Gilbert Lavoie

Archive du 1 mars 2012

Jeudi 1 mars 2012 | Mise en ligne à 7h35 | Commenter Commentaires (151)

La grande manif des étudiants

La grande manifestation étudiante devant l’Assemblée nationale fera-t-elle reculer le gouvernement? «Non!» répète depuis des semaines la ministre de l’Éducation Line Beauchamp. Si elle tient la ligne, elle fera une exception à la règle. Parce qu’à l’exception de Claude Ryan, presque tous les ministres ont fini par craquer devant le lobby étudiant. Malgré ce fait, les étudiants auraient tort de tenir la victoire pour acquise : une fois au pouvoir, tous les partis politiques ont tenté d’augmenter les frais de scolarité et rien n’indique que la situation est appelée à changer.

Voyage dans le temps.

1996:
Pauline Marois, qui dénonce aujourd’hui les hausses de frais décrétées par le gouvernement Charest, avait évoqué publiquement la possibilité d’un dégel des frais de scolarité à l’automne 1996, lorsqu’elle était ministre de l’Éducation. En réaction, les leaders étudiants avaient claqué la porte du Sommet sur l’économie et l’emploi convoqué par Lucien Bouchard, parce que le gouvernement refusait d’écarter le dégel de ses réflexions.
Ironie du sort, Jonathan Sauvé, le président des jeunes libéraux du temps, défendait alors la cause des étudiants, tout comme les jeunes péquistes. Mme Marois a capitulé à quelques jours du congrès de son parti en novembre 96.

1984:
Pauline Marois n’était pas la première ni la dernière à plier devant le lobby étudiant. En 1984, le gouvernement de René Lévesque avait lui aussi courbé l’échine devant les étudiants après avoir évoqué la possibilité de lier les frais de scolarité à l’inflation. Profitant de la proximité des élections, Robert Bourassa s’était empressé de promettre un gel des frais de scolarité pour la durée du mandat suivant s’il était porté au pouvoir. Une fois élu, son ministre de l’Éducation Claude Ryan avait tenté de dégeler ces frais, mais Robert Bourassa l’en avait empêché.

1989:
Ce n’est qu’en 1989, après un gel de 20 ans, que M. Ryan a pu aller de l’avant, avec une hausse de 140 %.

1993:

Le gouvernement Bourassa prévoyait une autre augmentation de 50 % dans son budget de 1993, mais il a battu en retraite et limité les hausses au taux d’inflation de 1,9 % pour l’année budgétaire suivante.

1994:
En 1994, Jacques Parizeau a réinstauré le gel des frais. Et c’est en vain, comme nous l’avons vu plus haut, que Pauline Marois a jonglé avec un dégel en 1996.

2001:
Que les gouvernements soient péquistes ou libéraux, ils n’ont jamais obtenu la paix pendant très longtemps avec les étudiants. En novembre 2001, le gouvernement Landry s’est attiré leurs foudres lorsqu’il a tenté de revenir sur sa promesse d’ajouter 200 millions $ dans le budget de l’éducation. C’est Pauline Marois, alors ministre des Finances, qui avait proposé ce virage. Aux cotés de Sylvain Simard, alors président du Conseil du trésor, elle avait pris le micro au congrès du PQ pour faire battre une résolution forçant le gouvernement à respecter sa promesse. Bernard Landry avait alors comparé l’attitude des jeunes à celle d’un adolescent qui réclame une trottinette pour Noël à son père en chômage : «Quand le malheur et le chômage frappent la famille, est-ce qu’on va avoir de l’admiration pour l’enfant qui va dire : «Je veux! Je veux! Je veux! Tu avais dit à Noël, ça va être à Noël!»».

2002:
En janvier 2002, François Legault, qui venait de prendre la relève de Pauline Marois à l’Éducation, a également subi les foudres des étudiants, lorsqu’il a évoqué la possibilité d’un dégel dans un troisième mandat du PQ. Pauline Marois a rapidement fermé la porte à la suggestion de son collègue. Et qui d’autre s’est alors porté à la défense du gel des frais? Jean Charest! Tout comme Pauline Marois aujourd’hui, M. Charest avait promis de maintenir le gel pendant un premier mandat libéral, et de tenir un grand débat sur le financement du système d’éducation.

2005:
Porté au pouvoir en 2003, Jean Charest n’a pas tardé lui aussi à s’attirer la colère des étudiants. Le premier accrochage est survenu en 2005, lorsque son gouvernement a tenté de transformer en prêts une partie des bourses d’études pour une somme de 103 millions $. Quelque 230 000 étudiants ont pris la rue et forcé le gouvernement à battre en retraite.

2007:
À l’été de 2005, les jeunes libéraux se sont prononcés en faveur du dégel des frais, mais Jean Charest s’y est objecté. Il a fallu attendre 2007 pour voir les libéraux décréter des hausses de 50 $ par session universitaire.

2011:
Et ce n’est que dans le dernier budget, en mars 2011, qu’on a finalement pris le risque de se lancer dans une grande opération de rattrapage qui doit entrer en vigueur l’automne prochain. Lors de la présentation de ce budget, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a fait valoir que les frais de scolarité avaient été gelés pendant 33 des 43 dernières années.

2012???
Qu’en sera-t-il de l’avenir? Libéraux et caquistes s’entendent sur la hausse des frais de scolarité. Tout comme Jean Charest en 2002, le PQ promet de maintenir le gel jusqu’à ce qu’on en vienne à un terrain d’entente avec les étudiants. Si le passé est garant de l’avenir…

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