Ma chronique de samedi….
Prochaine modération, lundi.
Bonne fin de semaine.
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La note me vient d’un ancien camarade de travail, très apprécié. Appelons le Maurice, pour les circonstances.
«Oui Gilbert, c’est le père de famille qui décide. Que fait-on quand le père de famille n’est plus crédible, n’est plus responsable comme c’est le cas présentement pour le gouvernement Charest? La DPJ intervient et lui retire les enfants. Ce gouvernement qui trempe dans l’illégalité lui aussi avec la mafia et les scandales qui se multiplient. J’aime mieux l’ensemble de la jeunesse que la gang à Charest. Malheureusement, ça ne semble pas être ton cas. Je t’aime quand même».
Maurice
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Moi aussi je t’aime quand même, Maurice. Mais ton courriel m’a touché droit au cœur : le conflit étudiant nous divise ; il divise tous les Québécois comme c’est pas possible. Si ça peut te consoler, même ma cousine m’a réprimandé pour me dire à quel point elle est belle cette jeunesse, à quel point il faut lui donner sa chance de changer le monde.
Mais tu vois, ce n’est pas tout le monde qui tombe en pamoison devant les étudiants, ou qui détestent «la gang à Charest» au point de donner raison automatiquement à tous ses critiques. Il y a plein de gens qui n’acceptent pas de voir cette belle jeunesse paralyser Montréal, casser des vitrines, lancer des briques aux flics, et chanter le «printemps québécois» comme si on était en Syrie.
Je veux bien comprendre que la révolution armée est parfois nécessaire, mais c’est ailleurs, pas ici. Au Québec, c’est avec la Révolution tranquille qu’on a fait un grand bond en avant. Et ensuite avec l’élection de René Lévesque. Mais pas avec le FLQ et les bombes ! Et puis je suis bien obligé d’admettre que ça m’irrite de voir les leaders étudiants agir comme s’ils avaient obtenu un mandat populaire pour dicter leur loi.
Je suis chroniqueur politique dans un système parlementaire où ce sont les élus du peuple qui gouvernent, pour le meilleur et pour le pire. Quand c’est pour le pire, on leur fait la job aux élections suivantes. D’ailleurs, j’ai croisé Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins, jeudi, dans les galeries de l’Assemblée nationale. Ils écoutaient la période de questions. Je leur ai dit que c’est là qu’ils doivent se faire élire s’ils veulent changer le Québec, pas dans la rue. Je les soupçonne d’avoir cette ambition et ça, c’est légitime !
Mais en attendant, au lieu de sortir de force les étudiants des campus, ils pourraient peut-être les diriger vers les boîtes de scrutin. Une étude faite pour le Directeur général des élections en 2009 a constaté que seulement 41 % des 18-24 ont participé au scrutin de décembre 2008 qui a réélu Jean Charest. Ce pourcentage atteint 67 % chez les 45-54 ans, et 74% chez les 65 ans et plus. Et on se demande, après ça, pourquoi les boomers ont de l’influence sur les politiques du gouvernement…
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Alors voilà où on est rendu avec ce conflit. Des familles divisées, et des amitiés ébranlées. Je ne me souviens pas d’avoir vu le Québec aussi polarisé autour d’un enjeu. Même la bataille référendaire de 1995 n’a pas attisé les passions à ce point. Tu devrais voir les commentaires haineux que j’envoie à la poubelle sur mon blogue, tellement ils sont impubliables. Et même ceux que je publie dépassent parfois les bornes. Alors tu comprends que même si c’est moins passionnant que le sport… ça finit par m’atteindre, ce conflit étudiant, même si mon métier de chroniqueur politique me demande de rester au dessus de la mêlée.
Alors la pause qu’a décrétée Jean Charest, mercredi soir, je l’ai accueillie avec soulagement. Mais je suis bien conscient que ça risque de reprendre au mois d’août. C’est pourquoi j’espère que Michelle Courchesne profitera de ce petit répit pour tenter de trouver un compromis avec Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins. Quand à Gabriel Nadeau-Dubois, j’ai plus de misère à l’imaginer dans une solution négociée. Il fera un excellent leader syndical capable de tenir tête au boss, quitte à fermer la shop s’il le faut. Mais c’est justement ça qui me dérange chez lui : il est capable de la fermer, la shop, au nom des grands principes et sous prétexte que «le boss est un écoeurant».