
Photo Bernard Brault
Ève Dumas
J’étais, moi aussi, sous la tente bleue et jaune du Cirque du Soleil, jeudi soir, pour la première de Totem. Vous me pardonnerez mon léger retard. Je n’étais pas de ceux et celles qui tweetaient ou bloguaient l’événement en direct, même si on m’y avait invitée à titre de représentante d’un «média social».
En fait, je me demandais un peu ce que je foutais là, dans mon ancien monde (à titre d’ex-critique de théâtre, j’ai vu à peu près tous les spectacles du Cirque et tous ceux de Robert Lepage aussi), avec mon ancienne gang, dans un contexte à la fois si familier et si lointain.
Mes impressions? Beaux décors, beaux costumes, belles prouesses…
N’ayant pas à produire d’article pour le journal sur Totem, j’étais dans un tout autre état d’esprit que celui du chroniqueur culturel qui doit livrer sa copie avant minuit. J’ai tenté, autant que possible, d’apprécier l’instant présent. Mais j’ai aussi passé une partie de la représentation à me demander ce que j’aurais envie de dire sur ce spectacle, en tant que «Grano urbaine».
Puis il y avait toujours ce paradoxe qui revenait me turlupiner au cours de la représentation: me voici, assise sous un chapiteau géant, en train de regarder un spectacle qui me parle de l’évolution de l’Homme et de la vie sur terre, dans une scénographie high-tech, avec des acrobates mi-humains, mi-machines qui font des pirouettes pour me divertir, me sortir de mon ordinaire, me montrer à quel point l’humain peut être intelligent, fort, souple, persévérant, drôle, sympathique, niaiseux…
Robert Lepage ne pose pas de jugement moralisateur sur le présent de l’humanité et de la planète Terre que nous avons si bien maganée. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser à Jacques Languirand et à Pierre Rabhi, qui, tous deux, tirent la sonnette d’alarme: se réveiller ou disparaître. Le voilà, le présent de l’être humain.
Ce serait quand même un tout petit peu dommage de sacrifier une espèce capable de tant de beauté et de dépassement.
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