Bien souvent, je me me sens dans mon métier comme Sisyphe roulant sa bosse pour débouler chaque semaine et reprendre courageusement la tâche impossible de rendre compte de l’essentiel de ce qui se publie… Catherine Mavrikakis me disait en entrevue qu’écrire, c’est prendre parfois le monde sur ses épaules. Lire aussi, certains jours, n’est-ce pas?
Mais il y a des périodes où j’aime les avalanches.
De bonnes et belles lectures ces temps-ci. Dont j’ai commencé à vous parler avec la Vie du lettré de William Marx.
Mais j’ai aussi lu Sans entraves et sans temps morts de Cécile Guilbert, nouvelle coqueluche de l’intelligentsia parisienne, qui réunit dans ce livre des articles fort intéressants (elle a remporté l’an dernier le prix Médicis pour son essai Warhol Spirit.) Intelligente, baveuse, belle, 36 ans, très 18e siècle, difficile pour moi de résister. Je fais toujours confiance aux femmes qui lisent Sade. Le premier texte, sur la « Noir attitude », semble avoir été écrit pour Christiane Charette…
Ensuite, L’Amérique de Joan Didion, découverte récemment par le public francophone avec L’année de la pensée magique – le récit clinique de la perte brutale de son mari. Didion est l’une de ces stars de la chronique, dans la veine du journalisme gonzo de Hunter S. Thompson. L’Amérique est un recueil de textes « mythiques », qui étaient très attendus dans la langue de Molière. Je n’ai pas regretté cette lecture très particulière qui montre l’envers du paradis dans la folie des années 60…
Parlant d’Amérique, le dernier roman de Toni Morrison, Un don, en propose une vision jusqu’ici jamais imaginée (c’est sa spécialité, dans toute son oeuvre, que de raconter l’histoire parallèle de l’Amérique). Morrison, seul Prix Nobel américain encore en vie, est l’une des plumes les plus originales de notre temps et ce dernier roman me semble - puis-je le dire? – un chef-d’oeuvre, qui me hante (comme tous les romans de Toni Morrison, d’ailleurs). J’ai fait des pieds et des mains pour obtenir une entrevue, mais l’entreprise a échoué, à mon immense déception!
Aussi, une incursion intime mais tout en pudeur dans la vie de Romain Gary, par Lesley Blanch qui fut sa compagne pendant une quinzaine d’années: Romain, un regard particulier. Un portrait plus qu’une biographie, mais très révélateur.
Enfin, aujourd’hui, en ouvrant les arrivages de la semaine, je tombe là-dessus.

Des inédits (dont les articles plein de fièvre fasciste de sa jeunesse), des analyses de spécialistes et d’amis, des entrevues, des extraits de la correspondance. Un livre magnifique, un gros format de 532 pages, que j’ai épluché toute la journée, incapable de résister.
S’il y a le Noël du campeur, il y a sûrement un Noël des lecteurs!
P.S.: Ah! Et il paraît aussi que le film Millénium sort bientôt.
P.P.S.: Tous ces livres feront l’objet d’articles dans le cahier Lectures de La Presse, bien sûr.
P.P.P. S.: J’espère ne pas avoir trop l’air d’une droguée. J’ai écrit deux fois: “pas pu résister”…