Chantal Guy

Archive, juillet 2009

Jeudi 30 juillet 2009 | Mise en ligne à 13h49 | Commenter Commentaires (5)

Une lecture brûlante

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Disons que ça m’a allumée un peu…

Quelques extraits, parmi des centaines d’exemples tous plus terribles les uns que les autres:

Sur la littérature du Nouveau Monde – qui aurait existé:

 

Le Téo-Amoxtli, ensemble de livres sacrés des Toltèques compilé par l’astrologue Huematzin à Tula vers 660, atteste qu’il y eut de très anciens écrits au Guatemala. Las Casas y fait allusion, lui qui – tout défenseur des Indiens qu’on le croie – a brûlé avec une obstination ravie tout ce qu’il pouvait trouver de ces manuscrits ou « oeuvre du démon ». Copan, au Honduras, pourrait bien avoir été « La Mecque  ou la Jérusalem d’un peuple inconnu » dit l’explorateur John Lloyd Stephens. Les natifs de ce district s’étaient révoltés contre les occupants espagnos en 1530; mal leur en prit. Garcia de Palacio, qui visite et admire la ville en 1576, constate: « Ils n’ont plus de livres maintenant sur leurs antiquités, je crois même qu’il n’y a plus un seul livre, et c’est moi qui l’ai. » Les aborigènes du Nicaragua possédaient aussi des manuscrits, au dire des Espagnols, peints en noir et rouge sur peau de cerf, larges d’une main et longs de neuf à dix mètres, pliés en accordéon. »

 

Du danger de consigner les dettes, en Allemagne pendant la guerre des Paysan en 1524 et 1525

 

«Pas moins de mille châteaux forts furent incendiés, au moins autant de monastères (soixante-dix pour la seule Thuringe), dont des centaines de bibliothèques furent systématiquement anéanties. (…) Les paysans illettrés savaient seulement que quelque part, dans ces objets bizarres que sont les livres, leurs insupportables dettes étaient consignées. »

 

Pendant la Commune de Paris:

 

«Rien n’est resté des collections du Conseil d’État, de l’Hôtel de Ville ni, surtout, des quatre-vingt mille ouvrages curieux et à riches reliures, chefs-d’oeuvre de typographie amassés au Louvre par l’usage des occupants successifs, les rois et les princesses. « Que de merveilles! Les éditions les plus magnifiques, les exemplaires les plus beaux étaient là soigneusement conservés.(…) Mais la beauté de cette bibliothèque n’était rien à côté de sa singularité infinie: c’était aussi celle de beaucoup de secrets, souvent d’État, puisqu’en particulier elle contenait les ouvrages interdis ou supprimés sur ordre. C’était le cas, pour n’évoquer qu’un exemple, de la collection complète du Mercure de France: la famille d’Épernon l’avait fait racheter et détruire partout, afin d’effacer le récit d’une humiliation publique subie au XVIIe siècle par le duc d’alors, gouverneur de Guyenne, qui l’avait bien cherchée mais l’avait acceptée noblement; seules ses héritiers en prenaient ombrage. L’ensemble des catalogues de la Couronne prenait soixante volumes, eux-mêmes perdus. »

 

Deuxième Guerre Mondiale:

 

«La Colombaria, bibliothèque de l’Académie des sciences et des lettres, a été entièrement perdue à Florence en 1944. Mais cette montagne de cendres est encore peu de choses à côté de la Grande-Bretagne, où l’on parle de vingt millions de livres brûlés pendant le blitz ou détruits par l’eau des pompiers, dont plus du quart rien qu’en décembre 1940

 

Prière d’un homme qui porte bien son nom:

« Dieu de la paix, disperse les nations qui se complaisent dans la guerre, cette plaie des plaies pour les livres, sanctuaires de l’éternelle vérité. »

-Richard de Bury

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Mercredi 29 juillet 2009 | Mise en ligne à 11h36 | Commenter Commentaires (4)

Juste pour lire

Mon absence des trois dernières semaines sur ce blogue s’explique par le fait que j’ai été réquisitionnée pour la couverture du Festival Juste pour rire, mais je n’ai pas pu m’empêcher de ploguer quelques lectures en lien avec l’humour… Pour votre bon plaisir, bien sûr.

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Dimanche 5 juillet 2009 | Mise en ligne à 13h37 | Commenter Commentaires (20)

À propos de La Presse du dimanche

 Croyez-moi, cela me fait autant de peine qu’à vous, la disparition de La Presse du dimanche. D’autant plus que, traditionnellement, c’était celle qui abritait les pages littéraires.

Je n’ai pas grandi dans une famille très portée sur les journaux. Chez moi, c’était la radio et la télé qui dominaient. J’ai découvert les journaux quand j’étais étudiante. Je travaillais les week-ends dans une firme de rétro-information qui scrutait les médias pour des entreprises. Et puisque j’étudiais en littérature, j’aimais La Presse du dimanche, parce qu’il y avait le cahier Livres, comme j’aimais Le Devoir le samedi pour les mêmes raisons. J’aimais La Presse du dimanche aussi parce que j’y retrouvais un calme que je ne retrouvais pas les autres jours de la semaines. Le ton journalistique y était différent – ou alors, j’étais différente les dimanches et mieux disposée à lire un journal. J’aimais notamment les articles de Richard Hétu à New York ou d’Isabelle Hachey à Londres.

Toujours est-il que les médias écrits traversent une crise importante, ce n’est un secret pour personne. Pas seulement au niveau financier, mais dans leur nature même. Je ne peux me voiler la face, moi qui, même si j’écris dans un journal, passe beaucoup plus de temps sur le Web que devant un magazine ou un journal imprimé. Je le répète, lire « l’objet » demande un état d’esprit, du moins en ce qui concerne l’information; car en ce qui concerne la littérature, je n’ai jamais eu seulement le début d’une envie d’utiliser un écran pour lire. Je ne conçois pas lire un roman sur mon ordinateur. Et j’attends d’être convaincue par le livre électronique.

Pour m’informer, c’est autre chose. Je scrute quantité de sites, et la rapidité est de mise. La lecture d’un journal est une espèce de rituel, avec le café le matin, une façon soft et très appréciée de m’éveiller au monde sans me faire agresser, ni par l’image, ni par la voix, ni par l’interactivité du Web. En revanche, j’apprécie l’interactivité de la conversation avec mon chum quand nous nous échangeons les cahiers de différents journaux, quand nous rions ou discutons à propos de certains textes, quand nous nous chicanons pour savoir qui va lire Foglia en premier.

Et si les médias écrits souffraient non pas en premier de la révolution Web, mais des contraintes de la vie moderne? Quand on s’agite à gauche et à droite le matin avant d’aller au boulot, on ne peut pas consacrer une heure à la lecture du journal. Alors on se rattrape au bureau en surfant sur l’heure du dîner, ou dans certains moments de procrastination. Il n’y a probablement que les week-ends qui offrent assez de temps de concentration, et ils durent deux jours. C’est donc pourquoi, je crois, La Presse du dimanche manquera cruellement à ceux qui se donnaient le temps de lire.

 

Je me console en me disant que je consacrerai dorénavant mes dimanches à lire encore plus de livres…

 

P.S.: Pendant la saison estivale, la section littéraire du journal sera publiée les jeudis.

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