Chut! On ne dépense pas, on investit…
Il serait impensable, à Québec, de critiquer l’engagement de 100 millions $ annoncé mardi par le premier ministre Jean Charest pour le prolongement de la Promenade Samuel de Champlain dans la Capitale nationale.
Même François Legault, qui déplore sans cesse l’endettement du Québec, a bien pris soin, hier, de ne pas dénoncer cet ajout à la dette.
La raison est simple : ce parc linéaire, qui longe le fleuve Saint-Laurent et qui a vu le jour à l’occasion du 400 ème anniversaire de la Ville de Québec, connaît un taux de fréquentation qui a dépassé toutes les attentes.
Indépendamment de son mérite, l’annonce de la Promenade Samuel de Champlain illustre parfaitement l’utilisation à répétition de la dette par le gouvernement pour faire des cadeaux dont il n’aurait pas les moyens autrement.
Mardi, unejournaliste a demandé à Jean Charest d’expliquer pourquoi l’engagement de 100 millions $ pour la Promenade ne se retrouvait pas dans les prévisions budgétaires de la semaine dernière. Le premier ministre a prétexté qu’il s’agissait «d’un investissement» et non pas d’une «dépense». Pourtant, le budget Bachand contenait plusieurs autres investissements dans les infrastructures, et même 125 millions $ pour un leg à l’occasion du 375ème anniversaire de Montréal…en 2017!
En fait, si on a gardé le secret sur la Promenade…M. Charest l’a admis… c’était pour mieux se ménager une conférence de presse prestigieuse à l’Observatoire de la capitale, avec une vue spectaculaire du haut du 31ème étage.
Les libéraux multiplient les annonces publiques dans l’espoir d’aller en élections avant la commission Charbonneau. Aujourd’hui, c’est le Grand Théâtre de Québec qui fera l’objet d’une autre annonce par le ministre Sam Hamad. Je vous parie, encore là, qu’il ne s’agira pas d’une «dépense», mais d’un «investissement».
Techniquement, les politiciens ont raison de dire qu’un déboursé dans les infrastructures est un «investissement» et ne tombe pas dans la colonne des dépenses courantes. Les règles comptables le permettent.
Le problème, c’est que nos élus n’ont de cesse d’annoncer des «investissements» et d’empiler ainsi sur la dette. Un jour, il faudra bien s’interroger sérieusement sur notre capacité de payer, et sur ce qui est vraiment nécessaire.
Nous agissons comme le propriétaire d’une maison, déjà très endetté, qui achèterait un chalet sans que son revenu n’ait augmenté. Même s’il a un actif plus important, il n’aura pas les moyens de faire ses remboursements hypothécaires.