La lettre vient de Raymond Garneau. Je ne vous dis pas qu’il a raison, mais je vous la soumets pour fins de discussions.
GL
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Je viens d’entendre les Chefs des deux oppositions à l’Assemblée nationale indiquer leur décision respective de voter conte les hausses d’impôt proposer par le Gouvernement Marois. Les commentateurs politiques ont vitement conclu à la possibilité d’une autre élection générale d’ici quelques mois. Je crois qu’il est non seulement possible mais fortement souhaitable d’éviter une deuxième élection générale en moins de six à huit mois.
Le Gouvernement Marois, suite à sa défaite à l’Assemblée nationale sur une mesure fiscale, devra présenter au Lieutenant Gouverneur sa démission et demander à ce dernier de dissoudre l’Assemblée et décréter la tenue d’élection générale.
Cependant compte tenu qu’une élection générale vient d’avoir lieu et que l’écart entre le nombre de députés élus sous la bannière péquiste et ceux élus sous la bannière libérale n’est que de quatre, le Lieutenant gouverneur pourrait et devrait demander à l’Opposition officielle de lui dire si elle peut proposer un programme législatif qui recevrait l’aval d’une majorité de députés siégeant à l’Assemblée nationale. Dans l’affirmative un nouveau gouvernement serait assermenté et mettrait en action le plan législatif proposé.
Ce n’est que dans la négative qu’une élection générale devrait avoir lieu.
Il y a dans la jurisprudence des parlements de type britannique comme celui siégeant à Québec nombre de précédents en ce sens.
Le Gouvernement Marois se comporte comme s’il avait obtenu de la population québécoise une majorité absolue des votes lors de la dernière élection alors qu’il n’a récolté qu’à peine 32% des suffrages. Le Gouvernement péquiste agit en «bully» croyant que les partis d’opposition n’oseront pas le défaire en votant contre les hausses d’impôt proposées et être ainsi responsables des dépenses que causerait une deuxième élection en moins de 6 mois.
Mme Marois et ses stratèges font une grossière erreur. Car, compte tenu que des élections ont eu lieu le 4 septembre dernier et surtout de la faible marge dans le nombre de députés des deux principaux partis, le Lieutenant gouverneur serait tout à fait justifié de refuser la dissolution de l’Assemblée. Oui, compte tenu des circonstances, un changement de Gouvernement est possible voir même souhaitable sans passer par une élection générale immédiate.
Raymond Garneau
Député de Jean-Talon à l’Assemblée nationale de 1970 à 1978
Ex-ministre des finances du Québec 1970-1976