. Depuis l’adolescence, en fait, que beaucoup considèrent comme une sorte de chute – elle a choisi le mot «crevaison» pour la définir.
À venir sur le blogue: des témoignages et des extraits de ses romans.
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