Quand on a beaucoup lu, on finit par développer un intérêt pour les livres-qui-parlent-de-livres-et-de- lecteurs. Cela peut ressembler à une mise en abîme – ou une aggravation de la dépendance – mais peut-être n’est-ce tout simplement qu’une envie de comprendre pourquoi certaines personnes choisissent volontairement de consacrer une grande partie de leur vie à la chose écrite. Peut-être parce qu’on passe la moitié de notre vie, et même plus, à dormir…
La collection «Paradoxe » des Éditions de Minuit est très intéressante à ce sujet. C’est là que sévit notamment Pierre Bayard qui nous a donné des essais vraiment originaux tels que Comment améliorer les oeuvres ratées?, Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse?, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus et, dernièrement, Le plagiat par anticipation.

J’ai reçu la semaine dernière Vie du lettré de William Marx, qui se veut un manuel de « savoir-vivre ou de savoir-livre ». Le projet: disséquer cette étrange créature qu’est le lecteur, en 24 chapitres, « parcours d’une journée ou d’un lettré imaginaire fait de tous les lettrés qui se sont succédé. »
Et ça commence bien en préambule:
« L’existence d’un lettre n’appartient pas à l’ordre des choses. Leopardi le rappelle avec justesse: la littérature est faite d’abord pour les non-lettrés. Faire des lettres le but principal d’une vie relève, à bien des égards, de l’extraordinaire, sinon de la pathologie.
C’est pourquoi un lettré, quoique savant et érudit, n’est pas forcément un sage ou un saint: il en est de fous, de vicieux et d’infréquentables.
Ce n’est pas toujours un philosophe ni même un écrivain: bien qu’il y ait, à l’évidence, des lettrés écrivains, tous ne le sont pas, de même que tout écrivain n’est pas obligatoirement un lettré. À tout prendre, un lettré se situe du côté du lecteur plutôt que de l’auteur: il a sacrifié sa vie pour faire entendre la parole d’autrui. »
Je vous en reparle…
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